Artistes de référence

Giorgio De Chirico

De Chirico
de Jean-Luc Chalumeau

GIORGIO DE CHIRICO. Soixante-cinq chefs-d'œuvre reproduits en grand format et en couleurs invitent à un parcours passionnant dans l'univers de Giorgio De Chirico. Un texte accessible, clair et précis commente son oeuvre. D'origine italienne, né en Grèce, étudiant à Munich, De Chirico a produit une oeuvre étrange, " harmonieuse " selon les uns, " inquiétante " selon les autres. Elle conduit le spectateur à constamment s'interroger. " Ce que j'entends n'a aucune valeur; c'est seulement ce que je vois qui est vivant et lorsque je ferme les yeux, ma vision est encore plus puissante. " Pour combattre l'idéologie rationaliste de son époque, ce " peintre classique " comme il se désigne lui-même n'a eu de cesse de remonter aux sources, de l'Antiquité jusqu'au XVIIè siècle en passant par la Renaissance pour les interpréter en de multiples variations.

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Retour à De Chirico
par Jean-Paul Gavard-Perret

G. De Chirico - La nostalgia de l'ingenieur

Contrairement à ce que l’on pense encore trop souvent les terres nouvelles de Chirico ne sont pas de sinistres objets. Pour preuve la lumière qui les pénètre d’un vigoureux instinct vital. Dans ces quasi no man’s land on a prétendu ne rencontrer que des ombres  là où il y avait peut être des chanteurs et chanteuses de rue entrain d’entonner la louange et la défense de la vie.  Pour Chirico comme chez les Futuristes et les adeptes de la Metafisica   la peinture est animée d’une mission élévatrice qui refus de touiller les forces du déclin et de la chute.

N’est-ce pas là après tout ce qu’on demande à un art ambitieux ? N’est-ce pas là la marque d’un langage qui chez Chirico, passées ses vingt premières années d’existence, a trouvé progressivement sa maturité dans la complexité ? Fidèle à ses jeux de labyrinthes, de contradictions, d’oppositions parfaitement assumées Chirico a inventé toute une mascarade salutaire. Certes elle prend des allures  plus austères  et compassées que chez un Miró, il n'empêche que chez l'un comme chez l'autre émerge de grandes déesses de la vie.

La prétendue froideur de De Chirico, l'apparence de paysages hiératiques sont des monuments à la vie. Ce sont des hommages à la confusion des genres et des espèces par la naissance des hybrides épanouis et jaillissant sous le soleil d'Italie. Ils mêlent et fondent les couleurs comme le fait l'ardeur d'un four. Leur libre message, leur appel gardent l'écho voulu par un artiste habité. Son travail est toujours resté loin  de l’anecdote : il bouge toujours dans ses lignes.  Voir son oeuvre demeure  une manière de progresser. Il suffit d’accepter des mariages qui peuvent sembler contre nature ou des infidélités notoires qui permettent de mener loin.  Les mouvements picturaux aussi marmoréens qu’en bourrasques  emportent  la peinture, la chargent, l’ouvrent, la troublent dans des mise en scène qui submergent. Chirico assemble des contraires et ne se contente pas d’enfiler des perles surréalistes.  Il préfère buriner des contraires. La glace non seulement se change en feu, elle peut devenir  badiane ou anis étoilé. Elle fait de nous des errants au sein des cristaux de ses perles plombées.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.