Artistes de référence

HE AN


C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale. En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.

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HE AN L'ICONOCLASTE: NOUVELLE APPROCHE DU RECUP ART
par Jean-Paul Gavard-Perret

Lets see wether brother can help her, 2011 - Néons190x800x15 cm
La Galerie Templon présente une sélection d'un pan précis des œuvres de l'artiste conceptuel chinois He An. Né en 1972 l'artiste est diplômé de l'Académie des Beaux-Arts du Hubei. D'abord tourné vers la pratique de la photographie, le créateur poursuit son travail sur la sculpture et les installations. Il a déjà exposé au Japon, à New York, à Canton et a participé à des expositions collectives internationales comme « The Real Thing » à la Tate Liverpool ou « les Rendez-vous 2008 » du MAC de Lyon. En 2009, il a présenté sa première exposition personnelle au Ullens Center for Contemporary Art (UCCA) de Pékin.

L'exposition parisienne présente un ensemble d'installations réalisées en néon ou en Led composées de caractères dérobés aux enseignes lumineuses de sa ville natale : Wuhan. À l'aide de ces idéogrammes récupérés, abîmés par la vétusté et les conditions climatiques l'artiste reconstitue les noms de personnes qui lui sont chères : par exemple celui de son père ou le nom d'une actrice érotique japonaise, héroïne illicite de sa jeunesse dont les vidéos prohibées circulaient sous le manteau en Chine…
Cette « materia prima » devient une sorte de retour vers le futur. Pour un regardeur occidental – sauf à être un sinologue averti – la reconstitution d'une mémoire individuelle et collective reste énigmatique. Toutefois il est aisé de comprendre que ce travail a aussi pour but la recherche et la valorisation de l'art contemporain. Ce type d'agencement pourrait paraître un "fourre-tout" mais il n'en est rien. L'association des formes, des signes, des « sculptures » publicitaires et de la lumière crée un langage commun. Déplacée de sa valeur d'instrument de communication à celui d'objet d'art chaque pièce crée un agrégat culturel et provoque le désir de le confronter à ce que la culture ambiante et le monde de la médiatisation proposent en Occident.

He An apparaît ici comme un artiste authentique et spontané capable de suggérer par des éléments de communication tout le non-dit qu'ils diffusent soudain. Les éléments de propagande détournés et qui sont l'évocation de figures du passé se projettent vers l'avenir dans une grammaire mentale et visuelle inédite capable de lancer des messages imprévus et de solliciter les esprits.

Les signes archétypaux de la vie quotidienne sont transformés en machines de guerre esthétique capables de faire vibrer les cordes de la subjectivité et de la sensorialité d'une société où elle devait avancer masquée. L'idéogramme sous sa forme d'objet devient le « prétexte » à une narration complexe et à un message de liberté. Tandis que néons et leds semblent dépassés.

Toutefois n'étant plus contraints à la contingence informative ils créent dans un dialogue visible entre ce qu'ils furent et ce qu'ils sont une magie et anarchie visuelles. Les couleurs fluctuantes et libres s'unissent à une spatialisation de l'objet d'art. Plus qu'un hommage à la culture chinoise l'artiste édifie un pont entre le passé et l'avenir mais en faisant sa "fête" au présent. De tels objets ne sont donc pas créés pour faire émerger leur "choséïté" (Beckett) mais leur essentialité nouvelle. De telles choses qui composèrent un monde contribuent désormais à le déconstruire par une entreprise de sédition.

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.