Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Patrick Antczak (Tczak)

Patrick ANTCZAK - Tczak


Patrick Antczak (Tczak):
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Cent énigmes de la peinture
de Gérard-Julien Salvy

Depuis des siècles, le langage de la peinture est riche en énigmes ou équivoques mystères du modèle ou de la main à laquelle on doit l'oeuvre, incertitude quant à l'identité du sujet, incohérence de sa représentation, contradiction troublante entre le titre du tableau et ce qui est montré, jeux illusionnistes liés aux vertiges du regard et au contenu crypté. Ce livre dévoile cent de ces secrets. Au terme de sa lecture, vous ne regarderez plus les tableaux comme avant!
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PATRICK ANTCZAK : LIRE LE PRESENT ET VOIR LE FUTUR

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Antczak. Le regard du peintre. Son intense fixité. Un corps de femme, un visage, une sorte d'énorme fruit coupé, une statue mutilée. Les contours sont agités, modifiés mais pourtant d'une étrange netteté. Frémissements de cassures, tantôt rendus à la sérénité, tantôt secoués par des tremblements. Le regard est dans la rencontre de la femme et du peintre.

Dans ses toiles la femme (souvent solitaire et dont la fixité fascine) devient langage mais pas forcément fantasme - ce qui prouve déjà l'intérêt d'une œuvre qui ne réduit pas son sujet à un objet. D'autant que la femme est chez lui beaucoup plus compliquée qu'il n'y paraît. Non seulement elle porte en elle des valeurs symboliques mais elle devient le vecteur (ou la vectrice…) des forces antagonistes d'Eros et de Thanatos. Sous l'apparence de la jeunesse transparaissent souvent les stigmates d'une mort annoncée.

Dans la manière d'être immobile - alors que les couples sont en mouvement - la femme est toutefois irradiante, signifiante et énigmatique. Irradiante par toutes les forces contradictoires qu'elle retient. Signifiante parce qu'elle fait l'éloquence du peintre presque inépuisable. Enigmatique parce qu'elle s'impose dans une nature impénétrable et que le langage lui-même de l'artiste ne peut percer.

Mais le veut-il  vraiment ? Son œuvre est torturée que noire même si parfois des visions plus apaisantes apparaissent lorsque des couples (ou des trios) surgissent. Pour imposer leur inépuisable présence Antczak semble découper ses femmes à la serpe sur des fonds de clairs-obscurs plus obscurs que clairs même si parfois une once d'humour semble transparaître.

Ce qui reste chez ses femmes de fringales d’enfance semble très ténu. La nudité est souvent âpre même s'il n'y a rien à redire quant à leur plastique. Mais le silence dans lequel les créatures féminines semblent acculer  devient l'indice de nos propres errances. C'est pourquoi l'artiste est fasciné par son sujet. Celui-ci reste pour lui un  mystère lourd peut-être d'accomplissements à naître sur le versant du soir de la vie.  Même si un doute (euphémisme)  est permis.

Certes dans le noir et le rouge comme dans la froideur du bleu l'artiste crée des possibles auxquels nous donnons, nous, le nom d’histoires. Chacune de ses toiles devient même une fable. A savoir quelque chose qui tente de tenir debout, de tenir le coup alors que nos histoires d'amour ne seront jamais rien d'autre que des écarts (mais pas forcément de conduite). Tout se passe donc comme si l'artiste croyait à l'amour mais que ce dernier ne croyait pas en lui.

Néanmoins l'inconscient peut jouer des tours chez l'artiste comme chez le spectateur de ses œuvres. C'est pourquoi il faut regarder avec précision l'agencement des toiles, leurs aspects mouvementés, décharnés. Ils ne sont pas sans souligner un certain désordre. Le trouble demeure au centre de l'œuvre. La nudité féminine n'y est jamais triomphante mais souvent dépressive. N'est-ce pas là pour l'artiste le moyen de faire son propre portrait par procuration ?

La peinture devient la métaphore de l'artiste à travers sa propre fulguration créatrice. Elle implique un degré important de recueillement, de violence mais aussi d'abandon. S'abstenant de toute pensée discursive, le créateur pense par images dont la solennité de l'éphémère n'est pas absente. Mais aux aspects riants se substitue une gravité. La peinture montre sinon une impossibilité du moins une forme d'impuissance face à l'existence. Certes la femme semble pour lui le moyen de lutter contre le chaos. Mais son visage et ses membres prennent la fixité d'un regard et d'un corps absent comme si cette femme pensait à autre chose ou n'était plus là.

Il réussit une sorte de paradoxe : celui d'une figuration en sous-tension ou plutôt en sous impression. Mais elle se dote d'une force étrange. Les temps se mélangent.  Contrairement à ce qui se passe souvent ce n'est toutefois plus le passé qui est remémoré mais le futur. Il s'annonce, il se montre. Voir le présent revient à percevoir le "perdre voir" qu'entraîne le voyage de l'existence. Le présent semble donc se dissoudre mais il est portée à un point où les formes pourraient renaître même à proximité de la vieillesse et de la mort.

Antczak pousse ainsi plus loin le risque au centre de l'Imaginaire. Du texte au silence, de l'image à son doute. La peinture lui paraît comme un voile qu'il faut déchirer afin d'atteindre les choses (ou le néant) qui se trouvent déjà derrière et en gestation. Parce qu'il n'existe pas de raison valable à ce déchirement le peintre poursuit la recherche d'un langage au réalisme et au figuratif particuliers.

Surgit une forme de reconfiguration du pouvoir de représentation. Mais l'artiste sait que chaque fois qu'on veut faire exprimer à la peinture autre chose que des lignes et des couleurs ont ne fait qu'annuler la force des images. Avec Antczak elles demeurent  naïves et sourdes mais dans le bon sens du terme. Apparaît une lumière inconnue : celle de l'approche du dénuement et du dénouement. De telles peintures  n'ajoutent rien. Mais elles ne retranchent rien. Il s'agit d'un cri muet autant de douleur que de joie. Il s'agit aussi d'un combat. L'artiste sait que contrairement à l'art la réalité s'effrite et tombe en cendres.  

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

"Que le regard et l'émotion soient un dénominateur commun avec JPGP.
la réflexion littéraire basique reste une connotation de mon écriture plastique
le mot ne remplace pas l'image
les significations premiéres sont cartésiennes,méthodiques et rationnelles.Elles sont la synthése de vécus et d'acquis plastiques,de résonance affectives et de remise en question permanente.
Un long débat......."
Tczak


Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.