Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Sergio Birga

Sergio Birga
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Chemin de Croix : Un autre regard
de Michel Gitton et illustré par Sergio Birga

Sergio Birga. Peintre, graveur et fresquiste. Né à Florence en 1940. Diplômé de l'École d'Art. Vit et travaille à Paris depuis 1964. À étudié la gravure aux Beaux-Arts. Participe au mouvement de Nouvelles Figurations, puis s'inscrit dans le courant de Réalité magique. Nombreuses expositions en France et à l'étranger. Ses œuvres figurent dans des collections privées et publiques (musée du Vatican ; musée Carnavalet, etc.). Vient de graver sur bois les Mystères Lumineux.

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SERGIO BIRGA PEINTRE DE LA MODERNITE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Courtoisie : Sergio Birga - Démolition (Montreuil) 2008, 97x130 cm, huile sur toile
sergio birga Peut-on rester en paix au cœur de la tempête?  Birga répond par la négative. Chacune de ses toiles ou de ses gravures est un îlot. Leur « dessein » témoigne du rée. En leur échancrure et leur effacement  se crée une pulsation qu'aucune brume ne peut écraser afin que surgissent la lumière des ténèbres. Né à Florence en 1940 le peintre est non seulement un peintre et graveur toscan mais l’artiste toscan par excellence. Son œuvre est complexe. Certainement pas aussi solaire que celles que souvent les Italiens la proposent elle reste néanmoins imprégnée de toute la tradition toscane. L’artiste la revendique comme un des fondements dans l’histoire de l’Europe. Il est vrai que la Toscane est à la base de bien des inventions dans le monde des lettres, de la peinture, des sciences et même de la cité-état. A Florence a été fondée la démocratie municipale moderne, avec ses bienfaits et sa violence civile de jadis et de naguère. Ils et elle transparaissent d’ailleurs dans une œuvre créée presque compulsivement au fil des jours dans la jonction de l’esthétique et du politique et du social.

Se retrouvent chez  Birga les marques de ses ancêtres du Quattrocento et celles plus récentes de la première moitié du XX e siècle entre autre de la Metafisica. Des quattrocentistes on saisit la palette en, par exemple,  son  « Chemin de Croix » (2004) ou dans son triptyque « Tous les Saints » (2006).  Mais l’influence du peintre ne s’arrête pas à l’italianité pure et dure. Les influences d’Otto Dix ou de Felixmüller dont il fut un proche montrent combien le fond et la forme puisent leur racine dans une mythologie et un imaginaire européens – ce que soit dit en passant les Italiens ont toujours fait. Mais l’œuvre du peintre est avant tout fascinante par sa revendication urbaine et périurbaine. La ville et sa périphérie sont toujours présentes à l’exception des  rarissimes paysages campagnards de sa période expressionniste et sans grand intérêt(1960-65) comme des sortes d’autoportraits inversés. La cité et ses faubourgs ne possèdent cependant pas un aspect documentaire. Comme dans le cinéma de  Pasolini ou dans la musique d’un Nonno (dans la musique) ils ont un rôle par eux-mêmes. Ils sont l’  « action » du tableau au même titre que le cirque - traité très tôt dans l’œuvre et récemment repris.

Tous les tableaux de l’artiste offrent des témoignages brutaux de la ville. Plus que de l’événement Birga est donc peintre du lieu qu’il recrée selon des mises en forme que seule une vision rapide peut estimer simplement décorative et figurative. De fait chaque toile témoigne d’un rituel, d’une liturgie laïques dans laquelle la nostalgie ne fait pas défaut (c’est le blues italien, c’est le blues Fellinien…). Rues et « corsi », jardins publics deviennent plus que des lieux des cérémonies délétères mais dégagées émotivité larmoyante. Birga offre ainsi une plongée dans un espace de mémoire intime mais qui d’une certaine manière nous renvoie à nos « responsabilité ». Sa peinture est donc inquiétante par la perplexité qu’elle provoque et que soulignent les formes de son expression.

Tout se passe comme si ce que Birga montre en tant que vestiges et stigmates nous en étions responsables. Une telle oeuvre n’a rien de rassurant ou de serein. En témoigne ses séries des « Portes » (très Metafisica) .  Les impeccables façades, les perspectives perdues, les portails toulousains enténébrés ouvre sur un abîme et une perte que, le premier, Jean-Luc Chalumeau a mis en évidence. De la « ruine » et de ses éclats multiples écrit-il « le peintre nous restituent notre propre présent ». La mémoire et l’actuel ont donc partie liée dans une peinture aussi atemporelle qu’extrêmement de notre temps.
L’œuvre gravée ne fait qu’accentuer cette propension. La xylographie utilisée par l’artiste offre une noirceur provocante, engagée. Le grand graveur Parigi est d’ailleurs à l’origine de la vocation « militante » de l’artiste. Toutefois sa xylographie ne fait pas redondance avec sa peinture. Elle en reprend les archétypes mais en les accentuant, en les caricaturant » - dans le bon sens du terme. Là où la polychromie de la peinture peut atténuer la dureté de l’évocation, la gravure l’accentue, la dépouille. On sort de l’anecdote pour un autre inventaire, une autre vision. Plus forte, moins « cultivée » et plus proche d’un art populaire. En ce sens Birga est bien autre chose qu’un figuratif et sa xylographie le fait glisser vers un réalisme plus flou qui rejoint une sorte de mythe.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.