Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Marielle Cuvelier

Marielle Cuvelier


Marielle Cuvelier :
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Cent énigmes de la peinture
de Gérard-Julien Salvy

Depuis des siècles, le langage de la peinture est riche en énigmes ou équivoques mystères du modèle ou de la main à laquelle on doit l'oeuvre, incertitude quant à l'identité du sujet, incohérence de sa représentation, contradiction troublante entre le titre du tableau et ce qui est montré, jeux illusionnistes liés aux vertiges du regard et au contenu crypté. Ce livre dévoile cent de ces secrets. Au terme de sa lecture, vous ne regarderez plus les tableaux comme avant!

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MARIELLE CUVELIER : L’HISTOIRE DE L’ŒIL

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’essence de l’œuvre est non seulement le regard mais l’œil lui-même. Il devient une des formes sinon la forme majeure de ses toiles. L’œil rapporte à la féminité d’une œuvre qui se veut matrice d’être. Il est aussi l’image du cœur ouvert et centre d’énergie « le centre de mon être est comblé, Je m'ouvre à la Vie. Totalité vibrante et universelle. Quand L'égo s'assoupit et l'esprit qui différencie s'éteint » écrit l’artiste. Et c’est bien l’énergie de la kundalini  qui dans son tantrisme  s’ouvre et se développe « de la terre mère aux sommets  sans division tel un cordon de lumière frémissante » précise l’artiste qui ajoute  « Vague de l'infini entre le vide et le plein, je respire cet espace ».

L’œuvre se veut donc avant tout une approche de l’existence vitale. En une nuée d’yeux anciens – ceux de la sagesse - et dans celle d’étoiles - d’un même ordre - le regard s’enfonce. Surgit un pays imaginaire créé à partir du pays d'herbage où l'artiste s'est retirée pour mieux s'enfoncer dans sa quête de l'être. Sa peinture pourrait n'être qu'un moyen d'accéder à lui. Mais Marielle Cuvelier fait mieux. De support, d'outil les toiles deviennent l'expression d'une contemplation absolue d'un bouillonnement et d'un apaisement.. L'artiste utilise parfois les signes de diverses écritures qui deviennent autant source de méditation qu’univers plastique qui la fait ressembler à une calligraphe occidentale. Parfois elle rassemble divers fragments pour que la mémoire devienne cet oeil qui nous regarde. Il représente le lien entre les différents éléments disparates qui font de la multiplicité éparse une unité.

Avec le temps, l'œuvre a changé. Mais  elle demeure habitée du même altruiste . Le but paraît  "simple" et impossible. Il s'agit de peindre l'amour, lui donner un espace physique. Celui du tableau. D'où, par le fait et en acte; le questionnement incessant de la peinture, de ses "paysages" et de ses symboles. L'amour devient "extériorisable"  par le seul langage plastique. Il lui donne corps en montrant des liens qui permettent de s'interroger sur le pouvoir de la parole et de l'image. Une telle tentative revient à créer non "du" paysage mais un regard, une pensée. C'est une filature qui à partir de l'œil  soulève les images et leurs traditions afin de les remplacer par d'autres à la manière de Cézanne lorsqu'il remplaçait la montagne par des rectangles. L'objectif est d'introduire non l'amour comme motif dans un langage plastique. Il faut à travers celui-ci  le trouver par ce que ce langage montre, creuse. La peinture crée donc  "en substance" une image aussi intérieure qu'extérieure par un vagabondage puissant entre visible et invisible.

Surgissent  des éléments métisses. Toutefois en chaque œuvre ils font le jeu d’une unité reconquise par l’épreuve de leur altérité. Quels que soient les supports – du bois à la toile de jute marouflée suivant le « sujet »  avec du papier, du tissus ou des fibres naturelles selon ce qu’elle désire exprimer - les couleurs d’éros (le rouge par exemple) éclatent  pour interférer face à des forces perturbatrices (le noir)  au sein  d’une  féminité agissante en sa puissance matricielle dont les formes deviennent les indices. De cette expérience "picturale" Marielle Cuvelier nourrit sa réflexion spirituelle au même titre que celle-ci nourrit son esthétique. L'artiste plonge indubitablement dans un travail des limites du langage. On est à la frontière de ce qui lui échappe forcément. Bref ce qui le ronge, le rogne mais le magnifie tout autant. Il y a là un défi, une recherche de dépassement. D'où le caractère poétique au sens le plus plein qui soit d'une telle recherche. Les formes et les couleurs deviennent le moyen de  saisir l'articulation d'une expérience sensorielle  et d’une expérience spirituelle. La créatrice reste sur le fil du rasoir entre la littéralité la plus forte possible et le nécessaire transfert réflexif qu'installe son langage iconographique.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.