Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Luc Bourrel

Pierre Luc Bourrel
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PIERRE LUC BOURREL: CEINTURES DE CHASTETÉ - OU PRESQUE.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Après se l’être beaucoup tiré en faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Pierre Luc Bourrel transforme la ceinture en boulevard.  Cet irrégulier de l’art prend l’objet à la fois comme concept et métaphore. Peu à peu une ceinture en a appelé une autre comme le bec d'éclairage appelle la chute d'eau. Plutôt que de s’intéresser comme c’est souvent le cas dans l’art au haut ou au bas il a choisi une partie médiane  - ce qui évite à la fois de faire profil bas et gras ou à l’inverse de tomber dans le mystique.

Cet irrégulier fait « parler » l’objet neutre, utilitaire, de transition et de contention par excellence  des polichinelles poly-chineurs que nous sommes. De l’objet qui nous retient voire nous neutralise l’artiste met les doigts dans les trous. Manière peut-être de permettre d'éclairer jusqu’à la vulve qui est en nous… C'est en cela que PLB est irrécupérable car il nous rend identique à qui nous sommes sans le savoir. Ses créations  sont des boucles à logos. L’objet généralement est mal vu par celui ou celle qui la porte. Or soudain il est présent à hauteur de regard.  Il arrive soudain que les mâles se mettent à penser comme une femme sans ses dessous, une femme renversée, renversante, humiliée.

Si l'employé du gaz ou de l'électricité nous trouvait dans cet état nous aurions beau dire que c'est la faute à PLB. Nous ne ferions qu'aggraver notre cas. Notre crise. Bon, bien sûr, on se rassure: on peut attacher ces ceintures, se regarder dans la glace en faisant œuvre de chasteté. On découvre alors que le sein et l'épaule droite sont encore ceux d'un homme, et, que, oh ! joie, entre la vulve présupposée et l'aine droite, un renflement suggère une bourse.  Mais existe désormais cette terreur de la ceinture en nous, de son « ça » sur nous et de son « ça-crement ».

Que faire alors de toutes  ces ceintures ? Où mènent-elles ?  Le brave Monsieur PLB est sans doute un fieffé rusé. Ses objets deviennent ces machines célibataires Et leur créateur peut jouir d'une certaine considération que l’on porte sur elles tant on sait qu’à la fin un malheur est vite arrivé et qu’on peut s’en servir pour se pendre. Afin d’éviter ce danger PLB prend soin toutefois de les présenter fermées. Pour une mise à nu. Pour symboliser qu’une fois bouclées, du ver qui est dans notre fruit nous n’entendrons plus parler.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.