Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Benjamin Lacombe

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Benjamin Lacombe

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Benjamin Lacombe : le site



L'art gothique de Benjamin Lacombe

par Jean-Paul Gavard-Perret

©Benjamin Lacombe - Morella benjamin lacombeBenjamin
Lacombe est né en 1982 à Paris où il travaille. Elève de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD) , il travaille parallèlement en publicité et dans l'animation. Déjà à  19 ans il publie sa premièe bande dessinée ainsi que des livres illustré. Son projet de fin d'études, "Cerise Griotte" sort aux Editions du Seuil  en mars 2006. Très apprécié et reconnu il  est publié en 2007 aux USA par les éditions Walker Books et Times Magazine le retient comme un des 10 meilleurs livres jeunesse de l'année 2007. Depuis il illustre ou écrit de nombreux livres en particulier pour Albin Michel, Baraffot Books (USA), Edelvivives (Espagne) , Hemingway Korea (Corée) entre autres et bien sûr le Seuil Jeunesse, éditeur avec lequel il a publié la plupart de ses livres. Par ailleurs il expose regulièrement son travail par exemple aux galeries Ad Hoc Art (New York), L'Art de rien (Paris), Dorothy Circus (Rome), Maruzen (Tokyo). Il vient de publier « Généalogie d’une sorcière » avec un texte de Séabastien Pérez et c’est là sans doute son travail le plus abouti.
On est fasciné par la maîtrise pictural chez un si jeune créateur. La naïveté se mixe toujours chez lui à d’inquiétants mystères. C’est pourquoi même si elles sont généralement créées à l’intention de la jeunesse, ses planches débordent largement le genre et ce public. En émerge une sorte de gothisme flamboyant et piégeur . De la potion magique de l’enfance le plasticien fait remonter tout un substrat sans avoir l’air d’y toucher. Maître d’un art alternatif il explore les visages qu’il fait voyager dans divers univers aussi victoriens que surréalistes et en une conflagration de mondes apparemment impassibles mais déchirés. Il y a parfois, comme avec sa sorcière, un coté icône dans ses montages. Celle-là par exemple dégage quelque chose de très esthétisant mais riche de sens : chacun (petit ou grand) peut y reconstruire son histoire. Et cette  sorcière devient une sorte de poupée que l’artiste maquille, coiffe, habille à loisir pour la faire pénétrer dans des univers aussi gothiques que mentaux.

Un tel univers représente celui des égarés. L’artiste y dépose notre nuit tout en revenant à ce qui peut porter l’éclat. Peu à peu, la pulsation s’installe dans les images comme dans les mots. L’obscur n’existe plus. Dans des images où souvent le noir n'est que contour demeure toujours comme une fleur dans la fente vive de la peau même lorsqu’elle est lisse et diaphane, une fleur que la main caresse d’un élan. C’est la seule violence du passé dans le présent, de l’envers dans l’endroit.  Lacombe montre possible le vacillement qui attise. Et ce parce qu’il a su réinventer la jouissance de peindre et de dessiner par l’amorce de l’envie jusqu’à contredire le geste de la mort. Ces albums « intemporels » inscrivent donc paradoxalement le temps précieux d’exister mieux afin que la vie flamboie dru. C’est sans doute ce que ressentent confusément les enfants qui aiment cet univers où  les espaces-temps son recreusés par l’invention de figures qu’on n’a plus l’occasion de voir mais qui ramènent à l’origine des légendes.

Les planches laissent passer la lumière derrière ce qui est clôt et que Lacombe ouvre. L’œuvre permet ce que le réel empêche parfois de penser : l'infidélité notoire et paradoxale au passé autant qu’au présent pour un futur pressenti. Existent ainsi chez sa sorcière le cri de la lune et son énigme. Le spectateur lecteur vient la regarder comme il le ferait en se penchant sur la margelle d’un puits.  Et si cette sorcière n’appartient à personne d'autres qu’elle, on enfourche ses orages sur ta terre vivante. S'y  cache un feu liquide. Et les dessins de Lacombe semblent permettre de lire ses pensées à travers des indices des traces et des bandes. A la fin de la sorcière se montre l'ailleurs du lecteur dans ce qui devient tout compte fait une histoire de peaux : comme avec les ognons, en soulever une revient à en atteindre une autre.  L’artiste crée donc ce moment rare où le monde s'efface de notre conscience sans renoncer à son immensité errante.  Le créateur ouvre, dépote, on ne sait pas où ça mène mais on adore se perdre dans un univers on l’on ne peut plus penser.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.