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ERIC COISEL ET LES HABITACLES
par Jean-Paul Gavard-Perret

Eric Coisel, « Enfouissements », Ateliers de L. et J. Anguera, 45300 Givraines, octobre 2009


erci coisel

 

Les photographies d’Eric Coisel créent des images ambiguës par l’intérêt que l’artiste porte sur les rebuts. Entre autres les carcasses de voitures et leur culture propre à la société de consommation. Populaire, produite en masse la voiture n’est chez lui que l’ombre d’elle-même. Elle se cache. Ses matériaux sont envahis par une nature qui reprend ses droits. L’artiste  combine cette dernière avec ce qui n’est plus que de la ferraille. Effets de superposition et d’éclairage dissolvent les rapports spatiaux entre l’objet et ce qui l’envahit. Mais les compositions de la décomposition sont tirées de l’anecdotique. Coisel nous projette d’emblée en un espace subjectif ou l’agencement des objets - du moins ce qu'il en reste - obéit aux caprices de la mémoire et du désir.

Le photographe se livre à une simulation de la vie, il la joue en quelque sorte dans un vaste « canular » narratif et délétère.  L’être post-moderne passe  en effet une partie non négligeable de son temps dans son automobile. C’est une constatation tellement évidente qu’en en oublie cependant ce qui se fomente dans les états de conscience de tout conducteur pris dans ce temps creux. Les carcasses réanime soudain ce temps mort dans lequel se créent des sortes de fictions, de rêves ou de réflexions.


Devenue moins que rien la voiture échappe à son propre contrôle  dans le moulage particulier que crée chaque prise photographique. Chacun peut se souvenir de longs déplacements où l'attention était absorbée par d'autres préoccupations. Objet de travail, ustensile de migration ou parfois pur objet de plaisir la voiture n'est plus considérée ici pour sa valeur ajoutée sociale ou sexuelle (on se souvient des analyses de Barthes sur l’automobile en tant que substitut ou prolongement du pénis). Elle devient le lieu de perte et de méditation. Rendue immobile elle n’a même pas valeur de vestige mais d’un refoulé qu’il convient d’enfouir par effet de ruine et de déchet.

Coisel manifeste un état de survivance qui n'appartient ni tout à fait à la vie, ni tout à fait à la mort mais à ce genre d'état aussi paradoxal que celui des spectres qui sans relâche mettent notre mémoire en mouvement. Guettant le long des routes, les espaces d’oubli (carrière, chemin forestier) l’artiste rappelle à nous les beaux jouets que nous y avons abandonnés. Il nous éloigne beaucoup de notre route, de notre destination. Nous voici « revenants », hantés soudain de ce que Martin-Scherrer nomme « l’ émoi latéral » (il y a des émois de cette sorte comme il y a des air-bags latéraux).  Nous devenons le rêveur d’un réel laissé derrière nous. Nous goûtons alors une situation de réflexion et de rêverie  en nous rabattant  sur une si mince pâture.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.