Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Silvaine Arabo

Silvaine Arabo

» Poésie d'hier et d'aujourd'hui


Contrats du monde de l'art de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc. Après avoir précisé le cadre juridique des droits de l'artiste sur ses œuvres, les règles de rédaction et négociation des contrats du monde de l'art, il propose 25 modèles de contrats expliqués et adaptés aux exigences actuelles du marché de l'art. Pour chaque contrat, l'auteur étudie le contexte légal et jurisprudentiel, donne un commentaire pratique sur les différentes clauses proposées et fournit un mémo de négociation, pour savoir le négocier et pouvoir l'adapter.
A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.
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SILVAINE ARABO  FIEVRE ET CHANT DES COULEURS

par Jean-Paul Gavard-Perret

Silvaine Arabo : Ange au Vitrail
arabo silvaineLa peinture - comme la poésie -  de Silvaine Arabo n’appartient pas à un monde mort, même si la mort, la douleur, la colère en demeurent des figures - mais uniquement des figures parmi bien d’autres qui viennent porter un dementi à tout ce qui tue. Dans l’oeuvre,  des murs se dissolvent, une  force avance. Il y a  la poétesse, l’artiste mais il y a avant tout une femme, une femme traversée.  Avec son poids de vie, avec  ses échos d’absolu, de cendre, de lutte. Avec aussi ses coupes franches face aux tendances aussi bien “ naturalistes ” que “ lyriques ”. C’est pourquoi, dans sa peinture comme elle l’écrit “ Une à une tombent les briques, sans bruit ”.
Contre les choses vues trop simplement existe la construction du regard double chez l’artiste. Cette façon de voir et de montrer qui n’est pas un simple redoublement de la métaphore. Dans les toiles de l’artiste se retrouvent les émotions les plus primitives, les plus essentielles en des séries d’attentes. De la masse torturée des images  surgit un “ chant ” qu’il faut écouter, accepter et comprendre. Les formes et les couleurs  dépassent l’habituel clivage abstraction-figuration. Silvaine Arabo crée la levée d’un imaginaire particulier d’où émerge une marée motrice, une marée lumière afin de percer le noir et les poches de silence pour atteindre ce qu’elle nomme “ l’alphabet souterrain ”.
La peinture de l’artiste comme sa poésie porte la forme vers le chant et détourne de la représentation. Du passé l’artiste ne fait pas table rase mais sans jamais cultiver la nostalgie. Silvaine Arabo sait en faire le deuil mais aussi en apprécier le gain afin de  permettre au futur de posséder un  sens même lorsque tout ou presque semblait dit ou montré. Les formes se tissent les unes aux autres dans un carrefour temporel capable de permettre de prendre la mesure de nous-mêmes.  D’un lieu à l’autre, de paysage en paysage, de vitrail en vitrail la peinture reste pour reprendre un titre célèbre « la possibilité d’une île » dont la représentation se détourne de la représentation. Par exemple un Christ d’un jaune acidulé est plus femme qu’homme et des paysages d’un étrange enfer de Dante sont comme transposés sous le soleil d’un club Méditerranée.  

Silvaine Arabo : Christ jaune
silvaine arabo

Contre l’usure (à tous les sens du terme) la peinture devient une déflagration, un déferlement. Mais une déflagration assourdie, un déferlement retenu. Cela suinte et chuinte. N’existe qu’un murmure, mais un murmure vibrant  “ On caresse en image des chapes bleues où pleut  la neige. On avance à petits pas » écrit l’artiste. Elle sème la couleur dans la ténèbre, elle porte vers la vie et sa germination. Bref Silvaine Arabo construit et voit. Pour elle «  voir comme il faut ce n’est plus essentiellement mourir » - à l’inverse de ce que pensait Blanchot. Voir comme il faut c’est se heurter à la mort mais uniquement afin la faire reculer et se laisser saisir  encore à la tendre indifférence du monde. La peinture est donc un chant obstiné, violent en couleur mais doux en sensations. Elle possède une gravité et une joie, une gravité venue d’un tréfonds inconnu, une joie émergeant d’une nature réfléchie. Les deux font  que chacune des oeuvres de Silvaine Arabo renvoie à cette quête  de l’accession à soi-même,  à la percée hors de la ténèbre à travers un mouvement brisé et mélodieux de ruptures et de reprises.

Toujours chez elle l’image finit par se sédimenter au sein de la lumière en un étrange hymen.  Dans le jeu  du proche et du lointain, de l’apparition et de la disparition, le visage du temps n’est  plus seulement une figure d’absence et d’un manque.  Et si certaines toiles  semblent  parfois s’épuiser de leur flux, Silvaine Arabo puise son énergie afin de les relancer vers un autre voyage de la vie et dans l’irrépressible mouvement des marées.  Au bord du silence, il existe une charge. Transparaissent  le bord du visible et celui de l’invisible tandis comme l'écrit l’artiste qu ‘« Un délire d’oiseaux court au sommet des arbres. Fièvres.  Des feuilles s’envolent dans le vent de la mer. Un virevoltement d’instinct casse toute prétention à de sobres et ternes raisons ”.  C’est là la magie de l’art de celle qui en lignes et couleurs comme en mots est poétesse au sens plein du terme.



Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.