Artistes de référence

Chen Zhen


Chen Zhen

Chen Zhen a grandi dans le quartier de l'ancienne concession française, dans une famille de médecins parlant anglais et français.
En 1986, après l'ouverture du pays sous Deng Xiaoping, il émigre à Paris, où il étudie à l'ENS des Beaux-Arts et à l'Institut des Hautes Études en Arts Plastiques. Au contact de cette culture nouvelle, il abandonne la peinture et adopte peu à peu l'installation. Anticipant un thème qui deviendra récurrent par la suite, la circulation multi-culturelle, il réalise des installations où la médecine chinoise et ses concepts cosmologiques sont mis en scène dans des perspectives nouvelles.
Atteint d'une maladie rare incurable, une anémie hémolytique auto-immunitaire, il eut le projet d'apprendre la médecine traditionnelle chinoise : « La médecine chinoise est, par sa façon de penser et de pratiquer, très proche de l'art ».
Chen Zhen meurt le 13 décembre 2000. Son esprit d'ouverture et la qualité de ses œuvres lui ont valu une reconnaissance internationale.

Chen Zhen : le site


Shanghi Gallery of Art
Three on the bund

La Shanghai Gallery of Art est une galerie privée de Shanghaï qui s'est fixé pour objectif de montrer et de réintroduire en Chine des artistes de grands talents ayant réussis à l'étranger.

Elle a pour ambition de devenir la galerie incontournable en matière d'art contemporain de Chine. Ele est d'ores et déjà en contact avec la plupart des grands musées, des grandes institutions ou grandes galeries du monde.

Par son intermédiaire, le réseau Arts-up est heureux de contribuer à faire connaître les artistes chinois.

Chen Zhen - A l'infini l'incendie

par Jean-Paul Gavard-Perret

Le réalisme, le quotidien restent - malgré les glissements de la re-présentation qu’en propose Chen Zhen - ce qui hante les installations de l’artiste de Shangaï comme le prouve sa « Daily incantation » constituée d’une armée pots de chambre chinois en bois, de bicyclettes et d’ordinateurs (entre autres) ou son « Nightly Imprecation » avec de nouveau un assemblage de pots te chambre, de lits (à clous) et de ventilateur. Toutefois il ne s’agit pas pour autant de créer un univers mémoriel. Non seulement les œuvres de l’artiste très influencé par la spiritualité bouddhiste son habitées d’une force symbolique mais elles donnent accès à quelque chose d’encore jamais vu. Situé entre deux cultures qu’il fait jouer l’artiste crée un langage alimenté par un imaginaire riche qui s’incarne dans toutes les matières. Avec elles - autant dans leurs successions que leurs assemblages - passant du bois , à l’acier, du textile à la terre cuite, de l’invention pure à celle produite pae des objets manufacturés mais détournés, Chen Zhen n’a cesse de rassembler des combinaisons de figures les plus souvent torrentielles par une technique qui joue sur les variations des agencements, sur des essais aussi qui permettent parfois le déplacements de l’oeuvre à travers ses accidents de parcours.

La ou plutôt les techniques sont pour l’artiste chinois le moyen de partir du monde afin de fonder un langage obstiné dans des formes qui touchent souvent à l’épique ironisé. C’est sa manière terrestre et « manuelle » de ne pas oublier toutes les questions qui se posent à l’homme afin de les déplier à travers la dualité des cultures. Chez Chen Zhen tout nous regarde et nous fait signe de vie : la mort elle même tombe comme un menhir foudroyé qu’il redresse de manière ironique. L’artiste a compris en effet que pour faire surgir les ombres blotties dans l’homme lui-même enfermé dans sa culture il faut sans cesse faire oeuvre de re-naissance et non de simple reprise. C’est de l’affrontement des objets que surgit l’énigme du monde, des choses et de l’être en un travail de germination alimenté par tous les connaissances philosophiques que l’artiste a puisé principalement dans le Bouddhisme. Mais il possède aussi la technique, le regard et la sagesse pour souffler sur les braises du magma des formes afin de leur donner consistance et nous rafraîchir la mémoire. C’est par le feu de ses métamorphoses que l’artiste cherche à unir ce qui est séparé. Il ose avancer dans l’inconnu mais il n’est pas pour autant somnambule ou amnésique et il n’oublie jamais ce qui lui manque. S’il est encore et restera encore séparé de lui même il n’est pas seul. Et son travail - parce que ce n’est pas un simple labeur - est une autre vie au coeur de sa propre vie : il tente de saisir le secret de son « double ». Poussé par une fièvre créatrice la sève de son regard semble comme par essence infinie. Et le « je » qui l’éveille chaque matin en refermant les portes de la nuit, ouvre son regard sur des formes rêvées par la lumière. Il tente ainsi dans l’âpreté de la matière de connaître le secret du souffle à sa source comme en témoigne ses installations vaginales (Round Table) ou arborescentes (Fu Dao / Dao Fu). A travers elles se traverse un horizon pour un après qui surgit par anticipation. C’est pourquoi ses oeuvres ont valeurs de science-fiction au moment même où elles plongent dans diverses techniques ancestrales. Les matières et les objets ne symbolisent plus un espace clos mais donne à et de l’être l’étranger dans sa chair pour cette sorte de fusion que propose des œuvres. Tout se passe comme si ces objets ou ces matières disaient : « Rien ne Me sépare de Toi. Car Je suis Toi et Tu es Moi ».

D’autant que face à la fiction de la vie, le je de l’artiste se montre - par ses oeuvres - à la troisième personne. Le « il » de l’objet est donc le « je » au second degré de l’artiste. Tout ce qui alimente le « je » du créateur, son je désire, je souffre, je m’indigne, je conteste et que sais-je encore c’est avec cela que Cjen Zhen le grand combinateur de matières crée les constellations de formes obstinées. Résolument postmoderne - il n’y a plus chez lui de « récit », il s’agit de capter des moments significatifs de la vie quotidienne pour les détourner comme chez une Nan Goldin ou un George Wearing). Il s’agit aussi de méditer sur la nature des objets comme chez Claes Oldenburg ou Tony Cragg. Et il faut surtout susciter une tension de nature ironique et allégorique afin de susciter une réflexion. Pour le spectateur il ne s’agit plus de rester seulement voyeur. L’artiste suggère l'écart (irréversible ?) entre l’image et la chose, entre l’objet tel qu’il fonctionne et tel qu’elle le fait « fonctionner ». Se voit ainsi remis en question l'enjeu de la représentation non par épuisement mais - au contraire - sa réversibilité.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


Chen Zhen - 37°C, Human Body's Temperature

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.