Les Zartos, les Maumaux
Sur les autoportraits d’Antonin Artaudpar Jean-Paul Gavard-Perret
Antonin Artaud - Autoportrait

La douleur sur les pentes du visage. Elle le rend comparable à celui d’un enfant, d’un grotesque, d’un vieux. Dans ses dessins sans objectif, la bouche d’ombre crie dans l’aigu : « je voudrais être une saletade » (Artaud lui même dixit). Elle croît qu’il n’y a rien que la douleur entière, lorsque celui dont elle sort et qui la hurle n’est plus assez naïf ou crédule pour imaginer une éternité
La douleur est un coup de marteau sur ce visage maigre comme un clou. Un coup qui se répète, se voit du matin au soir et cogne jusqu’au néant. Ce n’est pas l’être mais presque le corps mort, damné. Nul dieu n’en sortira jamais et même le geste qui le crée en le crachant sur le papier ne le sauve pas, ne sauve rien
Artaud à l’inverse de ses textes où il réinventa la langue hurlante visage aura dessiner le visage de l’absolu mutisme qui dit tout, qui dit non à tout. Et voici soudain ce que chient les « zartos » :
« Qu’ai-je à foutre de l’existence ?
Je ne veux pas de cette invention là »
Voici ce que c’est un homme : souffrir et , si possible, faire souffrir le diable.
Artaud a compris, dit et dessiné ce que les hommes n’ont pas compris. L’auto portraitiste l’a vu, là où il est descendu, là où personne à part lui n’a osé plongé dans l’inconnu arrimé à son cri (1) :
o berina
o berina
paptitra
li bera
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
|


