Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

François Bidault

François Bidault

François Bidault, né en 1959, vit et travaille en Savoie. Il est présent dans l'excellent Espace Martiningo où l'on peut voir plusieurs de ses oeuvres..


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FRANCOIS BIDAULT : LA SURFACE IMPOSSIBLE OU LE TABLEAU QUI PENSE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

François Bidault : Acrylique, graphite sur papier, 29,7 x42 cm 2006
(courtoisie Espace Martiningo)

François BidaultDu côté de la « Peinture peinture » bien des choses peuvent encore se passer. Mais les formules acquises ne sont pas les seules manières de reprendre la problématique du recouvrement de la surface à peindre.  François Bidault est un de ces peintres aussi méconnus que rares qui sont engagés totalement dans l’exercice de la peinture en tant qu’expérience totale. Avec lui peindre ne se réduit pas à un « coup » ou à une « esbroufe ». Le tableau a donc encore quelque chose d’intéressant à dire et à montrer.

François Bidault travaille et vit la peinture. Mais il ne recherche pas les hautes pâtes si appréciées pour leurs signes prodigues de bonnes chairs copieuses mais souvent vulgaires. Pas d’onctuosité de l’huile mais des stries dures pour défaire les apparences et les voilages potentiels.  Bidault oblige la brosse, le bâton à cracher sans que rien ne soit donné d’avance en une partie croisée entre d’une part son vouloir, son désir et d’autre part la servitude que lui infligent la matière (mine de graphite, fusain, acrylique)  et le support lui-même. L’artiste accède par un jeu de tensions continuelles à la région nue de l'expérience plastique.

Afin de la comprendre, il faut revenir à l’atelier même du peintre. L’atelier, c’est le sol au vieux parquet usé et disjoint. Le sol appartient à une pièce et la pièce à une maison. La maison est vieille, lourde d’histoires - Sade par exemple n’est pas loin. Dehors, des arbres, des prés et des vignes, surtout des vignes. La vie semble en recueillement. Mais le lieu, comme tout lieu, n’est défini que par une action. Non celle des vignerons, mais celle du peintre pris en un mouvement qui à la fois le déborde mais semble le laisser impuissant. L’artiste éprouve en effet de la difficulté à entrer dans le tableau ou comme il le dit de le « reprendre en main ».

Bidault pose simplement du noir qu’il « graphite »  ou qu’il peint au moment où la décision qu’on appellera esthétique permet cette entrée sur le support en terme de justesse et de poids, d’équilibre et de déséquilibre.  Sur la flaque blanche ou bistre du support le noir tente de faire surface ou plutôt de s’inscrire à partir des bords d’un geste à la fois vif et contenu. Une forme oblongue mais comme hachée revient souvent. Une forme accrochée au bord inférieur de la toile ou sur l’un de ses pans verticaux. Tout ce qui surgit demeure en voie d’élévation. On peut en connaître l’élan, l’esquisse de l’élan, mais rien d’autre. Juste cette dramatisation du noir et de quelques arpents de couleurs sur la toile laissée ou presque tel quelle, en l’état.

Bidault se dégage ainsi de la viscosité d'apparence au moment même où surgit - parce que la surface ne peut se recouvrir - une perte. Mais une perte agissante. Dépeupleur involontaire de la toile, l’artiste accepte la peinture pour ce qu'elle est. A savoir comme il l’écrit,  "du  graphite ou de l’acrylique qui tente de recouvrir ce qui n’a cesse de leur échapper ».  La peinture devient ce réel sur lequel le réel ne peut plus se plaquer.  Elle ne se constitue plus dans le sensible mais par le sensible, c'est  d'ailleurs ainsi qu'elle peut  trouver ce que Carl André appelle "sa seule harmonie".

Apparaît un langage pictural particulier. Il ne transmet pas un message préconçu. Il se crée chemin faisant. L’artiste est clair sur ce point : « la peinture n’est pas un moyen de communiquer un sens mais je crois qu’elle fait sens ». Ce sens appartient à ce que Deleuze nomme « les pensées nomades ». Peu d’artistes peuvent se vanter d’opérer un tel miracle, une telle résurrection, un tel mouvement qui non seulement déplace les lignes mais fait du vide même une présence et du tableau qui ne se recouvre pas une essence du sens. Car, comme l’écrit encore Deleuze dans « L’Ile Déserte »  : « c’est lorsqu’il ne se recouvre pas que le tableau pense ».

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.