Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Louise Bourgeois

Louise Bourgeois, artiste américaine d'origine française, sculpteur, peintre et graveur, est aujourd'hui considérée comme l'un des artistes majeurs du XXe siècle. Le Museum of Modern Art de New York (en 1982), la fondation Guggenhein de Bilbao (en 2001-2002), parmi un nombre incalculable d'autres musées, lui ont consacré une exposition personnelle ; en 1993, elle représentait les Etats-Unis à la Biennale de Venise. Louise Bourgeois est également connue pour ses écrits aussi ce livre présente un choix de textes qui témoigne de l'ampleur de son parcours, des années 1940 à aujourd'hui. Ensemble, ils relatent en détail le fascinant roman d'une vie qui a nourri l'essentiel de son œuvre.

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Guide juridique et fiscal de l'artiste :
s'installer et choisir son statut,
promouvoir et protéger son oeuvre

de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).

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LOUISE BOURGEOIS : IN MEMORIAM

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Le travail de Louise Bourgeois est tout sauf ce qu’on en a dit : à  savoir surréaliste. Il n’y a rien de tel dans l’œuvre. Tout y est, au contraire, existentialiste. Les escaliers y montent vers un « No Exit ». Ses pièces sont des cellules d’un perpétuel « Huis clos ». La seule différence entre Louise et Sartre est que pour ce dernier « l’enfer c’est les autres ». Pour elle il est à l’intérieur de nous. Ecoutons là : « Personne à blâmer sinon soi. On donne pour reprendre, on laisse à entendre pour mieux décevoir.. On s’en lave les mains. On s’endort la tête dans le sable. On travaille pour oublier, on ment, on ment ». Tout est dit.
Et tout dans l’œuvre rappelle la menace et la vulnérabilité. Celle dont l’artiste préféré est Bacon  ne se donne jamais (et son œuvre non plus) des airs faussement naïfs. Elle ne joue pas les malignes. Ne restant jamais dans des postures figées elle cherche par des structures carcérales ou ligaturées à libérer l’esprit. Celle qui se dit « indulgente pour les don Juan » renvoie comme personnages périphériques tous les artistes du faux-semblant.  Ils sont nombreux (Dubuffet n’est même pas épargné). Et à part Miro et Bacon peu trouvent grâce à ses yeux. C’est le gage d’une créatrice qui n’a cesse de faire de son travail « une oeuvre inconsciente  mais une œuvre armée ». Pour elle le geste ne suffit pas. Ce qui compte demeure le résultat. Dans ce but elle a multiplié les cellules souches plus que mères, en passant de celles des chambres à celles du sang car « rêver d’harmonie et de paix » ne peut faire l’économie du « chaos et de la zizanie ».
L’artiste veut toujours savoir comment les choses fonctionnent. Aussi bien les étoiles que le corps. D’où son intérêt pour les particules élémentaires et leurs articulations. Afin aussi que « ma curiosité vis à vis de ce qui est érotique et sexuel soit satisfaite avant d’être éveillée ». Phrase capitale qui n’enlève rien dans son intellectualisme à la donnée fondamentale d’éros : « le mécanisme d’attraction se produit plutôt lorsqu’on est nu que recouvert de sept voiles ». L’œuvre est avant tout un travail de découvrement, d’investigation contre l’ignorance et la superstition. L’art est donc connaissance.
Toutefois Louise Bourgeois ne se fait pas d’illusion. Ni sur les hommes ni sur son propre travail. « Ne me parlez pas de sublimation, c’est une habileté » dit-elle à Suzanne Pagé à propos de son oeuvre. Et elle ajoute « je ne manque ni d’arrogance, ni d’ambition, ni de désir d’oseille ». L’exilée américaine dit ainsi tout haut ce que ses congénères pensant tout bas. Et c’est pourquoi son œuvre est un défi et un challenge constant aux lois hypocrites des hommes et  à celles de la nature. Louise s’affirme contre Bourgeois. Louise l’indépendante se sert de l’art et de l’humour contre la mort et le drame de son nom « propre ». C’est l’affranchie. Mais il y a aussi la Bourgeois(e) qui « fouette » dans ses draps. D’un côté la sans peur (mais pas sans reproches), de l’autre (la coupable) qui tremble. Mais ajoute-t-elle  « Je me sens très bien comme ça ».D’autant qu’elle sait ce qu’elle vaut, où elle va et quels dangers la guette : « le psy rend l’artiste raisonnable , l’avocat le rend intelligent et les impôts le rendent plus riche ». N’est-ce pas tout compte fait la meilleure définition de l’artiste pour ne pas se et nous déposséder ?
Ce qui est important pour une artiste n’est normalement pas l’origine de la motivation de son travail mais la façon dont elle est parvenue à survivre avec. Pourtant chez Louise Bourgeois les deux sont inséparables. Sa tache fut de concentrer son travail par tissage d’une toile afin d’accéder à un silence complet. Ce fut aussi  le moyen d’assurer sa seule vocation. Tout en dehors de l’art devint anecdotique Grâce à lui elle put elle put aller vers l’essentiel. Elle voulut savoir jusqu’où, à travers lui, on peut aller. Et son travail resta guidée par une seule limite : ne pas se déposséder. Passer – au besoin – à côté de la vie mais pas à côté à côté du sujet. « C’est prétentieux je le sais » disait-elle . En ajoutant « Je sais aussi qu’on est modelé par ce qui nous résiste mais par ce à quoi aussi on résiste ».

Créer pour Louise Bourgeois n’est donc pas un acte et encore moins une théorie, c’est une dérive, une pathologie. La chair se réinscrit à mesure que l’art en produit par protubérance le caveau ou le  creux. Le temps est dans son œuvre re-conjugué et plié, déplié, troué, tourné sur lui-même par nœuds de résistance, reprises, répétitions, localisation, délocalisation, effets de boîtes, de vide, d’emprises et de  dés-emprises.  La créatrice avait compris très vite que la subjectivité de l’artiste n’est plus qu’une plaisanterie lorsqu’elle prétend surmonter dans sa  fable tout effet de réel pour prétendre résorber les énigmes. Elle s’est contentée de crier sa pudeur en exhibant l’origine de son propre monde  « C'est bien parce que c'est toi. Et aussi pour Gustave… Qui… Courbet bien sûr ». Elle a ajouté – bien que n’ignorant rien de la réponse : « Sous l'œil lumière de l'ombre au soleil quelle est cette fleur carnivore inconnue de moi-même ? ». Il y a dans l’œuvre la belle complicité du mensonge qui ne  refuse plus d’exhiber son leurre !

Louise Bourgeois est donc arrivée à un « lieu » où elle n’eut plus rien à critiquer, espérer, amasser, regretter ou blâmer sinon elle. Et face à ceux qui comme elle l’écrit  «donne, prenne, offre,  reprenne et peut-être même à entendre pour mieux décevoir. C’est la faute à Papa, à Maman, à pasdchance », bref à tous ceux qui s’en lavent les mains » l’artiste ne s’est pas endormie la tête dans le sable et du sommeil du « juste ». Et ne nous trompons pas sur sa phrase : « pardonne-moi Maman qui ment, qui mens, je mens, je n’étais pas courant ». Louise Bourgeois sut. Et sut aller au bout de ses presque cents ans en ayant épuisé sa façon de venir à bout de tous ses échecs, de toutes les tentations auxquelles elle avait renoncé. Pour elle l’art ne se construisait pas  : il avança par la faculté à dire non. « Il y a sans doute quelque chose qui cloche chez moi, il y a une culpabilité. Mais je veux être propriétaire de ce trouble pour pouvoir dans mon morcellement être unifiée ». Elle le fut comme le sont les araignées : perdues au milieu de leurs toiles.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.