Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Colette Deblé


Pourquoi ces chefs-d'oeuvre sont-ils des chefs-d'oeuvre ?
de Alexandra Favre et Jean-Pierre Winter

Pourquoi Guernica de Picasso et La Laitière de Vermeer sont-ils célèbres au point d'être immédiatement identifiables par tous ? Outre leur valeur artistique, de nombreux facteurs jouent dans la popularité des chefs-d'oeuvre de l'art occidental. Au-delà de l'histoire et des faits ce sont aussi des chefs-d'oeuvre parce qu'ils exercent sur nous une fascination inconsciente.

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Cent énigmes de la peinture
de Gérard-Julien Salvy

Depuis des siècles, le langage de la peinture est riche en énigmes ou équivoques mystères du modèle ou de la main à laquelle on doit l'oeuvre, incertitude quant à l'identité du sujet, incohérence de sa représentation, contradiction troublante entre le titre du tableau et ce qui est montré, jeux illusionnistes liés aux vertiges du regard et au contenu crypté. Ce livre dévoile cent de ces secrets. Au terme de sa lecture, vous ne regarderez plus les tableaux comme avant!

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CHIMIE DE COLETTE DEBLÉ ou LES ELLES DU DESIR

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Dernière parution de l’artiste :
«  Les morceaux de l'image »
« ficelle n°95,
texte de Jacques Ancet
à propos des dessins de Colette Deblé

colette deblé

Voir l'image, est-ce vraiment la voir?

On se déplace. l'angle varie. La lumière aussi.

Que regardent les yeux? Que vont dire les lèvres?

La main se tend, voudrait toucher, la bouche mordre.

(Toute beauté est-elle à saccager, à dévorer?)

L'espace vibre : On mange

un à un

les morceaux de l'image.


Tout en elle est noir et tout en elle brille.

 

Poésie/livre d’artiste, sous enveloppe timbrée
Prêt à poster - Collection « ficelle »
10 x 15 cm – 40 pages reliées sous enveloppe
Les tirages de tête (1 dessin original) en coffrets : 100 €
Rougier V. éditions
Tél. 02 33 34 50 17
rougier.atelier@wanadoo.fr
www.rougier-atelier.com

Les cycles font un écart et les  vieux évangiles ne se ferment plus en cercle. La chaîne de la genèse est emportée dans la turbulence. Résoudre une énigme se serait être Oedipe ou le meurtre ou le manque. Alors il convient de rompre les visions légendaires - entendez enfantines - il convient de transporter l'air au dessous de la mer là où les théories ne disent rien qui vaille.

Éros déborde sur les deux Amériques brûlant devant les eaux du Gulf Stream qui se tord  de plaisir. Il n'y a rien que des standards de jazz à se répandre au milieu des vapeurs d'alcool. La mouche d'Or tel un corps durable creuse son nid dans l'interstice d'une gémellité. La hiérarchie des sexes n'est plus fonction de la peur, elle ne collectionne, ne capitalise plus les exploits, elle ne détruit plus tout ce qu'elle touche. Seul l'absence de désir engraisse nos terreurs mais le plaisir en deux engendrent de nouvelles foudres. On franchit une fracture, on recoud une fêlure. Je ne sais pourtant si une telle hypothèse est générale. Mais un programme se dessine. Le récit est déductible de ce schéma  : foule, foire, lande  outre cela existe-t-il un passage ?

Colette Deblé ne cesse de créer des images où les "faces opposées des choses" coexistent et où le féminin prend toute sa dimension et son  accomplissement dans  une enquête filée tout au long de l’histoire de l’art, à la recherche des images de la femme. Plus de deux mille lavis, dessins et peintures constituent une sorte d’essai plastique sur la représentation des femmes dans l'histoire de l’art. Ce projet, l’artiste l’a clairement défini :
"A-t-on jamais tenté d'explorer par des seuls moyens plastiques l'histoire de l'art ou l'un de ses aspects, comme le font l'historien et l'essayiste à l'aide de l'écriture. Mon projet est de tenter, à travers une infinité de dessins, de reprendre les diverses représentations de la femme depuis la préhistoire jusqu'à nos jours afin de réaliser une analyse visuelle des diverses postures, situations, mises en scène."

 

Chaque œuvre saisit une attitude, une posture, un simple geste d’une femme appartenant à une scène peinte, sculptée ou photographiée provenant de n’importe quelle époque. Emerge donc toujours un  personnage féminin prélevé par l’artiste de la configuration d’origine, de son sanctuaire premier. Mais la re-présentation qu’en donne ignore le contexte tout en conservant se trace fantomatique. Des « idoles légères » comme les définit Jean-Paul Goux arrachées aux carrières antiques montent vers des plafonds célestes ou vers des îles où le vent souffle où il veut

La femme est donc déesse mais à la  religion des plus païenne. Et l’artiste en est la prêtresse libératrice et gorgeant les clés de voûtes de leurs nouvelles cathédrales aux ogives parfois ouvertement érotiques. Condensation et déplacement, brutalité d’un désir féminin, féminisation de la sexualité qui du phallus passe à la cascade Colette Deblé crée une pluie, un ruissellement dont le cercle ne cesse de s’agrandir. On est dedans sans y être, mais on espère ne pas en être exclus et ce depuis une scène primitive où immanquablement l’artiste finira par nous faire remonter.

Même si ce n’est pas son objectif premier elle nous permet de savourer jusque dans l'écart la substance même l’intimité utérine. Car ici est le lieu et la réalité, l'identité suprême, la nuit d'été.  Les figures féminines de l’artiste harcèlent donc l'origine jusqu'où elle ne sera plus, où nous serons enfin.  Arrachant à la barbarie iconographique et « male-igne » des siècles passés ses figurines, Colette Deblé  corrige le un avec le deux. Elle soigne le fruit plus que le tronc. Elle ne loge pas l’air dans la racine,  mais sur la fleur. Le sexe masculin glisse ainsi à l’oubli, s’ampute de lui-même car il fut toujours peu prolixe sinon de sa déité autoprogrammée.

Colette Deblé démembre ainsi certains rêves de jouissance  pour mieux en remontent d’autres. Quelque chose communique avec tout.  Le sexe féminin soudain est non seulement à mais notre image. Nous sommes (nous les mâles) son reste qui se consume : une évanescence à peine visible qui se désagrège en, tant que promesse si souvent non ou mal tenue.

Les unes de nues, les voilées ou les dévêtues par nuées parviennent malgré tout à modérer le froid de l’hiver sur les îles de leurs corps  telles que Colette Deblé les a réinventées afin que si selon Roberto Juarroz,
« Le centre de l’amour
Ne coïncide pas toujours
Avec le centre de la vie »,
en de telles propositions un recentrage ait lieu.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.