Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Marie-Danièle Blanchelande

Mirondella
galerie d’art en ligne

;

Exposition permanente

Expositions thématiques

candidature : info@arts-up.info





MARIE-DANIELE BLANCHELANDE : TISSUS DES IMAGES ET DU TEMPS.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Illustration de Figurations de l’Amante de Michel Host, Editions de l’Atlantique, coll. Phoibos, 82 pages, 18 euros.

« Figuration de l’Amante » est un livre malin et à double entrée, à double portrait. Michel Host s’y veut lucide en sous-titrant son texte « Coupe des désirs. Désastres et Fêtes de nos amours ». Mais il est doublé en quelque sorte par celle a qui est dédié ce livre et qui en est le sujet même si l’auteur  tente de la généraliser en 4ème de couverture de manière maladroite « la figure de la femme (…) en désir d’elle et célébration ultime ». Personne n’est dupe : qui d’autre que celle à qui le livre est adressé, qui reste la source de la libido et qui fait pousser le dernier vers de livre : « je m’éteins à ton absence » ? Tout cela – et à la décharge de Host - est magnifique. Existent rarement de livres si justes et lucides. Celui-ci devient un hommage à une femme qui illustre son propre ferment sur l’artiste. « Figuration de l’Amante » Illustration devient donc une fulguration par la présence de la femme artiste. Son intervention plastique au sein d’encres en tout point remarquables n’a rien d’une intervention illustrative du texte. Elle devient son contrepoint grave, sensuel, érotique même. Comme si l’égérie jouait là encore les tentatrices.

La relation au noir et au blanc est capitale chez  M-D Blanchelande et non seulement dans ses encres mais au sein de ses peintures. Cela répond à une nécessité intérieure. Un de ses ensembles « Mémoires en blanc » fait référence au linge que les familles se transmettaient sur plusieurs générations. « Ce linge, lin ou métis, créait un univers dont la blancheur éclairait l’intérieur des armoires et se déployait dans la sphère quotidienne » dit l’artiste pour évoquer cette base de la mémoire autant en ses moments forts (naissance, plaisir, maladie, mort) que dans le quotidien. Un autre ensemble « Kumaniss » évoquait par le soulèvement des vagues le surgissement du vivant. Quant à « Casta Diva » il recrée le souffle humain dans sa puissance et fragilité. Au noir et blanc s’oppose parfois des couleurs sombres liés chez l’artiste aux guerres, à l’univers industriel et urbain comme dans les vignettes de « Des milliers de gens » où la couleur fait contrepoint à des évocations plus « noires » qu’on retrouve dans « Zone ». Cette série illustre le monde urbain avec ses moirures et ses reflets. La ville  y est montrée aussi bien dans ses érections que dans ses béances entre destructions.

Dessins, encres et toiles possèdent dans leur minimalisme quelque chose de sculptural. Parfois le plissé et le froissé créent une autre puissance de la plasticité, développent des espaces différents dans un jeu plus marqué du fond et de la surface, de la platitude et de la profondeur. Quant aux encres de « Figuration de l’Amante », elles sont l’exemple parfait d’une  célébration d’un amour partagé jusqu’à son « désastre ».  Le noir et le blanc neutralisent l’anecdote pour n’offrir que l’essentialité de l’expérience présente et passée et permettent la communication (ultime ?) avec le langage de l’écrivain. Les éléments concrets évoqués par Host deviennent soudain traces, empreintes, reconstitués de manière aussi allusive qu’érotique avec cette sensualité tactile que l’artiste cherche souvent dans le textile, ses textures et ses broderies.

Celle qui si souvent est touchée et révoltée par les aspects noirs de la nature humaine et du monde  – d’où ses illustrations par exemple d’un autre texte de Michel Host « Poème d’Hiroshima » - trouve avec « Figuration de l’Amante » un texte puissant, bourré d’amour. L’artiste en désoriente parfois le contenu pour le mener au plus profond de la sensation qu’Host ne peut qu’effleurer. Les encres de M-D Blanchelande font ainsi ce que les mots ne font pas, ne peuvent faire. Son intervention crée une autre relation  au livre par ce contrepoint. Entrant (oh combien)  dans le texte, elle l’appréhende à tous ses niveaux de sensibilité.  L’artiste crée avec le texte un équilibre et un déséquilibre entre l’écrit et le pictural en un univers que l’artiste pénètre que rarement mais qui donne à son œuvre une dimension surprenante, fascinante. L’expression plastique dans des camaïeux de gris crée un voyage entre le figuratif et l’abstractif, entre le sensuel le plus cru et son appel à une métaphysique de l’amour.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.