Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Bernard Plossu

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Bernard PLOSSU

Né en 1945 au Sud-Vietnam, il fait ses premières photographies au Sahara en compagnie de son père qui l’initie au désert et aux voyages. Il a vécu entre 1965 et 1985 au Mexique et en Californie. Aujourd'hui il réside et travaille à La Ciotat dans le sud de la France.

Bernard Plossu : le site


Bernard Plossu : Rétrospective 1963-2006
de Gilles Mora

A travers les images de cette monographie, la première consacrée à l'œuvre de Bernard Plossu, entre 1963 et 2006, passe le souffle d'un lyrisme photographique nouveau, d'une " inadmissible douceur ", selon les termes de l'écrivain Denis Roche. Plus de 250 images, des textes d'historiens internationaux de la photographie ou d'écrivains viennent ici, sous la direction de Gilles Mora, lui donner sa véritable place dans le paysage de la photographie française contemporaine.

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Canon - EOS 50D
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Bernard Plossu : épreuve du temps

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Bernard Plossu.
The land of landscapes, 4 Avrill - 14 Juin,
CDAN (Centro de Arte y Naturaleza) ,
Fundación Beula,
Huesca (Espagne)


De quoi les photographies de Bernard Plossu dans les Sierras de Huesca portent-elles la trace ? D'amours, de blessures et de joies ? Le tout s'en doute avec parfois une pointe d'humour, un clin d'œil du photographe qui fait abattre les cartes de ceux qu'il capture dans ses prises innocentes. On peut croire, dans certains portraits méditerranéens à une légèreté présumée.  Mais c'est surtout pour l'artiste une manière d'exonérer la gravité de sa donne. Pourtant il faut se méfier du caractère primesautier de ce grand voyageur.

Il n'est pas de ceux qui se prennent pour des photographes mais ne sont que des faiseurs. Ceux-ci ne nous offrent que des clichés ou si l'on préfère des assignats dévalués parce que ces prétendus "voyants" ne savent pas qui ou quoi ils regardent et ni même pourquoi. 
Ils limitent l'art photographique à une chasse aux papillons, à la capture d?un champ de tournesols un matin de juillet ou à la découverte émerveillée des seins d'une jeune femme à l'âge des premiers émois. Tout est bon pour faire passer leur potion. Elle n'a rien de magique et ressemble à un bol de verveine.

Pourtant Plossu avait de quoi faire côté exotisme et pittoresque. Mais ce ne sont pas les choses vues qui donnent à la photographie une poussée vers l'immortalité. Elle n'est pas travaillée pour le souvenir. Elle n'est pas faite pour rapatrier vers un eden artistique.
La photographie est d'un autre lieu. C'est le langage de l'imaginaire d'un artiste qui à travers elle ouvre le monde sur une profondeur particulière. En aucun cas Plossu ne la réduit à de petits traités d'archéologie du fugace. De plus, le photographe a compris qu'il ne faut jamais rechercher le prétendu marbre de l'identité supposée mais sa terre friable. Celle qui nous fait face dans le réel comme dans l'illusoire au sein d'un jeu de piste dont on connaît ni le point de départ (cette fameuse "nuit sexuelle" dont parle Quignard), ni celui d'arrivée. Bref la photographie, la vraie, ne mène pas où l'on pense accoster. Et Bernard Plossu descend, descend. Il n'a pas peur que la terre lui manque et ne craint pas sa force de gravité. C'est sans doute pourquoi ses photographies creusent ,  font exploser l'âme par les corps qu'elles exposent.

 



Bernard Plossu permet d'atteindre ou de pénétrer ce qu'il en est de la trace. Il se met à se penser vraiment par un langage qui multiplie les prises où viennent s'échouer superbement l'épure de ses portraits et de ses paysages espagnols. L'être soudain se voit en une image primitive et sourde. Il se découvre en une chair plate, blanche, noire et ses dégradés de gris. Il n'est plus figé : il sort de lui-même. 
L'artiste n'oublie pas que l'image vient d'en-bas, à savoir de la façon dont les pieds sont posés sur le sol ou de la façon dont l'homme est assis.

Nous faisons ainsi partie des voyages du photographe. Des voyages où, au fond de l'absence. L'absence elle-même est donnée comme présence absolue - le mot absolu est ici à sa place puisqu'il signale la séparation éprouvée dans toute sa rigueur (l'absolument séparé). En cet abîme les travaux de Bernard Plossu appartiennent plus à l'espace de la vie qu'à celui de la mort.

Certes à l'inverse des autres arts plus "plastiques" - la photographie joue contre le temps, sépare, divise, défait. Elle ne renvoie pas à la réalité mais à son fantasme. Mais Bernard Plossu en a tiré les conséquences et a su judicieusement aller au bout de sa démarche. Il en fait un cheminement sans but, une incertitude de chemin, une succession de chutes imprévues en diverses errances.

Une telle oeuvre ne se quitte pas : elle enchante.  Elle enfonce non dans sa chute mais dans sa remontée. On doit parcourir son labyrinthe dans toute sa surface et ses moindres recoins pour essayer non de s'en sortir mais d'estimer de quoi nous sommes faits. Il se peut d'ailleurs qu'au sein de telles séries - et depuis les photos mexicaines - on ne trouve pas de sortie à la solitude. La solitude ça veut donc dire l'absence et la mort, ça veut dire la photographie et le jazz ou les tambours andalous de la Semaine Sainte en hommage au Chris décédé. Reste toujours le trou dans le réel qu'en croyant le combler la  photographie comme la musique creuse un peu plus : mais afin que quelque chose sorte de son "tombeau".

ean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.