Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Alice Anderson


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ALICE ANDERSON : LA CLINIQUE DES IMAGES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Alice Anderson : The Night I Became a Doll - video 2009
A girl stops moving, eating and speaking to the point where she becomes a doll to her mother,.

alice andersonAlice Anderson vit et travaille à Londres. Diplômée de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris et du Goldsmiths College de Londres, elle a reçu le prix Gilles Dusein en 2001. Elle a été invitée depuis lors à participer à de nombreuses expositions collectives et festivals de films, notamment au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris et au Festival de Oberhausen en Allemagne. En 2001 la galerie Yvon Lambert lui a consacré sa première exposition personnelle. Utilisant fréquemment le support filmique dans sa recherche plastique, Alice Anderson produit également des dessins, des livres et des installations dans lesquelles elle propose aux spectateurs d'inquiétants allers-retours entre réel et imaginaire. En particulier depuis 1988 elle poursuit l'histoire d'une poupée (modèle Barbie) qu'elle prénomme souvent Miletska et dont elle développe des aventures plastiques.

Sortant l’art du simple registre de l’exquis, de la subtilité, Alice Anderson ramène vers quelque chose de plus essentiel. Il ne s’agit plus de “ planter un décor ” de maison de poupées ou de faire de la surface un écran de beauté.  Face aux images standardisées s’opposent d’autres images plus essentielles, sourdes, naïves qui parlent et qui montrent à travers ce que peut représenter un mannequin standardisé  ce qu’il en est de l’être. Elle développe  un alphabet plastique crypté qui semble s’extraire de toute considération de degrés ou de genre et qui en s’écartant de toute expression objective crée des lieux jamais clos mais à l’inverse en continuelles ouvertures. A travers la mise en scène de sa Barbie au sein de différents univers "référents"  surgit un grand brassage de formes. Mais les installations  et les vidéos d’Alice Anderson ne sont pas comparables à un déballage de scories, à une foire à la brocante. Elles sont à  la recherche de structures fondamentales.

Tout un travail d’extinction de l’apparence standard s’impose en diverses scénographies.  Ce ne sont plus des histoires qui sont montrées ou racontées mais plutôt leurs traces et stgmates. Un tel parcours est non de l’ordre de la mollesse mais de la “ pointe”. Il permet l’apparition de phénomènes qui sans les mises en scène de l'artiste demeureraient inaperçus. Ils permettent de désenbusquer des pans de l’identité cachée car comme le souligne Winnicot : “ Où se trouve l’identité sinon dans les images qu’on ignore ”.

Alice Anderson  en partant d’un élément  standard et ludique  montre par l’art-vidéo, la fascination et la misère d’une imaginaire mondialisant. L’approche vidéographique nous extrait de nos visions acquises.  Toutefois se confronter à cette recherche n’est pas simple car nous  rechignions souvent  à nous confronter à ce qui nous dérange. Pourtant la quête d'Alice Anderson recèle de beaux mystères. Il faut juste savoir entrer dans ce demi-jour de l’inconnu  face à la clarté éclatante qui réduit les formes à leurs apparences et au flou qui les diluent de manière évasive. Face à la figurine hiératique d'une Barbie dressée dans son masque d’héroïsation de l’icône,  Alice Anderson proposent  tout un jeu de variations dont la rythmique permet de faire entendre les bruissements sourds.  Sa stratégie devient un système de vibration qui “ pourrit ” la vue en prenant par revers la figuration stéréotypée.

Alice Anderson traite le monde comme un symptôme et construit son oeuvre telle une “ clinique ”. Il ne s’agit pas pour autant, dans cette clinique plus seulement esthétique, de proposer un simple lifting des images mais de les ouvrir. Naissent ce que Deleuze nommait des “ pensées nomades " par déblaiement du terrain convenu et miné. Demeure toutefois une dernière question : l’art a-t-il le pouvoir de livrer des secrets aux spectateurs à qui tout échappe ? Penser l’humain, le montrer, arracher le voile de la nudité ne rime pas forcément avec indécence. Et Anderson refuse tout voyeurisme. Un tel projet ramène à l’époque où la mère  (sujet clé chez l'artiste), la fille et la femme se confondent.  C’est pourquoi ce travail possède la grâce particulière de contenir une sorte d’extase maternelle et la fascination de l’enfance.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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