Artistes de référence

Jacques Charlier


Jacques Charlier

jacques charlier

Né à Liège (Belgique) en 1939, Jacques Charlier est un aArtiste d’avant-garde qui remet le monde de l’art en question dans de nombreuses œuvres.
Il est présent dans les collections de musées d’art moderne de Belgique et de France.

Jacques Charlier :
le site "100 sexes d'artistes" - le blog


La Mariee était en Rouge
de J-P Gavard-Perret

gavart-perret : la mariée était en rouge

Si toutes les veuves ne sont pas joyeuses, elles ne sont pas forcément tristes pour autant. Parmi elles, une s’était mariée en rouge : elle déplace les états d’âmes par le miracle de son écriture. Le pourpre lui va donc comme un gant. Pas n’importe quel pourpre : celui du sang. Quand elle écrit il faut lui répondre d’une même encre, attendre que cela passe et voir ce qui en coule. C’est en le découvrant que l’on reprend conscience. On ne retire plus le corps de l’écriture : on l’accepte même si le sexe en reste l’énigme suprême. Cela dessine un bord d’ombre, un duvet si fin qu’il tombe en fragments. Mais demeurent l’interstice, le passage. Ils ouvrent à une étrange intimité. On s’y laisse emporter.

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JACQUES CHARLIER : SEXE, BIENNALE, CENSURE
par Jean-Paul Gavard-Perret

jacques charlier
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.De retour de la lagune et de sa biennale un soupir aznavourien s'impose : "que c'est triste Venise" lorsque la censure règne. Rien ne change même dans les lieux que l'on croît affranchis et libres. Le sexe sort par les yeux. Il brouille les jugements moraux et esthétiques jusqu'àu délire. Peu à peu le canular lui-même doit céder la place à la morale pour soutenir les valeurs d'un monde auquel on ne croit plus.
Mais revenons un peu en arrière : Jacques Charlier est un artiste autodidacte qui utilise supports et styles en fonction de l’idée. Son approche pluridisciplinaire au gré de ses idées le pousse vers tous les genres artistiques et littéraires sans oublier la bande dessinée, l’évènementiel, la publicité et la philatélie. Il a peu à peu atteint une envergure internationale.Souvent provoquant ou subversif, sa transgression est due avant tout à son humour impertinent et ravageur. Et en cela il est un digne fils de son pays : la Belgique. La galerie Nadja Vilenne de Liège défend depuis longtemps cet artiste parfait irrégulier des langages plastiques. Actuellement, l’artiste est au coeur de l'actualité avec la censure de son projet « 100 sexes d’artistes » refusée par la biennale de Venise et par la ville de Venise.

Dès 1973 que l’artiste commença une série de dessins représentant des « sexes d’artistes ». Sur le mode de la caricature, son objectif était de créer le portrait imaginaire des « organes procréateurs » des artistes qui ont marqué l’art du XXe siècle. Il a constitué, au fil des ans, une véritable « galerie de portraits » fondée sur une analyse conceptuelle. Il donne aussi sa propre conception des « attributs artistiques » des maîtres de l’art moderne. Il n’y avait pas là de quoi fouetter un chat et il fallait avant tout y voir une critique potache de l’art par lui-même. Le Ministère de la Culture et de l’Audiovisuel de la Communauté francophone de Belgique a d’ailleurs favorablement accueilli l’idée de montrer cent de ces dessins sous forme d’affiche dans l’espace public de Venise. Un petit musée de plein air adapté à l’atmosphère et l’esprit vénitiens devait donc offrir aux visiteurs de la Biennale, aux touristes lambda, aux habitants de la Sérénissime et même à ses célèbres chats un spectacle plutôt drôle et décapant de déconstruction par le caricature et le glissement de plan. Officiellement soumis afin d’être intégré parmi les événements collatéraux de la 53e Exposition Internationale d’Art Daniel Birnbaum dans une lettre du 18 décembre 2008, à répondu aux intéressés qu’il ne croyait pas « que ce soit possible d’inclure ce projet».

Charlier n’en est pas resté là il a soumis à nouveau sin projet à la Biennale en étoffant sa documentation et en l’accompagnant d’une lettre de soutien de la ministre concernée. Daniel Birnbaum a accepté de faire réexaminer le dossier, mais dans sa réponse du 21 février 2009 il confirme son veto. Ce projet selon le président de la Biennale risquait «d’offenser les artistes concernés». On croît rêvé. Mais Charlier est un obstiné : malgré les difficultés d’organisation, de présentation et de visibilité dues à cette exclusion pour le moins arbitraire, et grâce au soutien du Ministère de la Culture et de l’Audiovisuel de la Communauté francophone de Belgique il a poursuivi son projet au nom d’une raison majeure qui paraît évidente : « les artistes sont suffisamment adultes pour décider eux-mêmes de ce qui les offense ou non et qu’ils sont libres de répondre, à leur manière, à une éventuelle provocation ». Et Charlier d’ajouter « nous leur avons écrit (à l’exception de quelques injoignables, comme le regretté Marcel Duchamp) ».Quant à la Ville de Venise elle en a remis une couche. Elle a refusé les emplacements publicitaires communaux nécessaires à l’affichage sous un autre argument plus classique (hélas). Massimo Cacciari estime que certaines affiches (pourquoi pas toutes d’ailleurs ?) pouvaient « offenser le sens commun de la pudeur ». Où Charlier a eu tort est de vouloir polémiquer avec le Maire en lui demandant « où commence et où finit le sens de la pudeur » et « comment il en définissait les frontières ». C’est là peine perdue face à un argument vieux comme le monde (du moins depuis le XVIIème siècle).

Galvanisé par cette censure Charlier et son équipe n’ont pas désarmé selon une stratégie qui, tout compte fait, arrange tout le monde : un bateau sert de refuge au projet. Il est amarré à la Riva dei Sette Martiri à Venise, tout près des Giardini. Mais il y a plus et mieux : pour montrer l’ineptie de la décision de la Mairie et de la Biennale (ce second cas nous paraît plus grave) les affiches seront exposées à Anvers, Bruxelles, Belgrade, Bergen, Linz , Luxembourg, Metz et Namur, Liège. Les habitants de ces villes peuvent participer à un jeu-photo « Libérer Venise » et gagner un catalogue publié à cette occasion… De plus un quizz-art conçu par l’artiste permet à tous, sur le site (www.jacquescharlier-venise2009.be), de gagner un t-shirt avec comme motif le sexe d’artiste de Jacques Charlier lui-même. Reste à se demander quelles sont les valeurs que la Biennale de Venise véhicule (pour la Ville ce n’est même pas la peine d’en parler) en censurant un projet artistique de manière aussi douteuse et débile. Est-ce à elle de reculotter les artistes comme le fit un certain pape pour les fresques de la chapelle Sixtine ? C’est là faire peu de cas des artistes : Buren s’est d’ailleurs associé au vernissage « off off » que Charlier a programmé à Venise. Apparemment il ne s’est pas jugé offensé d’être armé d’un sexe qui ne mesurait pourtant que 8,5 cm…

Certes Charlier n’est pas Christo : il n’a pas songé à emmailloter le "paquet". Toutefois son bateau est bien là. L’abordage s’est passé sans heurt. Afin de libérer Venise de la censure. L’artiste belge a accosté quelques heures avant le vernissage. L’équipage a hissé les couleurs des 100 sexes d’artistes. Au rictus sordide des biens pensants et bien voyants s’oppose la pseudo lascivité de cette exposition. Souvenons nous à ce propos d’Artaud dans ses Cahiers du retour à Paris : « c’est en montrant le corps qu’on fait naître la conscience » ( tome XXIII Gallimard). En refusant cette pochade potache La Biennale a fait du mal à l’art et c’est bien dommage car la manifestation reste (malgré cet incident) des plus réussie. Faut-il donc ne pas chercher à savoir la raison d’un tel ostracisme dérisoire ? Le Président et son commissaire ont-ils voulu s’accaparer des corps qui enfermeraient selon eux tout le problème de l’ art en refusant celui qui allait sans doute selon eux trop bas ou trop loin ? Pitoyable.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.