Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Alberto Giacometti

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Giacometti Alberto et Diego
L'histoire cachée
de Claude Delay

Un couple. De leur vie d'homme, ils ne se quitteront. Aucune femme ne peut les séparer, une seule les unit : la mère. L'œuvre d'Alberto - ses femmes immobiles, rivées au sol, ses hommes qui marchent dans l'abîme -, cette œuvre de commencement du monde aurait-elle pu exister sans Diego le sauveur ? Rythme binaire des deux frères sculpteurs, exilés à Paris depuis leur montagne natale. Alberto le nocturne et Diego le diurne, Alberto le causeur intarissable, le harangueur, et Diego le silencieux, Alberto le génie rapace, météore de l'angoisse, et Diego l'indestructible, le bénéfique, son artisan et sa main d'œuvre. Alberto deviendra mondial, Diego restera confidentiel jusqu'à la mort d'Alberto, et prendra alors son envol. En plongeant dans cette complicité du sang et du destin, au bord de l'indicible, ce livre part à la rencontre du mystère intime entre tous : la création. l'auteur Psychanalyste et écrivain, Claude Delay suit le fil rouge de la destinée des êtres, de Chanel solitaire à Marina Tsvetaeva, et dans ses récits intimes. Cette histoire prend source dans son amitié avec Diego Giacometti.

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Alberto Giacometti : les épuisés

par Jean-Paul Gavard-Perret


Dessin II - Alberto Giacometti
(poster disponible chez Amazon)

Giacometti est le sculpteur du décharnement et de l’effroi. Du vide essentiel dont  ses hommes, gisants debout, se nourrissent  en venant à notre rencontre dans leur dimension quasi sacrée.

Regardons les marcher tels des spectres nus en faisant front à l’éternité dont ils sont dispensés si ce n’est par le bronze où l’artiste les a immortalisés.  De tout leur silence vrombissant ils témoignent aussi de l’irrécusable solitude de leur créateur

Leur signification échappe pourtant à tout pathos, tant, comme les anti-héros de Beckett, ils se situent bien au delà. C’est sans doute pourquoi leur « signification » dépasse de mille lieues une simple illustration de la condition humaine.

Leur marche forcée n’est que la scansion d’une attente vaine. Tout se joue entre une présence à venir improbable et entre l’ombre qu’ils doivent  retenir pour toute viatique.

Ce n’est donc pas seulement l’être qu’ils portent en eux mais ce Dieu illusoire qu’ils ont créé pour pouvoir s’extirper tant que faire se peut de leur angoisse du temps.

Qui pour porter plus loin leur message sinon Morandi et Bram van Velde ? Les deux accompagnent et prolongent celui qui reste le plus grand des lyriques et des tragédiens.

Aussi, face à ses statues et quand l’ombre du jour les allonge encore un peu plus pour qu’elles glissent furtivement sur les parages de notre corps, il n’est plus temps de parler.

Mais au seuil de la nuit il ne faut pas pour autant abandonner ces presque morts, ces pas encore vivants.

En eux reconnaissons simplement nos frères d’ombre autoritaires. Leur présence au monde nous ramène à notre étrangeté.

Ils nous entraînent dans leur sarabande immobile pour faire de nous ce que nous sommes des êtres triviaux et superbes, ployés et seuls.

C’est ça. Nuages passant dans le ciel parmi leurs ombres aussi légères qu’appesanties.

Bannis, yeux absents ou fuyants, pensifs ou lointains, fantômes insomniaques de notre essentielle inquiétude, à travers eux le sculpteur italien a ouvert  l’art à un autre espace :

Un horizon à la fois trop haut et trop bas. Il ne donne sur rien. Ce sont les rares invités d’une attente à redouter.

Giacometti les a dressé au cœur d’une mélancolie et d’un effroi qui ne sont pas psychologiques mais points de non-retour.

Combien de temps encore auront-ils à marcher ? Au moment de gagner le large il leur faut reprendre le chemin. Pour rien. Pour ça.

S’attardant. Pas même.  Regard perdu, vivant et qui ne peut se poser sur rien. Nuage que nuage passant dans le ciel absent.

Du lever du jour à la nuit tombante, du crépuscule à l’aube. Jour jamais nouveau. Dès le commencement la répétition.

Réapparaissant debout ci comme devant mais face à l’autre côté, exhibant l’autre versant.

Lorsqu’on pense à eux c’est toujours à la nuit. Entendons celle de l’être. Qui, et c’est bien le plus terrible, ne peut être ramené qu’au néant.

Ombres jamais par le néant biffé et annulé. Hors espace mais dans sa vastitude et à l’écart des mots.

Jamais fini l ‘histoire n’a jamais commencé.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.