Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Danielle Chapleau

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


danielle chapleauDanielle Chapleau

Née à Montrél. Vit et travaille à Québec.

 

Danielle Chapleau : le site


Un siècle de peinture au Québec
Nature et paysage : regards de nos plus grands peintres
de Rober bernier

L'auteur
Robert Bernier a enseigné pendant plusieurs années aux adultes à mieux comprendre la peinture. Il est l'auteur de nombreux textes destinés à des catalogues d'exposition, à des revues et à des journaux. Il est le fondateur, le directeur et le rédacteur en chef de la revue Parcours depuis 1989.

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Danielle Chapleau : archéologie du savoir

par Jean-Paul Gavard-Perret

danielle chapleau

Danielle Chapleau se veut mère des images : elle en crée la chair pour nous priver enfin de la Loi : celle du père et des repères. Les mots se dégrafent à mesure qu'on entre dans sa peinture et ses métamorphoses. Elle nous fait passer des mots valises (si lourds à transporter et si anonymes) à la métamorphose de la vibration des couleurs et des formes. Il faut alors partir à la dérive dans la blessure mais aussi vers d’autres étapes ou envols qui semblent parfois, pour le spectateur,autant d'abîmes de perplexité.

Au fond de cette complexité, il y a un appel. Celui-ci n’est pas récusable. Si on l’entend il ne laisse pas de repos car le spectateur s’y attache tant il est saisi. Contre tout ce qui est anonyme et blême, Danielle Chapleau crée sa pénétration. Elle cherches ainsi où personne ne furète, ce que personne n’ose imaginer. Son vocabulaire de formes et de couleurs devient la réalité ressentie. On n’en parle jamais. On ne parle que du réel pas de sa réalité : et soudain la peinture s’ouvre à un infini donné - moins quelque chose : ce qu’il convient au voyeur d’ajouter et d'ajuster, à savoir son propre regard.

ll n’y a finalement peu d'oeuvres comme celle-ci, à savoir capable d rivaliser avec la Loi. Les images parlent bien sûr (de) l'artiste mais d’autres chose q'elle et qui alimente notre perception, notre construction du monde.

Signe et signal sans doute, mais de quoi ? Il n’y a plus de lecture il y va d’autre chose de plus profond. Et si l’amour est bien un coeur qui parle, l’angoisse est un os à ronger un phallus aussi qui se dresse tandis que la passion fait gicler des étoiles filantes et parfois grasses de couleurs sur la toile.

Mais avec l'artiste québecoise, toute victoire un fois acquise aussitôt se délite. Toute chose est doublée : elle est la chose mais aussi son écart. Chaque oeuvre est donc en quelque sorte "brisée" et se refait une santé par la suivante. Par ailleurs la créatrice fait toucher à de l’interdit ou à ce qui lui ressemble pour penser autrement ce qu’on ne peux pas dire, de ce qu’on ne peut pas entendre. Par ses images le silence se rompt puisque soudain le sens des mots est image, il est fait non pour être lu mais pour être vu. Il y a donc ce déplacement indispensable. C’est la manière pour une telle artiste et en entrant en vibration avec la matière de "parler".

Tandis que le monde s’agite en son chaos, la fièvre de vie s’empare de Danielle Chapleau.Elle devient la luciole qui fabrique ce qui ne peut se dire en une sorte de doux gémissement de fin d’orgasme tréfilé de calme intérieur. Il est grandement midi, au soleil. C’est l’heure des eaux plates et des couleuvres ingurgiteuses de grenouille dans la campagne. C'est l'heure où l'artiste travaille donnant consistance non au corps ou au réel mais à la chose elle-même ou plutôt à la "choséité" (Beckett) de la peinture.

Certes corps est là, il écarte ses lèvres, fait passer du gisant au jouissant afin de voir ce qui palpite et fait résonance. Peu à peu on glisse dans ce corps peinture, on se défait du chiendent de l’apparence puisque chacune des oeuvres de l'artiste contient cette invitation : une projection hors du trou des mots par là peinture qui ne peut presque plus rien cacher.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 


 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.