Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Danielle Berthet

Danielle Berthet

Née au Sénégal de parents français. Académie Met de Penninghen à Paris, atelier du Louvre, école d’architecture à l’UP6 de Paris, puis de Grenoble . Vit et travail à Aix les Bains en Savoie (France).

contact : danyberthet@free.fr
le site : /www.danielleberthet.com/

 


exposition Mirondella

Mirondella,  
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danielle berthet

 

 

BLESSURES

La couleur calfeutre l’aube d’un temps disparu.
Perdue en ses plages comme des sceaux chinois
Et les ressacs d’une enfance trop tôt disparue
Elle scelle à la cantonade de très anciennes mélodies
Pour les sourds les aveugles et les muets

Danielle Berthet hésite encore : vers qui les arbres trop bleus
Murmurent l’inanité des choses ?
Des comptines résonnent dans les greniers
Désaffectés, par le privilège la couleur.

Le réel possède encore un sens lorsque l'artiste rappelle
Ce que l’être veut détruire.
Dans sa fureur anti-créationnelle
Même son « ê » majuscule a disparu !

Danielle Berthet continue
Pour que la majuscule réapparaisse.
Elle se veut -sereine  dans des œuvres qui parfois disent
l'Afrique malade de ses plaies,
l'Afrique trouée si belle  de ses vieux griots
sanglants et radieux.

 

DANIELLE BERTHET ET LE SUSPENS

par Jean-Paul Gavard-Perret

Surgissant, venant de loin émerge dans l’œuvre de un espace de pulsion de sources de lumières. Contraste entre les lignes et les plages de couleurs vives. Elles semblent exister comme à l’avant d’elles-mêmes, à partir de leur « pointe » qui devient leur foyer. Elles sont dans leur vitesse d’exécution et leur dynamisme un moment nucléaire en suspension dans le milieu qu’elles suscitent.

Par exemple, en un assemblage de  bistre, le foyer est constitué par une unité transitive dans les quatre parties d’une sorte de carré. En chacune d’elles surgissent les changements de saturation des couleurs renforcées par les traits (souvent noirs) violents. Ils sont comme en suspens dans l’espace soumis à leurs tensions. L’unité est celle d’un flux ordonné par l’énergie d’un noyau que son extension ne dissipe pas. Les formes sont en suspens mais elles sont extatiques en leurs masses colorées et leurs zébrures.  Chaque dessin n’a pas son origine en lui-même, mais dans l’invisible dont il fait son visible. Et c’est également là qu’est son issue.

L’espace implique un rythme. Nous faisons ainsi l’expérience d’une forme de spatialité particulière : ciel et terre qu’importe, la peinture se situe ainsi : ciel-terre, conjonction intime de la lumière. Si ciel il y a, il est abîmé dans une flaque des couleurs. Eclaircie déchirante de la réalité. Expérience première et dernière de l’espace. Il y a chaque fois l’esquisse et la totalité. Souvent les dessins sont divisés en diverses parties. Chacune communique avec les autres. Ce sont leurs éclats que le vol monte.  L'artiste est là : même pieds sur terre, elle est entre ciel et ciel, entre Afrique et Europe en un cycle où le monde en cet achèvement provisoire révèle son être.

Chaque œuvre ne se « mesure » pas à sa fin mais à son origine, dans l’éclair de l’instant, en l’ouvrant à la lumière. La couleur devient un trouble. Elle doit sa présence à ses lignes: émergences ponctuelles par flèches. Des unes aux autres varient les tensions, les traversées. Tout cela s’articule de manière rythmique. Invention instantanée de l'ocre dans un espace qui n’existerait que par lui. L’acuité du dessin se crée par l’action réciproque des pans de couleurs et des lignes. Ces dernières comme des cassures attirent en elles les pans de couleurs et forment avec eux les tenseurs de l’espace. Celui-ci s’entretient de leur attraction et de leur répulsion mutuelle.

Chez Danielle Berthet la présence d’une couleur ne se réduit pas à sa propre intensité. Sans doute le rayonnement et la profondeur émergente d’un ocre nous fascinent et captivent l’imaginaire. Mais tout cela se compose non pas selon l’espace mais selon le temps d’exécution. Une œuvre de l'artiste n’est donc pas une unité harmonique. Elle émerge à travers des ruptures : temps de l’œuvre dans son ensemble, temps de l’exécution de chacune des pièces. Comme si la créatrice détruisait chaque pièce par la suivante mais sans abolir la précédente.

De telles œuvres ne sont donc pas la récollection du souvenir. Si Danielle Berthet ramène au jour l’enfoui, c’est à son propre jour. Elle laisse être l’instant. Agir ainsi ne revient pourtant pas à laisser faire agir.  Et l’accumulation reste ce qui doit se faire loin de toute esthétique des matières. A chaque matériau, à chaque parpaing l’artiste demande le ciel et la terre. Tout est glissement et remontée en une sorte de « change » au sein d’un rythme violent. Il reste l’unique accès à l’espace de l’œuvre.

Il y a des œuvres qui laissent au spectateur un espace et un temps libres pour y tracer ses propres voies qui deviennent les leurs. Il y a celles - beaucoup plus rares et les recherches de Danielle Berthet en font partie - dont la présence nous requiert avant que nous n’ayons eu connaissance en elles d’aucun amer. Ses œuvres nous révèlent en mettant en action notre capacité de devenir le là.

Des laps violents apparaissent et disparaissent dans le souvenir du geste qui les a crées en un espace où différents degrés de lumière glissent et jouent par effet de dynamiques et de tensions. S’ouvre le passage par où le regard du spectateur passe. D’où sa question : suis-je où je vois où quelque chose passe ? Vois-je où je suis conscient de mon propre passage ?  La réponse pourrait être  celle là : l'art. L’homme absent. Mais l’être tout entier dans l'art et son  saut suspendu à son avenir toujours en essor et non pas dans l’inertie de ses empreintes.

La fugacité, la précarité du passage forment le regard de Danielle Berthet. Ils ravivent chez elle un désir très ancien : capter sans l’arrêter l’image (l’inverse d’un arrêt sur image). Voir est alors une activité en devenir parce que l'œuvre elle-même est une activité comparable. Il convient de ressaisir sous le frémissement du passage l’avènement d’une rencontre dans le lieu où la genèse de la forme devient indissociable de celle de son espace. L’espace d’une peinture de Danielle Berthet est donc toujours en formation : lieu mouvant, esquisse fuyante mais irrécusable d’une rencontre.

 Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.