Artistes de référence

Alan Magee

Alan Magee


Alan Magee : Auto-portrait
Don de Eleanor K. Denoon au Michener Art Museum

Alan Magee : le site officiel


Alan Magee : les surfaces dialectiques.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Connu d’abord pour des peintures hyperréaliste d’assemblages d’objets les plus simples (os, pierre, ciseau, ampoule, etc.), Alan Magee s’est fait connaître, entre autres avec sa série « Archives », pour des figurations étranges : visages humains, têtes et crânes d’animaux, faciès de créatures hybrides.  Surgissent des images traumatiques : têtes monstrueuses qui semblent flotter sans corps même si avec « Dialogue of comfort » la tête retrouve un corps au moment où pourtant elle devient plus monstrueuses encore. Ses yeux anormalement écartés témoignent de fureur ou de refus et elle devient une sorte de masque funéraire.

Stigmates, sutures, contusions construisent l’image d’un viol psychique engendré par la violence du monde. Les visages mangées d’ombre en émergent péniblement avant d’y retourner à travers tout un jeu d’apparition, disparition et dans une dialectique de la surface et de la profondeur. La technique choisi (le monotype) n’est pas fortuite : ayant autant à voir avec la peinture que la gravure, Magee utilise la plaque de zinc qu’il enduit d’une épaisse couche d’encre. Il la gratte ensuite par endroits avant de la presser sur un papier imbibé d’eau. De ces deux processus d’altération, l’image émerge scarifiée, atrophiée : en émerge des visages affligés des stigmates de la guerre et les blessures psychiques qu’elle impose. Le monotype  devient une « archive », une image de mémoire puisque selon Magee « il existe une nécessité pour l’artiste de se faire le réceptacle à travers son corps de la terreur et l’anxiété causée par les évènements politiques », que ce soit aussi bien ceux du 11 Seprtembre que ceux de la guerre d’Irak.

Dans ce qui se veut un travail de deuil  autant pour l’individu que la nation auquel il appartient, l’artiste veut à la fois créer une mélancolie de masse qu’un retour méditatif sur soi. Admirateur de l’artiste dada Annah Hich - prophète des catastrophes à venir avec son collage « La Mélancolique »(1925) - et proche des films de Beckett pour la télévision, Magee  possède la même façon d’envisager la surface comme une profondeur  mais aussi un lieu de dissolution à travers le gris capital puisqu’il s’agit de « la couleur fatidique entre ce qui advient et ce qui meurt » (Paul Klee).

La force de l’œuvre tien  à sa dévisagéification, elle développe l’aura d’une hantise par altération. Magee fait poindre des images fantômes dont la puissance tient à leur « en moins », à leur manque. Visages sans corps, corps estompés, visages muets et aveugles (bouche fermé et yeux idem) créent une sorte d’accident de langage autiste mais plastique et nous entraînent selon toute une finalité de l’art postmoderne vers un « voir absent et silencieux » en un stricto-sensu tête à tête entre retrait et contact au fond de l’image – donc à sa surface. Demeure cette efflorescence où parle la violence pour réarticuler l’être au monde et à l’espace en une dernière résistance (que Magee tente désormais de développer en transposant ses monotypes sut d’immenses tapisseries de 2x4 mètres). Manière de dire que, dans l’effacement, les « fantômes que fantômes » (Beckett) parlent encore un peu.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.