Artistes de référence

Pierre Crouzet

Pierre Crouzet

la galerie Mirondella / le site



Collection Palettes , l'intégrale - Coffret collector 18 DVD
par Alain Jaubert

Palettes: une série de films consacrés aux grands tableaux de l'histoire de la peinture.Grâce aux plus récentes techniques de l'animation vidéo , les secrets des images sont racontés comme autant d'aventures dans le plaisir et la découverte. Cette intégrale présente une collection de 50 films , une exploration de 50 tableaux de maître par Alain Jaubert. Disponibles pour la première fois: 4 dvd inédits(Le Caravage , Véronèse, Kandinsky , Bacon...) ainsi qu'un entretien exclusif avec Alain Jaubert sur l'histoire de Palettes. 
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PIERRE CROUZET : A L’ECOUTE DU CORPS
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Pierre Crouzet est un peu le pendant hétérosexuel de Bacon. Dans sa peinture de femmes un autre "visage" de leur corps émerge. Il n’a plus rien de lustral. A la fois vivace et brouillé il surgit tordu sous divers types de spasme sauf celui de la fulgurance amoureuse telle qu’on la conçoit. Si elle est présente elle n'est là qu'au passé. La chair pourtant luxurieuse possède quelque chose de douloureusement incompréhensible. Ce mystère, l’artiste ne cherche pas à le percer. Il l’affiche non sans violence mais avec une violence passive, en attente et à la limite de ce qu’on nomme à tord l’obscénité. Crouzet se contente d'exhibe la puissance du corps féminin mais selon une stratégie particulière en mettant à nu les formes en distorsion.  La sensualité et un certain  affaissement ou épuisement de la chair surgissent de concert. Si bien que des termes tels que beau et laid n'ont plus de sens. Il faut parler plus justement de pathétique et de rayonnement. Le peintre accuse certaines courbes et certaines rotondité de l'intimité anatomique afin que l’ambiguïté demeure entre apothéose et déchéance.

L'artiste ne cherche pas la sublimation  mais l’altérité par rapport à la norme. Surgit la part des blessures ou de pathologies dont le corps est  le sujet. Le trouble est là dans l’intrigante recomposition du voilé et du montré. La violence du  grotesque se mêle à la pulsion du désir. Et le vêtement lui-même appartient à l'intime. Il érotise des poses tout en soulignant  un abandon qui ne se limite pas à celui offert au regard du voyeur. Chaque femme (simple fumeuse anonyme ou Marie-Madeleine) est développée plus qu’enveloppée dans un travail de fusion et de diffusion. Elle est là, le cerveau brûlé, même si les parois de son crâne semblent presque intactes. En chaque portrait c'est donc vers l'inconnu(e) que porte le regard du peintre. Il met en exergue la défaillance en chacun d'eux. Chaque femme semble à une extrémité où sa vie comme un récit se défait doucement.

La douleur est là. Mais une douleur muette qui se traduit par torsions et glissements. D'où la fascination particulière que proposent de telles toiles. Elles déstabilisent au sein d'une énergie créatrice qui vient s'inscrire en faux contre divers types d'atrophie, d'immobilisation  et de dégradation. C'est là sans doute le paradoxe et la force de l'œuvre aussi charnelle que spectrale. Chaque corps semble une impasse mais aussi une affirmation dans la pulsion qui le crée par couleurs chaudes contre couleurs froides, clôture contre indéfinition, centre contre ceinture, concentration contre vaporisation sans vouloir à tout prix absorber les contraires.

Ni ostentatoire ni repoussoir chaque corps chez Crouzet garde sa propre séduction. A chaque regardeur de décider de sa laideur ou de sa beauté. L'artiste se contente de le sortir de sa cachette pour en exhiber sa nudité en une intensité qui ne verse jamais dans les nuages de la contemplation satisfaite et béate. Demeure  une douleur, une "damnation" que l'artiste jette devant nous et nous ne pouvons en faire abstraction. Qu'il y ait beaucoup  de corps et non sa rareté ajoute à la tension et à l'attention. La féminité charnelle est donc prépondérante.  Elle est là pour et par la douleur qui l'envahit, la bloque de l'intérieur mais la fait enfler de divers charmes jusqu'à une sorte de trop plein que l'artiste efface en partie.

Ce corps n'a plus rien  à assimiler. Il est là, épuisé. Il ne s'agit pas d'en prendre pitié. Il semble simplement fatigué de sa vie qui à la fois a dissout et a engraissé son existence. La peinture n'est  donc plus "la doctrine des anges" (Artaud)  mais celle qui consent à faire comprendre ce qu'il en est de la "viande" (idem). La peinture n'est plus faite pour rêver. Elle dégage une force qui creuse l'apparence. Son résidu souvent adipeux  devient le moyen de faire comprendre les parties internes de sa masse. Sans faire croire pour autant que le corps garde en lui ce qui n'est qu'une illusion : à savoir un fond.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.