Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Grégoire Dalle - Philippe Favier


Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Espace Martiningo

Passionnée d’art contemporain, Frédérique Martiningo visite ateliers, galeries, musées depuis près de 20 ans. Elle travaille avec des institutions muséales, organise des conférences, , des expositions en musées...Jean Pierre Pincemin « monkey business », Jan Voss « l’art du déplacement »... Sa « maison-galerie » a reçu de nombreuses expositions: Emmanuelle Renard, Fadia Haddad, Maëlle Labussière, Dominique Viars, Jan Voss... En 2004, elle crée sl' espace Martiningo dédiée à la promotion de l’art contemporain auprès du grand public et des entreprises et organise dorénavant plusieurs expositions par an.

espace Martiningo : le site


100 Plus beaux musées du monde
Les trésors de l'humanité à travers les cinq continents
de Hans-Joachim Neubert et Winfried Maass

Tout musée est l'image d'une culture et d'une histoire. Qu'il abrite les œuvres d'une multitude d'artistes ou d'un seul, qu'il se concentre sur un mouvement artistique ou sur les chefs-d'œuvre d'une période historique, il reflète par-dessus tout l'image qu'une culture a d'elle-même et de son environnement. Rares sont aujourd'hui les capitales qui ne sacrifient pas à la fierté nationale en mettant en valeur, tantôt les créations de leurs artistes, tantôt des collections d'envergure internationale, lorsqu'elles ne célèbrent pas les hauts faits de leur histoire à travers objets d'art, sculptures et peintures. Ce livre vous entraîne à la découverte des 100 musées les plus passionnants du monde. Leurs collections les placent parmi les institutions les plus importantes de notre culture contemporaine.

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Cases d'échiquiers : les mondes insolites de Grégoire Dalle - Philippe Favier

par Jean-Paul Gavard-Perret

Grégoire Dalle et Philippe Favier, Dessins et gravures, Espace Martiningo, Chambéry, du 24 avril au 3 mai 2009.

Grégoire Dalle et Philippe FavierFavier et Dalle
Né en 1957 à Saint Etienne, Philippe Favier est diplômé des Beaux-arts de Saint Etienne où il enseigne. Son imaginaire est celui d’un cartographe méticuleux mais paradoxal. Il se voue à l’érection de territoires fantastiques, de cités utopiques, d’îles bleues ou jaunes d’or qu’il cartographie avec plus que le goût du détail millimétrique. On n’est pas loin de Bosch, du Surréalisme mais on est surtout bien au delà. Nous y reviendrons. Grégoire Dalle est quant à lui graphiste indépendant mais aussi « alternatif »  dans le sens musical du terme . Après une scolarité qu’il définit lui-même comme « lamentable »…, l’artiste a étudié à l’école CEPRECO à Roubaix le dessin, le graphisme et les logiciels de PAO. Son univers est un monde intra-utérin qu’il tente de transformer en suite d’images pieusement iconoclastes. C’est donc à partir de l’infiniment petit et caché qu’il remodèle un monde ou plutôt une série de mondes puisque tous s’emboîtent les uns dans les autres comme des poupées gigognes.

On comprend très vite que les deux artistes réunis par Frédérique Martiningo ont un projet si l’on peut dire commun : nous faire sortir de notre aliénation perceptive à travers des fantasmagories qui brassent et reprennent ce que traitement de l’image et histoire de l’art nous ont appris jusqu’ici. Tous deux sont des maîtres du dessin. Ils le (mal)traitent loin des registres admis (même si des connexions sont possibles ) et surtout Dalle qui n’hésite pas à jouer du jeu des citations textuelles au besoin.Et si leurs œuvres respectives peuvent faire penser à la bande dessinée comme au dessin surréaliste ou celui du pop-art leurs ambitions les portent ailleurs.

Dans les deux cas nous sommes confrontés à des univers entièrement insolites incompatibles avec le monde familier même s’ils tiennent du monde réel les divers éléments qui les composent. Ils leur font subir de mystérieuses transformations. Ils changent parfois de formes, parfois d’échelles ou de couleurs. Ils n’obéissent plus aux mêmes lois, ne se déplacent plus de la même façon et parfois entrent en conflagration. Lignes, formes, formats semblent perdre leurs propriétés. Ces deux univers sont aussi identifiables qu’inimaginables. On n’y trouve pas de monstres venus d’autres planètes tout y est terrestre, reconnaissable mais répond à une autre économie .

En outre ces deux mondes déconcertants possèdent sous leurs bazars hétéroclites une incontestable unité qui fait leur force. Ce ne sont pas des bric-à-brac de bizarreries arbitraires et insignifiantes. Ils signent une identité paradoxale de ce que nous vivons à l’intérieur  (inconscient personnel et collectif) comme à l’extérieur. Si les étrangetés foisonnent elles ne sont pas gratuites dans la mesure où elles articulent une re-présentation et une pensée. Les deux artistes créent un monde parallèle mais concomitant au nôtre avec des lois précises sous des apparences démentes.

Il va de soi que ces deux irréguliers de l’art montent parfois des fantaisies arbitraires. Toutefois elles correspondent toujours à une sorte d’érudition en surfusion, mixage d’un vocabulaire ésotérique et d’une syntaxe que leurs prédécesseurs ont élaboré (Lichtenstein par exemple). Rien de plus délicieux et vivifiant que de se confronter à ces confidences figurées. Elles sont bien plus que la transcription d’un songe à la manière réductive du surréalisme. Dalle et Favier donnent la preuve par l’absurde que leur monde vaut mieux qu’une glissade onirique ou féerique. Leur force ne dérive pas de la gratuité mais de la cohérence.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.