Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

BENOIT-BASSET

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BENOIT-BASSET : LE FUTUR EST POUR HIER

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Aussi ténébreuses que lumineuses les peintures de Benoit-Basset  semblent sortir d’une bible satanique et de divers rituels gothiques. Bosch et Breughel y sont revisités à l’école de la lumière du futur et d’un érotisme venu d’un Moyen-Âge où il se déployait librement. Le peintre non seulement modernise mais acidule son médiévisme d’un futurisme particulier. Ici en effet l'après revient par un avant constitué d’univers aussi profanes, nobles que religieux. Le peintre embarque dans ses jeux d’intrigues, de leurres.

Tout semble sortir du monde chrétien pour retrouver des sciences illicites. Il n’est pas jusqu’à ses moines pénitents à devenir des histrions éclatants portés vers des hérésies. Benoit-Basset reprend par le jeu une tradition hermétique et païenne. Pic de la Mirandole et  l’astrologue d’Elisabeth I ne sont jamais loin. Dans ses séances que propose l’artiste ça sent le souffre et parfois le sperme au milieu des bijoux et des étoffes sur des corps sensuels et charnels et à l’occasion difformes tels que le Moyen-âge osait les montrer.

Existe dans ces tableaux une réelle saveur. Elle diffère de ce qui est donné à voir de nos jours. Il y a là une leçon de finesse, d’élégance et d’humour au second degré. La fausse naïveté fait de cette figuration une sorte de manga où tout est montré mais par aporie, par défaut donc avec intelligence : bain de sang, inceste, méchanceté, torture, sexualité se succèdent mais sans aucune recherche « gore ».

Tout est en couleurs vives et certains fonds noirs donnent aux tableaux l'aspect d’icônes renversées. Noyant toutes références historiques et géographiques nettement précises, l’artiste crée sa propre épopée. L'atmosphère est impénétrable, lourde de mystères et de plaisirs inconnus. Benoit-Basset par les processions surnaturelles de ses personnages nous renvoie autant à la fin d’un Moyen-âge qu’aux prémices d’une Renaissance tout compte fait encore à venir. Cette peinture qui pourrait sembler baroque est de fait plus classique qu’il n’y paraît. Son décalage entre l’attendu et son traitement fascine. Les actes les plus immoraux nous paraissent gentils. Nous en retirons –il faut l’avouer – bien du plaisir.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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