PIERRETTE BLOCH : MONTRER MOINS POUR MONTRER MIEUX
par Jean-Paul Gavard-Perret
Pierrette Bloch, Rétrospective. Montpellier, Musée Fabre, jusqu'au 26 septembre 2009
Pierrette Bloch
Faite
de matériaux pauvres (fusain et craie sur isorel par exemple) , de formes simples, totalement abstraite et sans couleur ( Dessins ou scupltures de crin), l’œuvre de Pierrette Bloch est d’une grande cohérence. Dès ses débuts, l’artiste a joué sur des variations imperceptibles de tonalité, de rythme minimalistes au sein d’un travail sur l’espace et le temps. Elle joue aussi sur le mouvement qui – à peine – déplace les points et les lignes. Tout se place donc sur le joue antinomique de la liberté et de la rigueur, dde la surface et de la profondeur.
L’objectif de l’artiste reste constant :donner à voir le dessin le plus simple dans l’espace. Pour cela elle a par exemple tendu parfois une ligne à quelques centimètres du mur dans un écart. Celui-ci creuse l’intervalle entre deux parallèles selon une perspectives qu’une autre artiste – Véronique Sablery – a reprise et amplifiée. La tension horizontale reste le plus souvent la fondation de son travail. Toutefois la « ligne » tendue s’agrémente d’infimes arabesques, boules, mailles, nœuds qui tracent une sorte de langage abstrait et le plus invisible possible.
Un tel tracé ne se prend pas (sauf erreur) pour ersatz ou leurre d’écriture. Il se veut avant tout un état minimaliste des lieux de la représentation. Au même titre qu’une Chrystèle Lerisse en photographie, Pierrette Bloch pourrait faire sienne la phrase de Beckett "Tout ce que j'ai pu savoir je l'ai montré. Ce n'est pas beaucoup mais ça me suffit et largement. Je dirais même que je me serais contenté de moins". Elle cherche une forme paradoxale de perfection afin de proposer des images qui foudroient. L’artiste se situe en-deça ou au-delà des principes les plus habituels de l'Imaginaire. Reste un mince filet blanc sur le noir afin de désimager l’image. Rien ne se révèle sinon une absence, un inconnu, un inconnu à entendre au neutre, qui n'a donc strictement rien à voir avec un deus incognitus, avec la possibilité d'un Dieu même lointain.
Pierrette Bloch appartient à ces créateurs du déchirement qui portent le vide au milieu des choses. On pourrait penser que, puisque l'image se s'efface, l'Imaginaire capote. On ne peut donc parler d'échec de l'Imaginaire mais de sa réussite suprême. L’artiste tire du lieu où l'image s'efface u exhaussement comme si des profondeurs lointaines du je perdu, informulée, informulable naissait non un monde mais son vide qui se voit. Dans la blessure ouverte par l'impossibilité ou presque d'images l’Imaginaire de Pierrette Bloch se déploie. Il propose une vision "en négatif", toujours riche en contradictions, capable de suggérer l'incertitude de l'être. Ce travail se rapproche d'une immense nuit blanche où une insomniaque rêveuse veille et contemple le désastre lié à la disparition de l'image jusqu'à ce point extrême de visibilité.
L'entreprise devient un appel à l'absence, au désoeuvrement cher à Blanchot. Et dans ses oeuvres dernières, en leur noir parfait avant glas oil se pourrait que de la négation surgisse une affirmation, que du noir surgisse la lumière, telle une dernière folie du jour. Mais cette lumière ne sera jamais exemplaire, ne sera jamais de l'ordre d'une vérité. Elle demeure toujours une lumière noire et nécessaire car elle apporte un supplément d'être par la vision de son propre néant.
A ce point, forcément, l'image et l'Imaginaire (dans son acception traditionnelle) ne se situent plus sur le même plan, ils ne partagent plus le même destin, loin s'en faut. Mais à l’inverse l'Imaginaire force à repenser l'image puisque l'image n'est plus ce qui s'érige mais ce qui devient le spectacle le plus discret possible. Les lieux connus sont retournés, déterritorialisés. L'épaisseur prétendue et apparente du réel est soustraite.
Peut-on envisager cette défiguration visuelle comme un assassinat d'émotions qui, ne regarde que Pierrette Bloch ? On se gardera bien de répondre. D’autant qu’une telle défiguration provient moins d'une réalité affective que de son empreinte cérébrale. De fait L'Imaginaire ouvre à une expérience sensible originale. Elle ouvre l'image à son creux. Celui-ci n'est ni l'âtre de l'être, ni l'âtre du monde. Le territoire est dégagé. Vidée de toute chair l'image n'est que l'ombre d'elle-même, elle est désenchantée.
Jean-Paul Gavard-Perret
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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