Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Delphine Balley

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Delphine Balley

Né à Romans en 1974. Vit et travaille à Lyon.
École Nationale de la Photographie en Arles. École nationale supérieure d'art de Lyon.

Delphine Balley est représentée par la galerie Le Réverbère (Lyon) qui réalise depuis bientôt trente ans un remarquable travail de diffusion de la photographie.


Delphine Balley et ses masques

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Delphine Balley,
« Histoires vraies / 11 Henrietta Street »,
12 mars au 29 avril 2009 ,
Espace Malraux, scène nationale, Chambéry.

 

delphine balley
©Delphine Balley

 

Influencé par la peinture comme par la littérature décadente (de Huysmans aux faits divers en passant par le surréalisme) l’univers de la jeune artiste Delphine Balley se compose de mises en scène baroques, fantastiques et fantasmagoriques. S’y mêlent des éléments tirés de sa propre enfance mais aussi des reconstitutions d’anecdotes souvent tragiques puisées dans les tabloïds d’hier et d’aujourd’hui. Toutefois l’acmé de chaque événement n’est jamais montré : l’artiste préfère représenter l’avant – ou l’après…

Delphine Balley, diplômée de l’Ecole Nationale de la Photographie d’Arles après des études d’histoire de l’art,  passe du registre de la « pure » littéralité à celui de la fiction à travers les personnages qu’elle met en scène. On le comprend parfaitement  avec « 11 Henrietta Street »  où « Margarett Platt, 79 ans, coupe la natte de 78 pieds de long de sa fille Ursula, 43 ans, par une belle après-midi d’été ». A partir de là l’artiste construit son histoire au moyen de photographies couleurs dans le style des portraits de famille de l’époque victorienne. Elle offre une lecture transversale de la littérature, de l’histoire et du monde.

 

 

 

La créatrice lutte contre les idées reçues par sa capacité de penser en marge et de penser les marges.  Et parce qu’ une des premières difficultés, devant la situation d’abondance de l’offre culturelle où nous nous trouvons aujourd’hui, est de se laisser submerger par les images toutes faites l’artiste refuse d’être guidée par des pressions extérieures subtiles ou séduisantes. A travers ses reconstitutions elle se met à l’écoute d’elle-me sans narcissisme, sans complaisance. Elle décide de ce qu’elle  fait  en fonction de sa curiosité, de l’élan qui lui est propre, de son  inquiétude, aussi. Il lui faut assumer son  goût, même s’il est fragile. 

Il existe donc chez  l’artiste une revendication de la subjectivité. Celle-ci demande cependant un effort, une ascèse. Et une telle propension peut parfois choquer. Delphine Balley s’en moque : elle montre combien certaines figures sont abandonnées à une solitude irréductible. Il est peu d'artistes qui donnent une idée aussi immédiate de la liberté.  A travers son  travail elle fait de la morale en la tournant en dérision. A ce titre elle est proche des libertaires (et non des libertines) qui firent de la liberté le risque même de leur idéal, Et même si elle sait que la liberté n'est qu'un leurre, un mot propice aux bouffées d'imaginaire, aux élans trompeurs, aux chansons, son travail fourmille de paradoxes stimulants mis en exergue par son goût du détail.

Ses œuvres deviennent des manières d'habiter les marges, d'inscrire les mirages, de célébrer la solitude. Marges, mirages et solitude  représentent d’ailleurs la trinité dont les incessantes variations de tonalité font tout le charme d’une œuvre où les  confidences autobiographiques alternent avec des analyses plus distantes sur l'amour, l'habitation. 

L’artiste photographe installée à Lyon montre aussi l’humiliation dont sont victimes depuis toujours les femmes. Elle trouve là de quoi alimenter sa liberté de penser, sa passion de comprendre par les images. Loin des idées reçues, loin de tous les modèles à penser et à montrer dont l’histoire fourmille dans son idéologie qui trop souvent avance fardée l’artiste . Pour n’a qu’un souci : faire tomber les masques à travers ses propres masques et mascarades.  Elle atteint une liberté toujours relative mais qui permet au moins de penser l’événement de manière plus profonde qu’une lecture anecdotique ou même historique.  Chez elle la liberté rime avec passion et création, gravité et légèreté.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.