Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Claude Tousignant

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Claude Tousignant
P. Gagnon, M. Lanctôt, D. Leclerc & M. Mayer

Rétrospective du travail d’un des artistes considéré comme un visionnaire de premier plan de l’abstraction. Son travail embrasse largement les expressions de la modernité et sa démarche picturale est exemplaire dans l’histoire de l’art canadien. Voici cinquante ans de carrière. Les textes permettent de rendre compte des qualités exceptionnelles d’un art abstrait profondément structuré, en quête de l’absolu. L’artiste a su développer au fil des ans un art non seulement associé à la peinture mais également à la sculpture avec une rigueur et un idéal auquel il n’a jamais renoncé. En francais et anglais.

Retrospsepctive on the life’s work of an artist considered an abstractionist visionary of the first order. The work of Claude Tousignant, from the 1950s to today, encompasses the full range of modernist expression. With his geometric shapes and solid colors coupled with his refusal to incorporate human or identifiable shapes, Tousignant pushed the boundaries to simplify the expression itself in the act of painting, incorporating huge circles, square angles and vivid colors in his pieces. Through a discussion of the exceptional qualities of his profoundly structured oeuvre, this publication outlines the artist’s painstaking quest for the essence of art, not only with painting but also with watercolour, gouache and sculpture, and always with a rigour and an unwavering commitment to an ideal. In English and French.

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Claude Tousignant abraseur de quintessence

par Jean-Paul Gavard-Perret

Musée d’art contemporain de Montréal
du 5 février au 26 avril 2009
Claude Tousignant, une rétrospective

tousignant

Claude Tousignant
Gong 64, 1966
Acrylique sur toile
164 cm (diamètre)
Collection Musée d’art contemporain de Montréal
Photo : MACM - © Claude Tousignant, 2005
(courtoisie MACM & l'auteur)

En art, il faut se tourner résolument vers ce qui n'existe pas encore et produire du "neuf". Mais pour cela il faut en finir avec la sacro-saint principe Duchamp. Il a fini par paralyser toute recherche véritable parce qu'il n'est plus autre chose qu'une infirmité de la pensée artistique qui s'épuise dans le jeu de la répétition jusqu'à faire de l’art qu’une simple pensée et une pensée simpliste. Précisons cependant que l'univers artistique n'a peut-être jamais été aussi riche qu'aujourd'hui mais il se dévoile selon une narration idéologique, qui comme toute idéologie bégaie d'autant plus qu'elle ne possède plus de certitudes. Pour ceux mettent en scène l'art contemporain tout se décline selon la posture Duchamp. On doit par exemple le succès du vidéo-art (bien qu'il existât depuis belle lurette) que lorsqu'il répondit à une sorte d'utilitarisme : à savoir lorsqu'on découvrit dans l'image vidéo un autre moyen pour détourner l'art de toute surcharge et le faire éclater une énième fois à coup de pétards mouillés qui amuseraient bien Duchamp s'il était parmi nous. Les masques gardent donc la vie dure et les miroirs complaisants itou. Pourtant tous les « conservateurs » de musée ne sont pas des bègues qui astiquent la représentation dans le sens convenu. A Montréal, en art plastique comme en musique, on ose et ce au sein même des structures les plus « officielles ». L’exposition rétrospective de l’enfant de cette métropole où il est né en 1932 et où il travaille toujours le prouve. Et on le doit en particulier à Paulette Cagnon dont il fait souligner l’importance à la tête d’un musée de première importance.

Claude Tousignant est un artiste méconnu en Europe et c’est bien dommage. Sa vie et son œuvre ne fon qu’un « depuis toujours ». Dès 1948, il entre à la School of Art and Design du Musée des beaux-arts de Montréal. De tous ses professeurs, Gordon Webber (lui-même ancien élève de Laszlo Moholy-Nagy) est celui qui aura une influence décisive dans l’orientation de sa carrière, l’initiant à l’art d’avant-garde et aux théories de l’art moderne, en particulier celles du Bauhaus.

Si de nombreuses expositions ont été consacrées au travail à partir de celle de l’Échouerie en 1955, en Europe à part une petit exposition qu « Centre culturel canadien » à Paris) on ne connaître que trop peu ses superbes « monochromes » ou encore ses « Dyptiques » 1978-1980. ou encore ses statues qui libérent des formes anciennes et périmées par un culte autant de la ligne que de la couleur.

En repassant de formes dites savantes ou purement discursives à un retour vers des formes "simples" Tousignant offre une extension de l'art. Son abstractionnisme minimaliste et coloré décline une réactualisation de pratiques et de réflexions pour la formation d'un langage où une cohésion haute est atteinte. Il existe chez lui une production d'actions supplémentaires au déjà vu car le québecois ne se contente pas de simples variations sur la répétitions des découvertes du début du XXème siècle : suprématisme d'un côté, ready-made de l'autre.

L'imagination n'est pas morte. Et aucun accident de l'histoire ne peut en venir à bout. Sans cela il y a longtemps que l'art n'existerait plus ! Tousignant le prouve et rappelant que dans une telle approche tout est difficile sauf à ceux qui se servent du mou et de l'informe pour relayer le dur et la forme

L’artiste de Montréal ne mange pas de ce pain là. Il sait que sans technicité (même si bien sûr elle ne suffit pas) , l'art serait un objet sans aspérités ni surprises et pourrait se prêter à toutes les manipulations. Son travail embrasse largement les expressions de la modernité et sa démarche picturale est exemplaire dans l’histoire de l’art et dans le développement de l'abstraction. Sa peinture hard-edge (plages de couleur uniformes et nettement délimitées) explore le plan-couleur et la géométrie pure. Son travail se distingue par l’adoption de compositions sérielles où l’ensemble de la surface est dynamisé par les qualités intrinsèques et expressives des lignes épurées et des couleurs. Il s’est fait connaître avec ses « Gongs » de la fin des années 60 (cercles de couleur concentriques). Mais personnellement sa sculpture me paraît ce qu’il existe de plus neuf. Des sculptures en bois plus modestes des années 1960 jusqu’à la plus récente série des « Modulateurs luso chromatiques », œuvres monumentales en aluminium peint où la couleur imprègne l’objet et vibre par son intensité Tousignant marque l’histoire de l’art par ses grandes compositions en sont des référence incontournable. Posant l'art comme une pratique l’artiste ne le place pas d’abord du côté de l'étude mais de l'acte qui réécrit la langue et où divers champs se croisent. Les marques du débordement, du franchissement sont nombreuses dans son œuvre mais au sein même de la matière et du « cadre ». La force de l’œuvre tient à ce dessein. Les Duchamp ou les Malévitch ne l'oublièrent jamais contrairement à ceux qui ne comprirent rien à leur message. Tousignant fait partie à l’inverse de ceux qui luttent avec la contrainte pour la contraindre en retour au sein même de l’incertitude qui habite l'artiste. Elle-même est constructive à ceux qui comme le poète québecois Francois Charron pensent "l'art est un peu comme l'amour : ça n'existe pas vraiment"….

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.