Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Bobi + Bobi

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Bobi + Bobi

Bobi + Bobi est une fille. Elle est née un jour, c'était sur la frontière franco-belge. Elle est illustratrice pour la presse et l'édition.

bobi + bobi

Bobi + Bobi : le blog


Bobi + Bobi : en lisière d'absence

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

bobi + bobi
Bobi + Bobi - Café (huile sur bois 20x20cm)

 

L’art n'est art que s’il ne cherche pas forcément à épouser l'air du temps. C’est à ce titre qu’il est à proprement parler poésie pure. Bobi + Bobi, peintre et illustratrice le prouve. Son expression du réel ne délivre pas d'image mais une impondérable vibration. Le  graphisme d’une telle artiste n’est donc pas métaphore du réel, ou substitut mais déflagration, déferlement, altérité et digression parfois non sans une certaine forme d’ironie mais aussi de gravité mâtinée de pudeur.
Sans la moindre boursouflure et dans la finesse, Bobi + Bobi éclaire le quotidien, ses traces d’amour ou d’indifférence, de doute et de concentration. Elle place sur lui une intuition qui touche. Chaque dessin est marqué par le temps, nulle œuvre pourtant ne s'en échappe autant. L’auteur de « La première personne du singulier, opus graphique» (1)  et de «Yin la jalouse » (2) le disjoint, le nimbe d'une attente lestée de désir. En quelque sorte ses tempos sont l'antichambre du réel en le poussant vers une postulation aussi flottante que paradoxalement « réaliste ».
Les dessins n'enferment pas : ils ouvrent en nous dégageant de notre "esprit de programmation" et osent la surprise là où on ne l’attend pas : au fil des jour. Chacun d’eux devient une nouvelle rencontre, et peut même devenir une nouvelle histoire d'amour. Et peu importe si les histoires d'amour finissent mal en général : ce qui compte c'est de trouver, comme c'est le cas ici, le trait qui crée  une nouvelle passerelle, un nouveau passage, un nouveau coup de foudre.

(1) « La première personne du singulier, opus graphique » - Animal graphique éditions - 2009
(2) « Yin la jalouse » - HongFei cultures - 2009

Dans sa simplicité (qui n’est jamais simple) l’œuvre pénètre notre imaginaire dans ce qui tient d’une fantasmagorie revenante de notre inconscient incarcéré. C’est pourquoi Bobi + Bobi aiguise la jubilation par ses propositions qui reviennent comme reviennent les revenants. On comprend alors pourquoi ses dessins plaisent aussi aux enfants. Ceux-là deviennent les signaux plastiques d’un puzzle. Peu à peu ils s’assemblent pour nous permettre d’entendre en soi un moi inconnu, un moi enfant qui nous colle à la peau et dedans.
Dans cette jubilation (même lorsque la détresse est proche) existe la croyance que la vie l’emporte sur la mort. Elle nous désenfouit à travers ses filons sensibles, ses convocations d’êtres souvent en couple qui provoquent une étrange méditation par la manière dont ils sont représentés.
Bobi + Bobi raconte l’histoire de notre vie tout en fustigeant nos certitudes et nos mentalités de propriétaire par la maîtrise d’un dessin qui ne tourne pas le dos à sa source silencieuse et émue. Chaque dessin traque ce dont l’artiste entend tirer de nourriture pour elle comme pour nous et ouvre une brèche particulière : il effleure déjà  nos lendemains tout en calligraphiant les traces révocables de nos silences de glaise.
En cela la noce de l’image  et du sens devient l’alliage de deux langages pour la plus grande ouverture du possible issue du renoncement à leurs codes spécifiques.  Surgit une brèche dans le réel rendu à l’aventure, c’est comme un anneau de Moebius entre deux rails de convention. Alternativement image et sens sont maître et serviteur l’un de l’autre. L’un devient confidente de l’autre et vice versa. L’un est comme vacant mais assuré de sa propre lancée. L’autre n’a  charge que d’accompagner sa propre lancée, d’exister à l’intime du candeur.
Porté à un tel niveau le dessin est insidieux, envahissant car il possède la force d’infiltrer des sensations intimes. On se sent cousu à sa vibration car il nous conjoint : à savoir il nous porte avec lui, inspire la liaison. Le dessin fore les phrases et offre une réponse singulière à celui ou celle qui face aux œuvres de Bobi + Bobi devient demandeur d’asile.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.