Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Nicolas Delprat

Mirondella
galerie d’art en ligne

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Exposition permanente

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NICOLAS DELPRAT ET LES JEUX DE LUMIERE : SUBVERSION DU SYSTEME DES IMAGES

par Jean-Paul Gavard-Perret

"Burning 2p" acrylique sur papier 2010 65,5x65,5 cm
nicolas delpratA sa manière et dans une peinture acrylique très particulière Nicolas Delprat reprend à son compte quelques données du Pop art  en les mettant en relation avec une réflexion sur le sens de tout type de médiation. Chaque œuvre est autant une recherche de l’éclat lumineux et de ses reflets que leur mise en sourdine. Les sujets proposés ne parlent pas directement de l'actualité et excluent à bon escient toute représentation humaine. Chaque œuvre devient une light box  mélangeant des « figurations » anciennes et récentes, abstraites et concrètes sous divers motifs dont, par exemple, celui du grillage ou de la grille. Ce dernier crée à la fois dans le tableau ou dans le dispositif des installations des zones de retrait. Elles deviennent des raccourcis saisissants de l'évolution et de la permanence des choses tant sur le plan plastique, esthétique, que social. De la sorte l'artiste introduit la critique au sein même des circuits dans lesquels il opère. Il montrant par ce biais la possible subversion à l'intérieur d'un système aussi bien huilé soit-il.

Nicolas Delprat nous renvoie par ailleurs à une sorte de premier temps de la métaphore. A savoir lorsqu’elle devient "l’acte d’instauration du sujet" selon Lacan. Dès lors l’artiste fait du spectateur un névrosé dans la mesure où il est mis dans un état de perte de repères à travers les effets de décalage. Grillages, fausses portes, paysages qui n’en sont pas tordent la possible jouissance plastique de ce spectacle plus caché que dévoilé. Pourtant de telles d'œuvres désamorcées de leur sens premier permettent  un plaisir mental et dans l’imaginaire. Car cxes images déviées (« obtuses » dirait Didi-Huberman) sont tout à fait réelles. Elles introduisent de paradoxaux effets de réel dans le corps perceptif du spectateur. On peut ainsi parler à propos des œuvres de  « disapparition ». Leur écriture iconographique fait que l'univers tel qu'il nous est donné à voir et à lire se met à  "inconsister", à s’absenter. Le système signifiant transforme l'univers de la représentation traditionnelle une marge ou un hors-lieu.

Travaillant toujours autour et à partir de la lumière qu’il concentre et dilue, l’artiste n’est jamais très loin de quelque chose de l’ordre d’un maniement calculé afin d’inventer un remaniement des rapports au monde de ce que sont ces trois termes vitaux : le réel, la lumière et la contemplation. Il  fait surgir des objets-images. Il les place selon une stratégie afin que l’ensemble constitué se soustraie à la signifiance habituelle et à la littéralité de la peinture. Il crée une approximation d'un signifiant manquant. Ses images "absentent" le réel tel qu'il est donné à voir dans la béance qu’elles  ouvrent. De la volontaire "défaillance" de l'objet-art  surgit une présence de plus en plus serrée de ce qui nous manque et nous étouffe. Le réel dont il s’agit semble être un réel de l’origine, nu qui vient désembuer le regard d’images représentations surchargées d’émotivité fallacieuse.

S’atteint progressivement l’approche du générique de la jouissance puisque l'artiste soustrait les signifiants  qui se réduisent à des stéréotypes. La production de la perte cher au créateur stabilise au sein même d'un inachèvement le lumière même si elle semble se retirer. La sublimation de la clarté travaille ainsi toujours à partir de la perte. La métaphore tel que l'entend le plasticien fait donc surgir un terme supplémentaire, un terme qui n’avait très exactement pas de lieu dans l’espace de l’image auparavant. Elle l’étend instantanément en un lieu interstitiel. La métaphore fait donc surgir un espace entre et par divers points. Là où les images semblent se totaliser, se coller imaginairement entre elles, Nicolas Delprat introduit son leurre et crée un espace comme marque d’un manque, du manque générique de la lumière et de sa jouissance. On peut donc parler à son propos d'un imaginaire de lumière capable de nouvelles conjonctions que le spectateur peut reconstruire à son profit à travers des jeux de trames. Par la division se retrouve en conséquence une unité perdue et essentielle.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.