Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Anne Brérot

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Anne Brérot

Née à Angers en 1962. Vit et travaille à Lyon

"La vie est là fragile, magnifique et douloureuse dans sa perpétuelle mise au monde. Et pour lui appartenir, je pétris la couleur dans le chaos de la matière. Je traverse les lumières et les ombres avec l’irrésistible désir de restituer des bouts de monde en quête d’un tableau pouvant contenir la vie."

Anne Brérot : le site personnel



César 2009 du Meilleur Film
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Anne Brérot ; l'en deça des images

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Anne Brérot,
Galerie Au-delà des Apparences
,
Annecy (14mars - 18 avril).

anne brérot
Anne Brérot - Le jupon


Il pourrait sembler qu’Anne Brérot tourne en rond comme Cézanne le fit jusqu’à devenir l’une et l’autre « pomme ». Mais l’artiste lyonnaise repousse tous les masques de théâtre et reste aux antipodes de la nature morte ou de l'itinéraire des biographes.   Se moquant des langages institués elle creuse depuis des années la même route afin que surgissent par abrasion ainsi ce qu'on appellera des stances rares de paysages quasi désertiques (impression d’Afrique) et des corps quasi désertés.

Cette abrasion (principalement de la figure de la Femme) n’exprime pas un effacement mais une condensation capable de suggérer la perte, l’abandon. Il y avait avant dans l’œuvre en ocre, en rouge et noir et par le processus de « raclement » une forme de mouvement, mais celui-ci s’oriente de plus en plus vers une sorte de quintessence statique.

La métamorphose n’a pas besoin ici de l’abstraction. Et un peu comme chez Rustin, Anne Brérot trouve une technique de dilatation paradoxale afin qu’à travers la peau sans duvet transparaissent des traces plus sombres. Ce qui ne revient pas à entrer en surréalité mais en réalité confondante.

 

L’artiste fait  parler par le miroitement paradoxal de ses images une forme de salive qui germe sur la voile de la peau et elle  perfore le silence sans fonde de l’être afin d’en provoquer des variations, des modulations plastiques de corps usés ou plutôt fatigués. Loin de toute intempérance plastique, elle crée un renversement, un basculement. Ils sauvent la peinture par ce qu'ils osent et par ce qu'ils retiennent.

Grâce à Anne Brérot la femme n'est pas un constat, l'amour n'est pas une constatation. La femme est carnée - mais paradoxalement -   avec une charge d'inconnu qui transcende la douleur pour en retenir une sorte d'épanouissement de l’épuisement. Émerge une dilation étrange au moment où la chair émigre - pour l'exil ?  -  pour d'autres croisements de corps et de sensations ?

Disons qu’on ne sait si le fer est dans la grappe  ou  le ver dans le fruit . Ne demeure que cet éclatement-étalement  où les images ne sont pas des réponses au connu, C'est pourquoi l’oeuvre a encore beaucoup à  montrer à une époque où une telle  approche peut surprendre.

Contre la pâleur du monde demeure cette nécessaire présence : il faut se laisser glisser pour un passage à travers les parois du silence et  d’ une vraie hantise. Quelque chose peut effrayer  dans ces corps respirant la scie d'une larme mais c'est à travers eux que l’artiste secoue la neige qui enfonça la source au crépuscule des vagues du temps.

La Femme n'est plus seulement Objet comme c'est souvent le cas en peinture. Et s'il y a procès de la peinture, il n'y a pas procès de la femme au contraire.  La créatrice met son odeur de lune à la cime de ses doigts pleins pour déployer un foyer mobile et immobile où tout brûle sourdement, jusqu'à la plainte. 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


 

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.