MYRIAM CAUJOLLE : ELOGE DE LA DOUCEUR
par Jean-Paul Gavard-Perret
Tiennent-ils à nous les portrais et les natures mortes qui nous imprègnent de douceur suave ?
Qu’importe : il faut se laisser faire sans demander son reste, se laisser aller à l’abandon d’une sorte de volupté.
Au sein d’une couleur presque sépia se crée une poésie de la distance et de l’intimité.
Tout est feutré, délicieusement feutré. L’espace tourne dans l’entonnoir d’un soleil filtré et le lointain s’approche entre deux guets.
Chaque œuvre de Myriam Caujolle est à vivre séparément dans l’absolu d’une image qui se lève ouvrant avec délicatesse le jour du monde.
Tout prend l’épaisseur d’un fruit ou plus subtilement de celle d’une âme qui filtre à travers un visage. Tout s’allège mais il n’y a pas besoin d’ailes pour le faire éprouver.
La couleur pâle agite le flot de l’image, elle brûle l’air, le dévêt de ses terriers. Une caresse suffit à la porter sans qu’elle se brise.
Une femme demeure immobile. Mais si une crainte l’habite, seuls les oiseaux la soupçonnent. Nous pénétrons en un demi-sommeil : celui de la rêverie.
La couleur sépia tendre est délicatement relevée par exemple à traverss le violet de quelques figues. Cela suffit à faire vivre l'instant et de donner sa chance à la conversion du temps.
Autour du fantôme d’une femme ou d’un fruit la même carnation. Souvenirs de la peau. De draps froissés. Souvenir de la peau dans des draps froissés.
La figue devient une lune bleue, la pêche un soleil jaune avec à peine un peu de rouge sanguin. On y sent battre ses oreilles.
Myriam Caujolle dévêt de tout ce qui est de l’ordre de la violence. Sa peinture crée une transparence. Une chaleur perce, tiède mais intense.
Ce que se peinture construit l’artiste l’a rêvé : c'est sa manière de bâtir en découpant un espace plus pur, évanescent.
C’est aussi l’éloge d’une simplicité qu’on a fini par oublier. La créatrice pénètre un autre monde ici même.
La semence du ciel est la haie de l’image. On en hume la lumière pour être encore vivant.
Pas besoins de palais italiens ou de grandes avenues vautrées au soleil comme des bêtes luxurieuses. Un visage ou un fruit suffit au plaisir offert.
Juste cette clarté de l’ordre de l’écharpe, de l’ordre de la caresse. Un certain expressionnisme fait le jeu de l’intimité.
On ne sait plus exactement où on est, où on va – sinon vers une autre pulsation. Ce qui travaille est une perception nouvelle faite d’échappées et d’adhérences étroites.
La peinture redevient de l’ordre de la jouissance mais il faut être pur pour s'en apercevoir et que tourne la tête.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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