Artistes de référence

Damien Cabanes


Damien Cabanes

Né à Suresne en 1959, vit et travaille à Paris.
Damien Cabanes a étudié à l’école Nationale des Beaux-Arts de 1978 à 1983.

« La troisième dimension commençait à poindre dans mes oeuvres sur toile – des plans colorés se superposaient et suggéraient un espace. J’ai su que c’était le moment ou jamais de passer au volume. J’avais toujours été attiré par le volume dans la sculpture et la couleur dans la peinture, et là j’ai décidé de mélanger les deux. Je me suis dit : pourquoi la couleur serait-elle seulement un élément spécifique de la peinture ? Je crois qu’elle peut-être aussi un élément important de la sculpture… ce qu’elle a souvent été d’ailleurs, depuis un siècle bien sûr, mais aussi dans l’Antiquité ou au Moyen Age. L’idée de la sculpture comme un matériau brut, blanc le plus souvent, est une idée un peu fausse… »
Damien Cabanes
dans revue Art absolument n°8, 2004


Damien Cabanes,
corps à corps
Philippe Piguet - Fondation Salomon

Catalogue de l'exposition Damien Cabanes, corps à corps présentée à la Fondation pour l'art contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon du 11 juillet au 8 novembre 2009.

Le catalogue de 80 pages, édition bilingue français/anglais, comprend un texte de Philippe Piguet, commissaire de l'exposition, -une interview- ; de l'artiste réalisée par Philippe Piguet, la biographie de l'artiste ainsi que 62 pages d'illustrations couleurs.

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DAMIEN CABANES ARCHITECTE DE LA COULEUR
par Jean-Paul Gavard-Perret

Damien Cabanes - courtoise Fondation Salomon
cabanes

DAMIEN CABANES, Exposition, du 11 juillet au 9 août 2009, Fondation Salomon, Alex.

Damien Cabanes reste parmi les créateurs du temps une figure très originale. Son art (peinture, sculpture, dessin)  est le lieu pour creuser par éclats le silence du monde et tenter de lui faire « avouer » des secret intimes. De l’abstraction à la figuration l’œuvre ne cesse de lutter contre une sorte de viscosité. L’artiste refuse les effets de sédimentation et – de plus en plus - tout excès de théâtralité. Certes il ne peut prétendre à une cohésion homogénéisante (son passage de l’abstraction à la figuration en est la preuve).  Toutefois, ses diversions sont autant de travaux  de résistance en un corpus où l’image telle qu’on la voit journellement tourne court. Toute contiguïté grince par divers types d’éclosions et de vibrations. Naviguant  loin de l’analogue et du fétiche, cette approche cultive pourtant une nécessaire “ outrance ” sans laquelle  une prise en charge de notre histoire (individuelle et/ou collective) ne peut avoir  lieu.

Ses dernières huiles sur toile présentées à la Galerie Eric Dupont, nous plongeaient déjà dans l’univers dont l’ambiguïté émotionnelle est latente. L’artiste confirmait l’abandon des formes élémentaires telles que la torsade ou la sphère pour mettre en « scène » des  personnages isolés tant par un fond souvent monochrome que par leur attitude ou leur facture de silhouette délimitée par un simple contour). L’artiste sacrifiait tout lien  avec un modèle afin de dégager une force singulière. Le regardeur a l’impression de s’ingérer par effraction dans leur vie et dans le lieu de la peinture. La même impression se dégage dans cette nouvelle exposition en Haute Savoie.

Né en 1959, c’est en 1993 que l’artiste se met à travailler le volume. Mais déjà dans ses toiles divers plans colorés se superposaient et suggéraient un espace quasiment en 3 D. De fait comme le souligne l’artiste lui-même il a toujours été attiré par le volume dans la sculpture et la couleur dans la peinture. Peu à peu il a mixé les deux approche et soudain la  couleur  ne se contente plus d’être un élément spécifique de la peinture. Elle devient un élément essentiel en sa sculpture. N’oublions pas qu’il en a souvent été ainsi dans l’histoire de l’art. Au Moyen-Âge les sculptures étaient peintres. L’artiste a donc choisi d’abord le plâtre pour les siennes. Cette matière – peu « noble » il est vrai – rapproche en effet de la fresque que l’auteur découvrit en Italie.

Toutefois en sculpture le plâtre nécessite une ossature (grillage par exemple) afin de le renforcer. Et un peu par tâtonnements, il découvre le polystyrène. Cette matière moderne, légère presque immatérielle  lui permet de créer des plans colorés dans l’espace. Puis il est passé à la résine. Là encore il s’agit d’une matière moderne et moins connoté que le bronze. Elle peut par ailleurs être facilement « coloriée ». Très influencé par ses connaissances de l’histoire de l’art, Damien Cabanes suit toutefois un chemin très particulier et très réactif ?. Cela donne à son travail un côté qu’on pourrait qualifier de « pop-art ». Son approche dérive aussi du côté du travail sur papier.  Pour ce support il a choisi par exemple comme sujet des enfants. L’artiste est sensible à leur énergie et ils les a d’abord filmé pour capter ce qui chez eux échappe encore à la fatigue, à l’appris. Bref il en retient la spontanéité qu’il retrouve et qu’il saisit au bout de la chronologie humaine chez les vieillards. D’un côté l’ouverture, l’éclosion, de l’autre la fermeture et le repli.

L’artiste est très sensible à la question d’échelle. Il aime jouer sur les disproportions entre corps des spectateurs et celui de statues très petites posées à même le sol. Le spectateur est saisi d’une sorte de malaise comme s’il était confronté à un monde aussi éloigné que proche. Ce changement d’échelle et de perspective  lui donne à la fois l’impression d’échapper au réel mais aussi d’y être confronté. Pour créer un tel effet de bascule, l’artiste recherche des formes simples. Il travaille sur l’épure en jouant sur le vides et les pleins. Les mêmes formes en fonction de « séries » s’y répètent plus ou moins. On trouve par exemple des séries de socles en cônes. Y sont incrustés des bras de bois qui supportent de grosses boules colorées. Le gabarit de chaque sculpture et le jeu des couleurs entre les boules varient.

Les teintes sont acidulées, la couche de gouache est uniforme et comme jetée sur la surface granuleuse du plâtre. Damien Cabanes explore les propriétés spatiales de la sculpture dont le choix de la matière peut facilement venir modifier les volumes pour les engloutir comme elles nous engloutissent. Les formes brutes semblent toujours les éléments d’un « work in progress » modulable de reprises en reprises. Les sculpture semblent donc marquées du sceau du provisoire. Ce qui est bien différents de son travail avec les gouaches. A la « brutalité » de la sculpture répond  tout un travail plus sophistiqué et figuratif . Il repose sur l’observation du réel mais dans lequel le support vierge garde un rôle prépondérant et fait fonction d’isolant pas rapport à tout effet de diégèse. Le trait y prend parfois une importance capitale et devient très précis pour suggérer divers états plus que de sentiments car son travail ne se veut pas à connotation psychologisante, littéraire ou encore moins conceptuelle. L’artiste désire toujours se laisser surprendre par son instinct et le geste qui en découle. Il est vrai que ce geste  est « armé » de tout ce que le créateur  porte en lui de connaissance technique jusque dans son inconscient.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.