Artistes de référence
Claire Bettinelli

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en association avec Amazon

Artistes : 1001 conseils
pour mieux vendre vos oeuvres
de Céline Bogaert

Produire un travail artistique de qualité ne suffit pas pour en vivre. Vendre son art est un véritable métier et les démarches à accomplir sont nombreuses. Il faut notamment : se faire connaître, trouver des financements, des partenaires, des clients, les fidéliser, choisir une structure juridique, établir les déclarations légales, gérer ses ventes.
A travers ce guide, vous trouverez des astuces et des réponses à vos questions concernant : les formations, les subventions, le mécénat et le sponsoring, les outils efficaces pour développer votre notoriété, les relations avec vos différents publics et clients, les déclarations obligatoires, la facturation, la protection de vos oeuvres.
Les textes de ce guide sont illustrés par de nombreux exemples et modèles (demande de subvention, communiqué et dossier de presse, fichier clients, dossier de diffusion, contrats, facture…) et assortis d'un précieux carnet d'adresses (contacts administratifs, organismes délivrant des aides et subventions, associations de promotion et d'accompagnement des artistes...).

L'auteur
Céline Bogaert, chargée de communication, de formation, assure régulièrement des missions de conseils, de recherche de subventions, de communication, de relations publiques, d’administration, de comptabilité, pour différents acteurs du milieu culturel et est amenée de ce fait, à travailler avec de nombreux artistes

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PORTRAIT DE L'ARTISTE EN ESCORT-GIRL
par Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition de Claire Bettinelli : "D'ébats",
La Galerie d'Art, Corbeil-Essonnes, du 3 au 28 septembre 2008.

Pour sa première exposition personnelle, Claire Bettinelli étonne. Certes elle a déjà fait ses preuves dans de nombreuses expositions collectives, mais ici son travail prend une plus juste et pleine dimension. On voit combien sa peinture devient une matière vivante en allant jusqu’au bout de la chair.  Elle atteint ce qu'Artaud demandait à la peinture :  trouver de l'organique assez pour n'avoir pas peur d'affronter un délire afin de retrouver la vérité du corps. Sous une dimension théâtrale, l'artiste ne jette pas dans le symbole toute la machinerie du corps qui sait jouer des effets d'étoffes. L'artiste ouvre ainsi à la béance de ce lieu du corps sur lequel on ne peut mettre de nom. Chez elle, il se cache pour mieux séduire. Il est donc donné paradoxalement comme présence absolue - le mot absolu est ici à sa place puisqu'il signale la séparation éprouvée dans toute sa rigueur (l'absolument séparé) au sein pourtant de ce qui est lui le plus intime.

Claire Bettinelli sait que l’absence d’image rend plus incertain à soi-même. C'est pourquoi elle éprouve le besoin irrépressible de peindre. Chaque vie s’écrit à travers les images. L'artiste en connaît le poids au prix d'une lucidité paradoxale et du plus grand égarement. La peinture est donc pour elle  cette erreur essentielle dont on ne se remet pas, Il lui convient  d'en tirer les conséquences. Tout ce qu’on peut en dire c’est que l'artiste  poursuit son cheminement en une incertitude de chemins. Elle laisse venir à elle des images rêvée tout en effaçant l'écume des apparences, les peaux. L’image chez elle est une chair vivante.  L'artiste passe le plus clair de son temps libre à sa traque, en cherche l’échéance jusqu’à des heures tardives : la nuit est son royaume, elle est peuplée de désirs auxquels l'artiste donne vie.

Dans un tel travail, le corps même de l'artiste échappe aux heures. Il bat la campagne. Poétique de l’errance, pointillé en dessous des simples reflets, gouffres surgissent d'acryliques sur toile de jute. Claire Bettinelli, dont la vocation de peintre fut d'abord contrariée,  fonce dans ses toiles comme en une forêt brûlée  de l’enfance. Quelque chose est fini, quelque chose recommence. Sensation de vertige, axe violent d'un vide. Opacité encore au bord de l’illisible.  Emerge une  impalpable caresse des couleurs basiques qui en trouant le réel donnent une autre manière d'être face au passage du temps. C'est la manière pour l'artiste de bloquer  la charge de l’éphémère sans croire pour autant à l’éternité.

L'artiste pense sa peinture de telle sorte que ce ne soit pas une pensée qui la porte vers elle. Comment expliquer autrement  le jeu des postures et des couleurs, les suspens et intervalle. Le spectateur ne peut qu'entrevoir ce qu'il voudrait saisir. Au mieux c'est, au sein même du noir,  un pan de neige oublié par l’hiver. Il en sera donc toujours ainsi : le compact ou le fragment. Depuis ce bord tenter de voir à défaut de comprendre. A travers l’image, la chute infinie du corps et sa remontée loin de toute la “ choséïté marmoréeene ” dont parlait Samuel Beckett et pour redonner au corps des couleurs face à l'épreuve du temps. C'est pourquoi il existe toujours dans les toiles de l'artiste comme un voile qui enlève à la couleur ce qu’elle pourrait posséder de clinquant, de facilement surprenant. Le rouge sang n'est jamais celui de la viande il montre ainsi par suggestion, dérègle notre attente afin de refuser de déclenchement d’une violence trop vive qui s’épuiserait dans l’instantané de l’émotivité. C'est une pointe ou une sorte de flaque. Ce n'est donc pas la rage qui domine mais la mise à distance.  D'où des visions de limbes comme si Claire Bettinelli espérait encore une naissance, un accomplissement.

Il existe en effet dans ses "portraits" quelque chose  et pour reprendre le mot de Bacon  de "pacifiques". En effet et malgré tout, pour une telle artiste le monde n'est pas carnassier. L’être n'est un loup : il est, il est là, désirant. Et si sa chair semble saigner c'est plus par effet de bande en une sorte de décalage soit de perspective, soit de couleurs. Un visage émerge, une silhouette. Que regarde-t-il, où va-t-elle ?  Sans doute ce sur quoi vient s’ancrer la solitude de l'artiste.  Une artiste habitée et qui ose plaquer sur le vivant une fragilité vibrante mais agissante.  Et si parfois l’image reste fuyante, c'est pour mieux nous prendre en traître, “ flatter ” notre inconscient qui sort de ses remparts et devient le théâtre discret de qui nous sommes au fond au moment où surgit dans l'œuvre une mythologie sans noms. Une mythologie qui plus que des êtres donne à voir des esquisses dans la souplesse du travail de la pâte et des couleurs en une suite d'opérations - entendons d'ouvertures.  En ce sens Claire Bettinelli nous rend à la présence et fait de nous le voyageur errant.  Ce qui nous surprend c’est donc l’invraisemblable et la vraisemblance : instantané de la peinture qui dans son économie nous placent devant un mince rideau. L'artiste nous expose tels que nous nous cachons et pas tels nous croyons être : en ce sens elle est bien la plus austère  mais aussi la plus séductrice des escort-girls que l'on peut concevoir.
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Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, J-P Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie (UFR Affaires internationales). Il a écrit une vingtaine de livres et collabore à plusieurs revues.