Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Brigitte Catroux

Brigitte Catroux

Brigitte Catroux: la page Mirondella


Cent énigmes de la peinture
de Gérard-Julien Salvy

Depuis des siècles, le langage de la peinture est riche en énigmes ou équivoques mystères du modèle ou de la main à laquelle on doit l'oeuvre, incertitude quant à l'identité du sujet, incohérence de sa représentation, contradiction troublante entre le titre du tableau et ce qui est montré, jeux illusionnistes liés aux vertiges du regard et au contenu crypté. Ce livre dévoile cent de ces secrets. Au terme de sa lecture, vous ne regarderez plus les tableaux comme avant!

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Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.


BRIGITTE CATROUX DANS LA STUPEUR DU REEL INACCESSIBLE

par Jean-Paul Gavard-Perret

La peinture de Brigitte Catroux est occupée de personnages étrangement dramatiques où ils  apparaissent à nu. Qu’en s’entende bien cependant sur ce terme ! Il ne s’agit pas d‘une nudité physique mais de la nudité d’une force qui jaillit en et sous eux. Dans le mouvement physique qui les érige et leur donne une configuration particulière (qui n’est pas parfois sans rappeler Dali) tout se tient. Le passé est encore et le futur déjà dans le présent d’un rythme qu’impose chaque toile. Un rythme lumineux qui semble jaillir de l’obscur et de ce que l’artiste elle-même nomme « une révulsive beauté ». Attirée par le fantastique (littéraire, pictural et cinématographique), Brigitte Catroux impose un langage où à la fantasmagorie s’allie un goût pour la statuaire africaine et la pureté, la tension de ses lignes primitives et minimales liées à un travail particulier de la couleur ainsi que l’attention portée au décor où d'étranges créatures évoluent. Surgit de la sorte une luxuriance étrange faite de retenue et d’abandon, de symbolisme et d’un érotisme fascinant et en demi-teinte.

Surgit tout un monde des marges où  vit selon l’artiste un « grand peuple silencieux et psychomorphe ». Un tel univers et sa configuration induisent un autre temps que celui de tous les jours. Nous pénétrons dans d’étranges bulles. Tout est là : ce qu’on sait et ce qu’in ignore. Chaque personnage est autant voix que silence. Silence d’une voix que l’on entend et qui force à parler. Duras aurait dit que c’est une nuit. Que peindre c’est la nuit. On si l’on préfère c’est évoquer une dépossession et une possession dans un phénomène d’achronie. Un hors temps dans le temps. Le monde ne se rassemble plus. Ou plutôt se rassemble autrement. Des limites sont remplacées par d’autres. La réalité perd ses contours rassurants. Dedans et dehors n ‘ont plus de sens. C’est une seule même coulée de couleurs, de lumière ou de noir peu importe. Surgit l’apparition d’un insoupçonnable qui se dépose sur la toile : une trace, un miroitement, un vide, quelque chose, quelqu’un.

Quelqu’un ou quelqu’une qui ne ressemble pas à ce qu’on désigne couramment par ce nom pourtant vague. Dans chaque toile surgit de l’être. Il devient langage pictural et ne peut advenir que par lui. Le fantastique est donc le moyen de donner de l’être à l’être par un anthropomorphisme particulier. Il montre en nous ce qui nous traverse et habite nos profondeurs. C’est pourquoi les personnages de Brigitte Catroux sont in-sensés.  Et sa peinture devient la continuité corps-monde et l’en deça ou l’au-delà de la présence. Elle n’est plus la fermeture d’une illisibilité, d’un invisible qui ne seraient que le produit d’une attenté déçue donc d’une image déjà connue et établie mais une ouverture d’un accueil à qui ne cesse de se faire et qui n’a pas de nom si ce n’est celui – énigmatique – que l’artiste donne à chacune de ses toiles.  Surgissent une peinture-vie, un langage éclat, une peinture sans objet, un langage sujet. Dans chaque œuvre la réalité s’engloutit et recommence, nous recommence.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr