Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Valerio Adami



LEMNISCATES : VALERIO ADAMI

par Jean-Paul Gavard-Perret

 


Valerio Adami, « Dessins », 9 janvier-20 février 2010, Galerie Templon, Paris.

Avec cette exposition de ses dessins Valerio Adami nous fait entrer dans ces secrets. Aux toiles acidulées font place l’ensemble de leurs dessins préparatoires. Les lignes tendent des fils minces sur le papier. On peut imaginer l’artriste en funambule solitaire au milieu de ses tèmes obsessionnels (musique, voyage, littérature). On voit aussi l’ombre instable planer à ses côtés. Résistance d’artiste, tentative désespérée du jeter les pavés dans la représentation à travers ses matrices  faites de contours et des volumes qu’ils créent.

Adami dessine pour habiter sa vie autrement, pour l’apprivoiser en ouvrant des images. Il propose ainsi des lemniscates  par l’obsédante équidistance du dessin au regard. Un visage est répété mais de manière entraperçue dans l’embrasure du des formes Chaque ligne est travaillée « pour en effacer les traces mondaines » dit l’artiste. Chacune devient précise-t-il encore «une petite clé qui fait bouger le tout ».

L’artiste italien questionne les départs et plante ses « patrons » comme  des arbres de Judée  afin qu’ils s’envolent avec des oiseaux nomades. Ses dessins sont les maisons provisoires jetées dans la brise, des radeaux lancinants accrochés aux crêtes des appels plombés. Surgissant, venant de loin un espace de pulsion  crée un contraste entre les lignes et les plages blanches du papier. Elles semblent exister comme à l’avant d’elles-mêmes, à partir des coutures dessinées qui deviennent leur foyer.

Il y a des unités transitives. Elles constituent les surfaces. Tout reste en suspens dans l’espace. L’unité est celle d’un flux ordonné par l’énergie d’un noyau que son extension ne dissipe pas.  Les formes sont en attente mais elles sont extatiques en leurs zébrures.  Chaque dessin n’a pas son origine en lui-même, mais dans l’invisible dont il fait son visible. Et c’est également là qu’est son issue.

L’espace implique un rythme. Nous faisons l’expérience d’une forme de spatialité particulière. Il y a chaque fois l’esquisse et la totalité.  Souvent les dessins  sont divisées en diverses parties. Chacune communique avec les autres. Le dessin ne se « mesure » pas à sa fin mais à son origine, dans l’éclair de l’instant où, en l’abordant, Adami l’ouvre à la lumière. Le dessin devient un trouble. Tout cela s’articule de manière rythmique. Invention instantanée du trait dans un espace qui n’existerait que par lui. Dès lors le dessin se compose non pas selon l’espace mais selon le temps d’exécution.

Un dessin de l'artiste n’est pas uniquement  une unité harmonique. Celle-ci émerge à travers des ruptures : temps de l’oeuvre dans son ensemble, temps de l’exécution de chacune des pièces. Comme si la Adami détruisait chaque pièce par la suivante mais sans abolir la précédente. De telles oeuvres ne sont donc pas la récollection du souvenir. Et si l’artiste italien ramène au jour l’enfouis, c’est à son propre jour.  Des laps violents apparaissent et disparaissent dans le souvenir du geste qui les a dessinés et retravaillés en un espace où différents degrés de lumière glissent et jouent par effet de dynamiques.

Il y a ce passage par où le regard du spectateur s’introduit.  D’où sa question : suis-je où je vois où quelque chose passe ? Vois-je où je suis conscient de mon propre passage ?  La réponse pourrait être  celle là : l'art. Ou le corps dans l'art.  Voir est une activité en devenir parce que l'œuvre elle-même est une activité comparable.  A savoir ressaisir sous le frémissement du passage l’avènement d’une rencontre dans le lieu où la genèse de la forme devient indissociable de celle de son espace. L’espace d’une  œuvre d’Adami est donc toujours en formation : lieu mouvant, esquisse fuyante mais irrécusable d’une rencontre à venir.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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