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Ankh

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Ankh

« Mon travail parle de l’homme, de sa nature profonde et sauvage. C’est ma fascination pour l’énergie du bois et la charge d’émotion qu’il véhicule qui me conduit vers d’autres formes d’expression plastique. »

Née en Savoie, Ankh est diplômée des Arts Décoratifs de Genève. Son talent est multiforme : sculpture, gravure, installations, land art, etc. Plusieurs de ses réalisations monumentales et nombre de ses autres œuvres ont fait l'objet d'acquisitions publiques.
Ankh a illustré également plusieurs livres dont l'Arbre mémoire, recueil de poèmes écrits par sa mère, Colette Alexis.

Ankh : le site

Arbre à mémoire
textes de Colette Alexis - dessins de Ankh


ANKH : MEMOIRE DE L'ARBRE ET DU MONDE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

ANKH
« Paysages sylvestres », octobre 2008, MJC de La Roche sur Foron (74).

A sa manière Ankh répond à la question majeure : A quoi bon la sculpture ? Elle sert, pour l'artiste aixoise, à inverser le temps ou au moins  le retenir à travers l'ensemble des rayons lumineux réfléchis. Nous sommes ainsi projetés dans un espace où s'éprouve le sentiment de regarder au plus secret de soi-même parce qu'on sent que se joue là un double duo : celui de l'être et de son ombre, celui de la femme et de la création unies dans leur dialogue silencieux. Poteaux d'angles, pierres d'achoppement : tel est ce que fomente Ankh dans ses pièces mixtes de bois lavé (coupé de l'eau mais qui a bu tant d'averses) et de béton qui forment des sortes  de moellons pour la construction - qui sait ? - d'une future maison de l'être.

Dans le volume compact : les stries des pans de bois. Tout est dur et pourtant quelque chose contraint la pensée à plier sous la sérénité. Les formes et les ombres contredisent le temps en embrassant l'espace cubique (voire un peu plus puisque des éléments de bois engloutis dans la matière dépassent de la surface supérieure). Nous voici à la fois dans le moins du monde par " pauvreté " des matériaux choisis mais aussi dans son intégralité par effet masse.  Il faut dès lors repartir à zéro au moment où, de l' " Arbre mémoire " Ankh ne retient que les vestiges, les ruines. Toutefois  ces décombres, ces fragments appartiennent aux arbres qui comme l'écrivait la poétesse Colette Alexis (mère de l'artiste) " douze fois donneront leurs fruits ". Ce n'est plus pourtant la " peau " de ses arbres ni la majesté de leurs ramages que l'artiste retient : juste leur vestige, leur ossement fossile qu'elle sauve du chaos par ce qu'elle emmure et qui pourtant protège et délivre. En ce sens la statuaire reste un défi : celui d'un suspens d'un sinistre en des suites d'échos visuels capables de fomenter l'étrange fascination précaire  à travers la matière la plus humble.

Comme toujours chez Ankh, la sculpture (sous tous ses angles possibles, au sein du matériau le plus dur (comme ici ) ou le plus éphémère lors d'un de ses  installations ( sur le plateau du Revard),  déplie un espace provisoire - parce que glissé en bordure du monde - dont l'artiste retire les éléments parasites. L'oeuvre devient alors une sorte d'autoportrait tant sa créatrice tente de retenir la passion qui lie l'espace à son éther vaporeux ou à sa matière la plus frustre. L'art devient une méditation et une exaltation unissant un mouvement de dilatation à celui de la concentration. L'infime une nouvelle fois se lie à l'immense. Et Ankh " durcit "  certaines valeurs de la contemplation des choses et des images. C'est en cela que son travail fascine puisqu' il réunit les contraires en une harmonie où il s'agit de s'abîmer dans une extase nue : le voyeur y recherche son âme avant que, le soir arrivant et l'ombre devenant plus prégnante, le vol des oiseaux s'appesantît.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.