Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Michel Basquiat


Jean Michel Basquiat
1960-1988

Jean-Michel Basquiat est né en 1960 à Brooklyn, New York d'un père haïtien et d'une mère porto-ricaine.
Après une ascension fulgurante dont la cote a en quelques mois atteint des sommets, Jean-Michel Basquiat, graffitiste surdoué, a rejoint le Panthéon des peintres  célèbres après sa mort en 1988 suite à une over-dose d'héroïne.

Jean Michel Basquiat : le site

 


Ce livre apporte une solution claire, précise et documentée à toute question d’ordre juridique, social ou fiscal que se pose l'artiste amateur. Un outil indispensable et incontournable.

» disponible chez Amazon


Pourquoi Basquiat ?

par Jean-Paul Gavard-Perret

J-M BASQUIAT, numéro spécial de la revue Bordel, .

On a toujours besoin de beaucoup plus de peintres en bâtiment pour le BTP que d’artistes peintres. En tant qu’immigré haïtien Jean-Michel Basquiat était d’ailleurs prédestiné à éponger le besoin de mains d’œuvre dans le bâtiment et pour certains s’il avait suivi cette voie il aurait moins réfléchi, de serait dépensé physiquement, aurait mieux dormi et serait encore vivant.

Pourtant l’artiste prouve qu’entre peintre en chantier et peintre enchanté il n’y avait qu’un pas. Le mur (via les graffiti) servit d’ailleurs d’interface à celui qui demeure un des astres noirs de la peinture contemporaine. A cela une raison majeure émise par l’artiste lui-même : « J’essaie d’exprimer picturalement ma haine du monde moderne ».

L’artiste a eu la chance de posséder une gueule d’ange et donc un pouvoir médiatique que Warhol a tout se suite compris et repéré comme il le souligne dans certaines pages de son journal où il rapporte des mots de l’artiste : « Est-ce que j’avais une mère moi ? Cette salope m’a laissé à poil à l’entrée d’un village ».

Basquiat comme Warhol aimait les masques et se portraiturer en « fils de pute » ne lui déplaisait pas. Comme lui encore il voulait être célèbre.

Il a tout fait pour ça. Il a mis ses peintures dans la plus grande salle d’exposition : les murs délabrés de New-York. On lui ouvrit des portes.
Il passa à la télé. A l’époque il n’y avait pas d’artistes noirs. Ce fut une aubaine Mais on le traita comme une image et tel un joueur de Basket ou de Hockey. On le fit focaliser sur l’argent, sur Madonna, sur Grace Jones, etc. Très vite il put sortir des murs pour peindre des toiles. Il est même retourné dans les ruines pour en extraire des rectangles de ses graffiti. Et quand il était fatigué il put compter sur des amis friables qui lui permirent de s’alimenter à ce qui devint pour lui une ses rares choses fiables : la drogue. Il en mourut très jeune, comme tant d’autres noirs. On lui fit donc payer son ascension fulgurante mais on ne s’interrogea jamais sur les coupables. Comme tout pauvre devenu star Basquiat se fit bouffer par le milieu des fausses gloires : Naomi Campbell le largua et il comprit que « la vraie couleur des gens n’est pas celle qu’on voit, on l’a connaît longtemps après qu’ils soient morts ». Nuit et poudre blanche ont donc eu raison de l’artiste. Mais si son œuvre vit encore c’est parce qu’elle répond à une urgence : le peintre pensait que ses jours étaient comptés. Mais il s’en foutait. Dormir ce n’était pour lui ne pas être là et il savait que le temps aurait raison de lui et le peut qui lui restait tenait d’une gageure faire mieux et plus grand que Pollock ou Schnabel. Il a dépassé le second mais sans doute pas le premier. Il n’empêche qu’il a réussi son coup en gardant ses dernières forces pour ses dernières toiles. Pas de dispersion. Il fit sienne la phrase de Bukowski : « seul les imbéciles voyagent ». L'unique voyage fut la peinture et ses pigments. Une histoire de poudre. Toujours. Pour créer ses « ghosts dogs » aux couleurs violentes. C’est eux qui travaillent encore. Sans eux l’art américain ne serait pas ce qu’il est. Basquiat fut un tournant. Dommage qu’il le rata. Sa peinture reste : drôle, géniale, faussement grandiose, faussement naïve : fabuleuse en sa force créatrice. .

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.