Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Michèle Costa

Michèle Costa


Michèle Costa: la page Mirondella - le site


Pourquoi ces chefs-d'oeuvre
sont-ils des chefs-d'oeuvre ?

de Alexandra Favre et Jean-Pierre Winter

Pourquoi Guernica de Picasso et La Laitière de Vermeer sont-ils célèbres au point d'être immédiatement identifiables par tous ? Outre leur valeur artistique, de nombreux facteurs jouent dans la popularité des chefs-d'oeuvre de l'art occidental. Au-delà de l'histoire et des faitsc ce sont aussi des chefs-d'oeuvre parce qu'ils exercent sur nous une fascination inconsciente.

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MICHÈLE COSTA : PRESERVATION  DU SECRET

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

L'œuvre de Michèle Costa est l'histoire d'une accession à soi par l'intermédiaire de  la peinture. Les toiles deviennent des "cœurs de cibles" plus ou moins monochromatiques. La créatrice y développe une expérience qui lui permet de rejouer une histoire. Toutefois l'artiste se refuse de raconter quoi que ce soit qui ressemblerait à une confidence ou à un récit. Sa peinture possède d'autres ambitions. Ses jeux d'épaisseurs font naître une lumière profonde en des indices visuels qui – métaphoriquement et visuellement – semblent venir d’ailleurs. 

Si l’œuvre nous apprend la peur inhérente à tout acte de création, chacune de ses "pièces" engage un coup de dés. Le spectateur est confronté à un « tombeau » au sens où Mallarmé l'entend. Celui-là doit y descendre afin de voir ce que cache ses formes et ses traces. Pour demeurer encore avec Mallarmé, « rien n’aura lieu que le lieu ».  Reste l’écrin labyrinthique d’un spectacle vidé de toute anecdote. Restent juste les plaques indiciaires. Elles s’orientent non vers la présence mais l’absence, non vers la description du visible mais vers sa disparition. Toutefois une disparition prend forme tout en gardant son secret.

Michèle Costa nous dirige en des sombres clartés par des glissements de peinture à la fois fluides et denses. Elles proposent une fête particulière où la lumière émerge de couleurs plombées. On voit à travers elles un impensable. On est loin du romantisme, on est  tout aussi loin de l'"actionnisme". C'est pourquoi si on veut se rincer l'œil il faut aller voir ailleurs sauf si bien sûr comme Lacan « c'est toujours dans l'équivoque que nous jouissons ». Dans ce cas - mais ce cas seulement - l'oeuvre de Michèle Costa est un piège à fantasmes.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.