Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Mira Ceti

Mira Ceti

Née à paris en 1952, Mira Cet vit et travaille dans la région d'Albi (France)

Mira Ceti : le site - la page Mirondella



MIRA CETI ET LES CHAMBRES INTERDITES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Dans les œuvres digitales de Mira Ceti tout un univers amoureux se développe insidieusement. Non que l’artiste en fasse une thématique mais l’essence de sa recherche se ramène à lui. Amour des images, images dites de l’amour pour la sérénité qu’elles distillent au sein d’étranges noces. Divers univers s’y concentrent par le hasard ( qui n’est jamais hasard) des rencontres.

Sous - parfois - des atmosphères de cauchemars, l'angoisse – à l’inverse de ce qui se produit dans les rêves – n’empêche pas d’avancer. Tout reste chimère mais c’est un moyen de recréer le monde et lui faire du bien.  Il ne cesse de renaître, d'entrer dans le regard afin de le biffer le béant. 

Des pures fantasmagories surgissent un miroir et notre psyché. C’est pourquoi ces images si éloignées du réel semblent tellement proches de nous. Il convient d’en accepter le scandale et la part de lumière. Cette dernière échappe à la nuit même lorsque Mira Ceti la représente. Un couple en émerge. A peine en mouvement. Mais un flot les emporte. Celui du fleuve Amour.

Toute l’œuvre devient une sorte de dérive. On se laisse aller à l’ivresse de sa pente et à son émoi particulier. Il faut suivre des lignes qui conduisent derrière le réel. Retrouver non ce qu’on attend mais des  traces imprévues sur un escalier assyrien, au milieu d'une place ou clairière. 

L'image rassemble les éléments hétérogènes en différents jeux de couleurs, de lumières et d’ombre.  Il est soudain légitime d’espérer voir dedans "comme dans un rêve". Et à défaut tenir encore, tenir par ce qu'elles proposent. Elles demeurent garantes de ce qui ne peut se dire. Même avec le temps ou en dépit de lui.

Monter, construire de telles images revient pour Mira Ceti à tenter d’entrouvrir l’eau du monde et voir ce qui est enfermé dans ses profondeurs. L'œuvre est donc bien un miroir. Toutefois il ne renvoie pas notre visage mais le fond de notre inconscient.

Chaque œuvre garde des traces de sa germination. Tout compte fait, seul l’air est palpable. Un trait sur le papier.  L'errance est la lumière. A une restriction près : Mira Ceti la dirige à travers les lignes qui l'incisent et qui font que quelque chose existe. Voilà ce qui résiste : fragmentation, glissement, coulée qu'importe. Comprendre ce qu'il en est de la "géométrie de l'espace" à travers le sillage ou le creux. 

Une émotion visuelle ou picturale s'enfente et délivre unsecret par le mouvement que la structure crée.  L'artiste lutte contre la perte irréductible de l'inconnu en soi. Elle fait monter une attente imprécise. Celle-ci permet de croire encore à une forme d'espoir même si face à de telles œuvres nous savons simplement que nous ne sommes pas nous-mêmes parce que nous avons jamais été.

Mira Ceti devient le témoin muet de ce qui fut et ne fut pas, de ce qui est et qui n'est pas : une absence - une présence in absentia   Surgissent par endroits des abcès de fixation au sein d'un conglomérat de citations et de reprises en métamorphoses. Un fond obscur soulève les lignes. Il convient parfois de prendre du recul pour envisager ce qu'elles dévoilent et cachent d'ombres et de lieux.

Existe une distorsion captivante. L'œuvre en appelle à une idée particulière de la vie et de l'amour mais la fait infuser par une forme d'émotion référentielle. A dessein la créatrice  remplace les feintes du réel par tout un système de verticales et de prises de vues souvent fractales (plongées, contre plongées) plus que frontales.

Mira Ceti ouvre ainsi à  un espace optique particulier. Les couleurs naviguent, s'étendent et nous retiennent. Il faut accepter leur lumière de chambres obscures. Un mouvement de transfert a lieu : le mystère, l'étrangeté nous aspirent.  Et par la rigueur surgit un éclatement. Une force primitive parle au plus profond. Mais elle semble - par discrétion ? - se refuser aux éruptions de l’affect sous couvert d'une certaine froideur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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