Colin RUSCOE : abstracteur du paysage
par Jean-Paul Gavard-Perret
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Colin Ruscoe,
Stravaigin about Scotland,
Kinblethmont Gallery (mai 2009)
Arbroath (UK).
Le photographe britannique Colin Ruscoe n’est jamais aussi fascinant que lorsqu’il saisit le minéral, la mer et le vent qui bouscule les amas de granit. Du noir et blanc la pensée est aspirée vers cette frontière entre la mer et les rochers, entre ces derniers et le ciel. L’artiste parvient à créer une ligne mouvante au milieu du rêve et de la réalité là où l’espace du ciel fusionne avec l’horizon. Le minéral lui-même donne une forme au vide, et offre de la musique au silence (comme disait Braque). Car la véritable musique est bien le silence de ces photographies dont les dégradés l’encadrent.
Colin Ruscoe semble au fil du temps s’être trouvé. Il reste un passionné, donc un survivant. Par ses photographies fait crier son silence. Comme tous les passionnés, il a volé le feu des dieux et se consume à ce quelque chose d’absent qui l’appelle, le fascine, le tourmente. Et il répond présent à la fameuse injonction à propos de la photographie dite de paysage : « c’est assez d’être beau, il faut être sublime ». L’artiste reste donc un chercheur d’absolu. Il n’erre pas sur les landes écossaises il devient leur passeur d’intensité. A ce titre il demeure avant tout abstracteur de quintessence en faisant de son œuvre une enquête filée.

Le photographe met du paysage dans du paysage, de l'eau dans de l'eau, du ciel dans du ciel. Rien n'est fixe dans le spectacle de ses œuvres. Le clicé apparaît comme une immense surface mobile. Le ciel n'en parlons pas, il n'est que déplacement, pluies, vents. Tous ses paysages apparaissent comme un gigantesque engloutissement dans le temps. Ils possèdent un visage, une humeur, une force. Ils passent à travers nous, à travers tout. Un monde s'installe dans un autre. Un monde aussi mental que physique naît non sans le pathétique d’une marche forcée. Fragilité, minceur, puissance, grandeur tout est condensé. Reste le pouvoir de l’air. Et sa hantise. A l'ombre Colin Ruscoe préfère la verticalité qui fonde. Et ces photographies deviennent les lieux de ses noces presque mystiques (le presque est important). Et si face à de telles photographies nous avons des yeux pour vois il n’en demeure pas moins que c'est le fond du monde qui nous regarde.
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr
| Jean-Paul Gavard-Perret Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.
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