Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Daniel Abel

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Daniel Abel

Né à Québec en 1950. "L’image est, pour lui, une source de vie essentielle".

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Daniel Abel : le site


Daniel Abel : lux in tenebris lucet

par Jean-Paul Gavard-Perret

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Daniel Abel - photo°6 Grosse-Île

Rares les photographes qui sont d’authentiques poètes. Daniel Abel est de ceux là puisque, plus que tout autre, par ses prises de vue il fait parler les sensations. De la matière surgit une présence particulière, sensuelle. L’image devient un matériau au même titre que le paysage, les êtres et les objets. A travers lui il nous renvoie à une recherche d’un langage premier. La photographie devient la recherche du sens au sein de la matérialité du monde. Capté par l’artiste il devient terre de germination même en ses natures mortes. Celles-ci, comme avec par exemple son Oiseau Phénix, représentent la percée vers l'immanence en cette proximité qui ne peut se réduire aux réseaux de significations. La poésie de Daniel Abel en devient l'avant-scène tant l’opérateur sait garder la prééminence de son intuition qu’il lie au besoin de la pause comme par souci de vérifier et solidifier l’éclair premier.

Photographe de l’empreinte laissée par le temps il en rend l’écho plus long que celui que l’oreille pourrait recevoir. Celui qui, né au Québec, s’intéressa très tôt au dessin ainsi qu'à la peinture et à la photographie mais qui ne décida d'étudier l'histoire de l'art et de la peinture qu’à plus de trente ans a su garder son potentiel de sensibilité. En peinture comme en photographie Abel donne aux formes une simplification majeure. Exigeant envers lui-même il poursuit une route solitaire et captivante. Elle est marquée d’une maîtrise et d’un densité de grain rare. Sa passion pour la photographie lui permet d’aborder une nouvelle dimension dans le traitement de l'ombre et de la lumière grâce aux nouvelles techniques et en passant de l’argentique au numérique. Il explore, la nuit, les recoins les plus discrets du Vieux Québec où l'éclairage urbain donne sa sensibilité aux couleurs chaudes qui racontent diverses histoires qui elles-mêmes traversent l’Histoire.

 

Son travail rappelle sans cesse que si la photographie présente une suite de pulsions inconscientes elle n’appartient pas pour autant au domaine du rêves et n'a même rien à voir avec lui. Le photographe n'est pas un "doux rêveur" le nez au vent mais c'est son contraire : quelqu'un qui croit à l'illimité d'une connaissance iconographique dont il sait peu mais qu'il anticipe à travers ses séries de prises concises et éclatantes.

Elles soumettent les concepts eux-mêmes à une sorte d’énigme. La photographie remonte ainsi jusqu’aux sources de la langue, soulève sa tapisserie. Il va ainsi jusque l’Aleph.. A partir de là il cherche, erre, navigue contre la certitude pour sa vérité. Néanmoins de quelle vérité s'agit-il ? Tout ce qu'on peut en dire c'est que photographier ne suffit pas : il faut un long travail et un amour des hommes et des sommes qui ont précédé l’artiste et les questions qu'ils se posent en tentant ses réponses venues du tréfonds de son intuition et de son travail de réflexion. C’est pourquoi sa photographie est si dense. Elle se doit d’être fidèle à la grammaire des êtres et des choses même lorsque la nuit devient un serpent qui courbe ses arceaux.

Il existe donc chez Daniel Abel la sensorialité mais aussi de l'austérité et non du vague à l'âme. Pourrait-il d’ailleurs en être autrement ? D’autant que pour l’artiste de la Belle Province il n'existe pas de lois poétiques mais des règles personnelles ; pas de pères, ni de re-pères mais juste quelques repères. Qui sait ? On va-t-on ? Le photographe l'ignore mais il avance à la recherche de sa vérité: cela peut paraître présomptueux mais sans ce sursaut d'orgueil et de travail qui nourrissent l'intuition, la photographie n'est rien. Ici elle devient la paradoxale redécouverte de l'immédiat, de ce qu'on imaginait ne pas connaître. Un tel chemin possède forcément quelque chose d'obscur puisqu'il n'existe pas de topologie préalable à cette avancée. L’art reste alors ce qu’il doit d’être : la dissipations des illusions au sein même de son utopie particulière : celle qui ne nie pas le réel mais tente d'aller au cœur de sa contingence sans départ ni arrivée, mais un trajet à dos d’enfance.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.