Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Christine Crozat

Christine Crozat

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Guide juridique et fiscal de l'artiste :
s'installer et choisir son statut,
promouvoir et protéger son oeuvre

de Véronique Chambaud

Véritable vademecum de l'artiste, cet ouvrage s'adresse à tous les peintres, graphistes, sculpteurs, illustrateurs ou photographes qui souhaitent vivre de leur création. Cette 4e édition, entièrement actualisée, apporte des réponses claires et documentées aux questions juridiques, fiscales ou sociales que se posent les artistes pour : s'installer (statut juridique, choix d'un atelier, aides, obligations, statut social, impositions) ; vendre (détermination du prix, facturation, recours en cas d'impayé, vente en galeries, en salles des ventes, sur lnternet) ; tirer parti de la législation en matière d'oeuvres d'art (mécénat d'entreprise, dation, exonérations fiscales, TVA) ; s'entourer de professionnels (contrats avec les galeries, agents d'art, attachés de presse, relations avec les commissaires-priseurs) ; se protéger (droits de l'artiste, assurances, protection des oeuvres).

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CHRISTINE CROZAT : LE MONDE A L’EPREUVE DU TEMPS

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Entre l’archaïque et le contemporain Christine Crozat élabore une œuvre minimaliste très particulière. Il y a là toute une archéologie du temps à travers le corps, le quotidien et les traces. De divers relevés et récoltes l’artiste recrée un univers d’indices où le jeu de presque rien fait le jeu d’une poétique de l’humain – même si celui-ci n’apparaît dans l’œuvre que de manière distanciée (dans des logotypes par exemple) ou fragmentaire (les superbes « bones » en aquarelles ou pâte de verre de bohême).

C’est dire combien l’inventaire des techniques est large. Dessins en logotypes, photographies urbaines, aquarelles indiciaires, estampes sérigraphiées, sculptures minimalistes lumineuses en cire, résine ou pâte de verre, verres sablés créant tout un jeu d’impression de manière aqueuse, installations archéologiques ironisant le réel , jeu d’empreintes de pas interrogent le rapport de l’être au monde. Tout devient traces pour des relevés minutieux. Afin de les réaliser l’artiste va jusqu’à la recherche du moindre comme – par exemple – des morceaux de savon usagés.

L’artiste construit autant qu’elle récupère en adaptant sa création et ses recollections autour de l’idée du corps, de l’habillement ou du paysage. Ils sont toujours réduits à leur plus simple expression : à leur carapace ou leur ossature. Dans la forêt des signes que procure une ville Christine Crozat isole toute une signalétique de la cité  et des éléments du mobilier urbain que, par exemple, elle photographie. Au signe original se mêlent alors divers types de dégradations et d’apparitions parasites.

Pour capter le réel chaque approche devient une stratégie particulière. Mais toutes sont animées du souci d'atteindre sous la chair du réel une ossature temporelle. Le jeu de la segmentation des techniques fait celui du compact, de l'homogénéisation essentialiste. Christine Crozat fait passer d’un univers surchargé d’images à celui d’une reconstruction où l'abstraction joue avec la figuration, où les impressions perceptives jouent avec l'émotion du "terrain". Chaque procédure devient un moyen d'errer au fond du réel dont il ne reste que des bornes et des empreintes.

Ces "indices" deviennent le sujet dépouillé de l'œuvre. Non que le concret s'indétermine mais il se métamorphose à travers des zones, des seuils et des gradients. Une puissante vitalité soulève les images démontées puis remontées. Elles deviennent la capacité à ce qui fut d'abord vu à travers le prisme de la perception quotidienne de se porter vers un champ de réflexion sur notre condition d'êtres humains oh combien temporels.

"Sous" l’espace perçu surgit "l'inséparable indistinct" dont parlait Deleuze dans « Le Pli ». Si bien qu'aux harmoniques, aux déclinaisons des percepts font place des lignes, des marques, des blocs de fond. La représentation échappe ainsi au cliché. Ellepermet un approfondissement des chemins de l'Imaginaire. Elle possède aussi un caractère profondément physique. Ne se saoulant pas forcément de lumière Christine Crozat cherche donc d'autres voies aux techniques de "prises de vue" afin d'offrir non une somptuosité mais une intensité neuve. A l'apparat du monde de l'ornementation succède l'interaction constante entre la surface du réel et sa profondeur afin de provoquer plus que de l'insolite : de l'impensé.


 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.