Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Chi Peng


Chi Peng

Né en 1881à Yantai, province de Shandong (Chine). Vit et travaille à Pékin.


courtoisie :Ilka Franzmann & Marco Wilms -Arte

Vous pouvez voir nombre de ses œuvres sur le site de la White Space Gallery, Beijing


C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale. En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.

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Chi Peng : du western à l'eastern

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Chi Peng : West East, 2006
courtoisie : white space gallery Beijing

A 27 ans, Chi Peng est l'un des photographes chinois les plus novateurs. Mêlant les  techniques numériques d'avant-garde et les sources d'inspiration traditionnelles. Dans sa série la plus célèbre « Journey to the West » il   se met lui-même en scène et intègre en ce projet le mythe séculaire du roi des singes Sun Wukong (connu en Europe par les Mangas et la série Dragon Ball Z) non sans complaisance (reproche que l’on peut faire aux artistes en général et chinois en particulier…) mais avec beaucoup d’humour facilement exportable – d’où son succès mondial. Mélangeant actualité et fiction il crée un monde à la substance vaporeuse dans lequel il est le premier narrateur. Surtout dans ses premières œuvres, il demeure toujours au centre de sa création.

Son seul alter ego reste souvent  son propre corps. Il le  met en scène pour entraîner une réflexion sur la société urbaine mutante. L'artiste « image » les rêves et les tabous dont celui de l’homosexualité. Il ose en proposer des reliquats sans équivoques au sein d’accouplements joués dans tous les lieux publics de la ville et non seulement dans les back-rooms. Artiste doué et doté d’une immense culture aussi classique que télévisuelle il s’intéresse de plus en plus à l’interpénétration des cultures « eastern » et « western ». Cette interrogation est passionnante au moment où le monde bascule. Chi Peng devient le maître de cette nouvelle culture hybride où se mêle Hollywood à Bollywood, les Sumos aux Bouddhas, l’animalité aux plus éthérées sublimations mais toujours selon un traitement qui fait de tout geste artistique une aventure particulière et drôle.

Le réel et l’imaginaire sont invités à de mutuelles sauteries pour créer un univers parallèle (mais peut- être pas si éloigné que cela). Ses oeuvres sont habitées de  liberté intérieure, de fraîcheur, de tolérance qui en font leur excellence. On est là avec un des artistes les plus attachants et corrosifs de cette avant-garde néo-futuriste. Il en est même le prototype tant il gratte les apparences et devient le voyageur ailé, le superman mi singe mi dieu dont la chambre mentale n’hésite pas à s’exposer dans les rues pour montrer le vide qui les habite.

Fausse victime consentante Chi Peng s’amuse de tous les stéréotypes pour les renverser par dessus une rampe.  Par fous pseudos amarres flottent en filins.  Le corps devient le temps : et l’artiste nous apprend combien  d’heures, de jours, de mois voire d’années nous séparent de notre libération.   L’artsite nous met à l'épreuve de ses images  au sourire mystérieux  dans ce qui tient autant de la métaphore que de la  littéralité filée en des prises parfois floconneuses et parfois nettes,  mi impudiques, mi secrètes. Elles montrent qu'un corps est venu. Le voici à la lumière. Seul, changeant, découvert. Est-ce le début du jour ou de la nuit ? La lumière n'a-t-elle pas sommeil ? Espace, possibilité ou impossibilité d'espace : tout est lié. Et Chi Peng pose les deux questions essentielles : que faire avec le corps ? Que faire avec l'image ?

Surgit de la sorte l'homme enfant battant l'enfant homme, l'enfantôme, l'enfant battant l'homme.  L'image elle même devient la femme battante portant l'homme comme un courant couinant hurlant pour qu'il trouve en elle l'espace. Soudains nos immobiles minuits se froissent en profonds pans creusés. Mèches de gravité  sur  un fond clair mais opaque qui permet de révéler l'obscur noyau d'un secret dont on ne saura rien sinon quelques indices, quelques traces.  Dévoiler le secret ce n'est en effet jamais le dire ou le montrer : c'est en exhiber par l’humour les stigmates, les énigmes. Reste le nécessaire transfert d’un corps à l’autre, du corps de l'artiste à celui de la matrice de ses images où il se précipite pour tenter de voir ce qu’il en est du jour et de la nuit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

La jeune femme qui descend l'escalier
de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

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» Editions du Cygne