Artistes de référence

Antoine-François Callet



Antoine Francois Callet
Marie-Therese De Savoie-Carignan (1749-92)
Allposters

Poétique de l'affleurement.

par Jean-Paul Gavard-Perret

“Antoine-François Callet Décorateur”, ENSBA Paris, Cabinet des dessins, Rue Bonaparte, 75006 Paris. Du 20 octobre 2008 au 30 janvier 2009.

Antoine-François Callet   fut le portraitiste officiel du roi Louis XVI, grand prix de Rome en 1764  (avec Cléobis et Biton conduisent le char de leur mère au temple de Junon), agréé par l’Académie des Beaux Arts  avec son portrait du comte d'Artois et y fut   reçu avec sa toile allégorique Le printemps  en 1781 avant d’exposer au Salon à partir de 1783.  Décorateur du centre du plafond de la grande galerie du palais du Luxembourg, avec une composition intitulée L'Aurore. Sous le Consulat et l’Empire il peignit plusieurs allégories, dont une Allégorie du dix-huit brumaire ou la France sauvée (1801, château de Versailles) et une Allégorie de la bataille d'Austerlitz (1806, château de Versailles) il mourut à Paris en 1823 Ce peintre témoigne de tout ce que la peinture n’est plus, ne peut plus être.

Celui qui contribua  le plus activement à préparer la Renaissance antique, dont David fut le représentant le plus autorisé s’il reste un de ceux qui marquèrent profondément l'histoire du portrait jusqu’à le transformer pour l'imposer comme l'égal de la peinture d'histoire, traduisant ainsi la nouvelle place de l'homme dans la société reste malgré tout un illustrateur. Il est vrai qu’à son époque la peinture était là (à côté du motif religieux) pour cela. Elle démontre d’ailleurs comment un artiste inspiré peut  transcender son sujet.

L’exposition de l’ENSBA  permet cependant de montrer un peu le dessous des cartes d’une peinture éminemment « officielle ». Elle permet de découvrir des oeuvres discrètes, jouant de coloris délicats  et ne privilégie pas les tableaux au détriment de  de dessin et des esquisses. Cette volonté de présenter des œuvres peu vues est une des qualités de cette exposition. Nous découvrons  les œuvres les plus énigmatiques du peintre, ce qui permet de relativiser la prépondérance de certains de ses tableaux (trop) connus. Surgit de l’exposition une sorte d’arrière monde. Callet ne s’en tient plus au sommer du pavé, à la peau du monde d’en haut : surgit une réalité immanente du bas dans le retour d’une opposition entre la surface et la profondeur à travers le dessin (entre autres). Derrière l’homogénéité de décorum surgit une autre mise en perspective et une autre scène dégagée (partiellement au moins) d’une scénographie. Callet échappe à ce qui a façonné des a priori incontournables à propos de son œuvre. Sa création est saisie au plus près avant que ne s’emboîte, par dessus, une série de configurations et de considérations propres à sa démarche officielle et à son époque.

Face à la superficialité d’une forme de raffinement d’un style qui réduit la peinture à un statut d’ornement apparaît un autre « feuillage » et le paradoxe d’une expression inattendue chez le peintre plus irrégulier et extravagant soudain qu’à travers ce qui fait pour certains et chez lui l’objet d’une inépuisable admiration. Emerge une subtilité plus grande chez le concepteur ainsi qu’une autre « pointe ». Elle donne une séduction nouvelle et met à jour un autre aspect  à l’oeuvre jusque là codée et connotée. Elle permet de faire jaillir une émotion à la fois plus jubilatoire et raffinée qui fait glisser l’œuvre vers un registre qu’on attendait pas, qu’on attendait plus. C’est ne pas là le plus mince mérite de cette exposition.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.