Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Bauthias

Mirondella,  
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Marie Bauthias

Vit entre Toulouse et la vallée du Viaur.
Arts plastiques - photographies - écritures - livres. Elle crée en 2003 leTtrident neuf éditeur



MARIE BAUTHIAS OU LA VIE SECRETE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

bauthias marieLa spatialité, toujours, nous échappe. Nous ne savons rien de son lieu et de ce qui s'y passe. Comment a-t-il prise sur nous ? Comment l'atteignons-nous et comment nous touche-t-il ? Nous ne résolvons jamais ces questions. C'est pourquoi les murs et les paysages de Marie Bauthias sont devenus des abcès de fixation et non les lieux où les fantasmes poussent comme du chiendent. L'artiste tente d'inventer de nouveaux rapports, de nouveaux contacts. Elle incarne ces questions - ce qui est, tout compte fait, mieux que croire y répondre. Ses photographies de surfaces demeurent un lieu de fouille du signe pour transformer le paysage et ce qu'il contient en un exercice de  cruauté et de douceur. La langue   plastique fait de chaque photographie  un "aître" (âtre de l'être). A savoir l'endroit où la question du lieu se retourne sur cdelle de l'être. La photographie est donc une levée d'écrou. Elle d'introduit une théâtralitéà travers des lambeaux de sérénité où parfois perlent quelques nuages.

Soudain émerge ce qui touche à notre plaisir, à notre jouissance et, en conséquence, à nos possibilités d’angoisse puisque nos certitudes se voient interpellées. Chez Marie Bauthias  la photographie non seulement ne permet pas de passage mais elle  "abstrait" les paysages et les murs. De seuils en seuils, et même si chacun de refuse, l'artiste "sauve" la photographie  en fonction de ce “ lieu ” où tout part et tout revient. L’éclatement de l'art trouve une sorte de résolution au sein de sa mise en "demeure".

Livrant un "décor" nu, la photographie n'en exhibe que son unité amortie. Il n’existe pas de place à une réelle jouissance : rien qu’un  retour des choses en un franchissement qu’en voyeur on espérait. Mais Marie Bauthias culbute la vision souhaitée en une étrange torsion. Le “ saut” qu’appelle une telle photographie ne répond pas à la demande narcissisme du voyeur. Elle n’est pas la multiplication fiévreuse de pseudos franchissements, elle ouvre à celui qui compte.

Il s'agit de franchir le seuil non du mur ou du paysage mais de la photographie. Passer sa frontière revient à affirmer " j’existe, "je suis dans le silence, l’abandon, le lâcher-prise qui seul donne à l’autre son existence et me donne une existence, j’assume une traversée incertaine dont l’avenir comme l’origine est une interrogation". Avec (et grâce à ) de telles photographies il faut donc s’extraire de la pure illusion et de la fausse transgression.

Contrairement au “ mur ” ou au paysage qui rassemble, la photographie incite à construire une communauté inavouable par ses fragment en donnant un passage au passage.  Ce qui compte n'est plus le mur mais "son morceau manquant". A savoir le regard qui se porte sur lui. Mais il y a plus.  L'important est ni le regard ni le mur mais l'entre deux. Un réel désir y passe, s'y projette. La photographie devient lieu du lieu, son transfert en des moments de foudre que capte Marie Bauthias. Elle crée ce qui n'est plus un leurre mais une attente. On peut nommer cela la nudité de l'extase. Rien qu’une étendue sans prise,  nappe blanche, parfois ambrée à l’aurore et au crépuscule, frémissante sous le feu du ciel, vibrante dans l’immobilité.

Quoique en dehors on reste dans son enclos. Le mur ou la forêt deviennent le monde entier, vibrant en sa platitude d’ensemble indistincte mais étale. Tout se passe comme si le dehors jusque là occulté se déclarait enfin. Comme si le temps présent qui occulte le passé levait le voile. De la maison de l'être nous connaissons alors bien plus que la peau. Ce qui fascine est l’absence de charmes anodins, superflus. Ce qui fascine aussi vient  de l’horizon, du creux, d'un ultime tissu du monde, de l’extase troublante qui découragent les morts et les mots. A travers la photographie, een son parfait silence, l'être trouve sa placee car lui-même est silence. Si, comme les murs (dit-on), l'être possède des oreilles, elles ne servent plus à rien.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

L' art contemporain ne signifie pas l'art d'aujourd'hui. C'est un label qui estampille une production particulière parmi d'autres : l'art conceptuel promu et financé par le réseau international des grandes institutions financières et culturelles et, en France, par l'État. Né dans les années 1960, il est apparu dans les années 1980 comme le seul art légitime et officiel ; mais ce temps semble toucher à son terme. Sa visibilité officielle occulte un immense foisonnement créatif : l'art dit " caché ", suite naturelle de l'art depuis le paléolithique. On y trouve aussi bien le " grand art " que les artistes amateurs. Plus encore, le " grand art " aujourd'hui suit des voies singulières ; il n'est plus porté par aucun style ; il est donc difficile à reconnaître et à apprécier. Mais il existe et qui veut le chercher le trouve ! Cet essai très documenté explicite l'histoire et la nature de l'art contemporain. Il retrace les péripéties de la controverse, le plus souvent souterraine, qui agite le milieu de l'art depuis plusieurs décennies, jusqu'à ses tout derniers épisodes. Il dévoile cet art dissident que l'art officiel cache. Et surtout, il rend la parole aux artistes sur leur pratique et sur le sens qu'ils lui donnent.
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