Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Florence Arrighi

Mirondella,  
galerie d’art en ligne

;

Expostions thématiques
chaque trimestre:
http://www.arts-up.info/exposition.htm

Exposition permanente 
http://www.arts-up.info/cimaises.htm

    Candidatures  à
 info@arts-up.info


Florence Arrighi

Florence Arrighi : la page Mirondella - le site


Le musée invisible. Les chefs-d'oeuvre volés.
de Nathaniel Herzberg

C'est le plus grand musée du monde, sans doute le plus riche aussi. Pourtant, personne ne peut en admirer les trésors. Les oeuvres qui forment son exceptionnelle collection ont toutes été volées, et jamais retrouvées. Des dizaines de Picasso, de Renoir, de Rembrandt, presque autant de Monet, de Matisse, de Warhol. Les grands primitifs italiens et les maîtres flamands au grand complet, Vermeer en tête. Des tableaux par dizaines de milliers mais aussi des sculptures, meubles, objets d'art, pièces d'horlogerie... Rien n'y manque. De l'Antiquité jusqu'aux oeuvres contemporaines les plus audacieuses, aucun grand nom, aucune période, aucune discipline ne sont absents de cet établissement unique en son genre. Nathaniel Herzberg a reconstitué ce musée imaginaire, conçu ses salles, sélectionné ses oeuvres. Il a choisi les plus belles, les plus fascinantes, celles dont la disparition a fait rêver des générations d'amoureux des arts ou d'enquêteurs spécialisés. Derrière elles, se dessine un monde étrange, où l'aristocratie du banditisme côtoie de médiocres petit voyous, où voler une oeuvre est moins difficile que la revendre, où la passion se fissure devant l'appât du gain.

» Amazon


FLORENCE ARRIGHI :
CAILLOUX BLANCS ET PEAUX NOIRES, CAILLOUX NOIRS PEAUX BLANCHES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Surgissent de l’œuvre de Florence Arrighi les imprécises douceurs et douleurs de l’étrange. Sa sculpture devient un rendez-vous. Il faut y arriver ni trop tard, ni trop tôt. Le risque c’est de manquer le coche, c’est-à-dire de n’être pas encore réceptif à ce point d’équilibre – et de déséquilibre – où la force de la création tire son dynamisme du commencement et de l’enchaînement. De chaque œuvre émerge une condensation précieuse et rare. Se découvre l’engrenage d’un périple amoureux. Le tout au sein d’une violente beauté fichée au corps et livrée avec une douce violence vivante et en une sorte de fluidité qui après les horions du temps et des hommes redeviennent évidentes.

Ecoutons Florence Arrighi parler de la matière de ses œuvres : « Chaque galet a son histoire perdue dans la masse des innombrables autres. Ma main s'arrête sur l'un d'eux pour l'unir à un autre puis un autre. Une nouvelle vie prend forme, s'incarne.
Nul n'a transformé la surface, seul le mouvement et la forme ont permis l'expression. Ils ont pris naissance dans l'imaginaire, dans l'invisible ». L’artiste a le pouvoir de livrer leur secret aux hommes à qui tout échappe. Chez elle montrer l’amour donc penser l’humain ne rime pas forcément avec indécence. Au contraire. De telles statues tiennent de l’échange et de l’incompréhension que porte toute vie. Les formes minérales attirent, comme elles attirent Florence Arrighi. Toutes les images enfouies l’artiste corse les fait remonter par le consentement des galets. Sa sculpture se constitue comme un puzzle. Les éléments épars, joints, disjoints changent de structures au fur et à mesure de la construction de chaque oeuvre. Chaque élément ouvre à plusieurs solutions possibles. Le puzzle reste donc sinon dépareillé du moins ouvert et sollicite constamment des changements de point de vue. Il faut ainsi déchiffrer une pièce pour en comprendre une autre, saisir le mécanisme d’un blocage pour rebondir sur ceux qui suivent.

Ecoutons encore l’artiste pour comprendre la gestation, l’enfantement de son œuvre : « Des rires en désespoirs, d’attentes en découvertes, de tristesses en colères, d’acharnements en découragements, d’abandons en libération, j’ai marché dans les jupons des géants, les frôlant comme une enfant, glanant de ci de là des bouts de bois et des galets qu’ils me donnaient comme on donne aux petits des jeux pour qu’ils fassent comme les grands. Je les ai assemblés autour de moi pour fabriquer une maison à mes rêves, un contour à mon histoire, des cadeaux à ma mère. Ma mère la géante, ma mère la Terre ». Une mère qui gronde aussi fort qu’elle pardonne.

C’est pourquoi les œuvres de Florence Arrighi deviennent  « le carnet de notes de mon instruction quotidienne, l’empreinte de mes pas dansant autour des géants qui m’entourent et me transforment ». Toutes tendent vers l’harmonie serrée de plus en plus près. Une harmonie qui enchante, mais qui parfois plonge au cœur d’angoisses remontées de l’inconscient. Les sculptures déverrouillent la  porte  des secrets. Cette porte permet d’accéder, peut-être, à un seul et unique monde, aussi unique qu’il l’a été quand mère et fille étaient indistincts. Il y a là la mémoirede l’œil des profondeurs. C’est pourquoi si le secret désigne la vie, si la vie désigne le secret l’art les rend plus intenses, enviables et douloureux. Florence Arrighi permet de gagner un autre espace et une autre vue. Elle apprend à penser au-delà du binaire en nous plaçant entre des choses qui deviennent des forces vives. Du presque rien (le galet) l’artiste opère des griffures charnelles pour une quête de dépouillement et d’ouverture. Elle perce le silence des êtres, ce silence que Pascal Quignard nomme « ce chiffon humide qui ôte la poussière sans la faire voler ».

En conséquence, par effet telles  variations, la sculpture  inscrit le secret d’une rencontre. L’œil sollicité rend l’esprit patient et il suffit d’utiliser la force de cette patience pour que la sculpture soit ce qu’elle devient : un bond hors de soi,  un saut au-dessus du vide en un geste qui n’est pas en soi mais à l’autre.  Florence Arrighi  sait que l’artiste digne de ce nom comprend que l’Un est pris par l’autre et qu’il doit se démettre de lui-même afin d’atteindre un état d’attente, de dérive. Il doit sortir de sa réserve, se laisser afin de s’ennoblir au creux d’une simplicité à laquelle renvoie instinctivement l’œuvre. Pourtant cette simplicité  est loin d’être facile : ce n’est pas un départ mais un aboutissement. Car il faut attendre, aller longtemps  à la dérive des eaux qui elles-mêmes sculptent les galets pour l’atteindre.  L’étreinte des galets  attire comme elle attire Florence Arrighi. Elle permet aux images enfouies de remonter et d’accéder à un seul et unique monde :celui de la fusion, de l’unité.

Il faut accepter le plaisir ou plutôt le rêve d’extraterritorialité des lieux où nous sommes enfermés qu’offre l’artiste. Sa sculpture possède la grâce de transformer  le corps et la matière de l’éphémère en  un Infini qui nous bouleverse. Tout cela libère fantasme, peur et désir en un accord majeur entre l’esprit et le corps, l’âme et la matière. A partir (entre autres) des galets la sculpture redonne vigueur, redresse ce qui a été brisé, abandonné. Reste une tentative d’union et d’élévation. La sculpture ne montre plus comme c’est souvent maintenant le cas la perte. Elle devient la relique des corps ceints l’un à l’autre dans la fusion qui s’oppose au morcellement. Et ce pour une identité retrouvée à travers l’autre que l’artiste rend visible dans une recherche par la matière la plus simple de la transcendance et du mystère..

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

Fnac_expos2_728.gif