Artistes de référence

Brigitte Derbigny

Brigitte Derbigny

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Contrats du monde de l'art de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc. Après avoir précisé le cadre juridique des droits de l'artiste sur ses œuvres, les règles de rédaction et négociation des contrats du monde de l'art, il propose 25 modèles de contrats expliqués et adaptés aux exigences actuelles du marché de l'art.
Pour chaque contrat, l'auteur étudie le contexte légal et jurisprudentiel, donne un commentaire pratique sur les différentes clauses proposées et fournit un mémo de négociation, pour savoir le négocier et pouvoir l'adapter.
A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.
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OUTRAGES DE BRIGITTE DERBIGNY
par Jean-Paul Gavard-Perret


Aux bourreaux du bitume Brigitte Derbigny ne cesse de donner une sacrée leçon de mauvaise conduite. Aux amateurs de vieil art, de vernis sages aussi. Il faut donc toujours revenir à ses cours des miracles bourrés de sauvetages pleins de femmes appétissantes, de vieux singes plus que vieux sages. Il y a toujours chez elle une faim de partie où planent des zèles qui ne craignent pas les râteaux à la méduse. Rejetant aux calendres grecques l'automobile pétaradante de la crise et ses accords des on, l'artiste imperturbable fait de son show de dessins et de gravures un bar à basse, un dragueur de mimines. On y prend un panard gothique pour ressentir une Faust impression sans effets tartes tapins, compromis ou opéra pastille.

Tel un soda inconnu la créatrice offre non un faux rhum de hall mais une œuvre rare qui sent toujours la grâce dégingandée et l 'humour. Brigitte Derbigny est l'exemple parfait d'une irrégulière de l'art. Elles sont rares en France et souvent sont victimes de leurs diversions farcesques. Ce qu'on prend pour le grand n'importe quoi de la fausse caricature demande en effet un long et lent travail d'imbécillité qui seul – comme Valère Novarina l'a souvent souligné - porte à l'intelligence suprême. Pour atteindre ce paroxysme de « sainteté » iconoclaste l'artiste entretient son obsession du portrait anthropomorphique mâtiné d'animalité (mais d'âme-inalité aussi).

Ses « hybrides » sourdement et faussement naïfs suscitent une irrésistible attention voire une attraction irrépressible. Leurs corps sont des signes ou des cygnes (on ne sait plus très bien) aussi noirs qu'incandescents. Ses femmes par exemple ne sont pas là pour caresser les fantasmes. Ce qui ne les empêchent pas (qui sait ?) d'atteindre l'orgasme. Et l'artiste tel un adepte des cultes des morts se plaît à tomber – et nous avec - dans leur « caveaubulaire » plastique. Brigitte Derbigny rappelle ainsi qu'il ne faut pas compter sur les peintres de l 'indicible pour révéler l'insondable…

Elle transgresse tout édit de chasteté sans pour autant tomber dans la pornographie. Avec doigté, fausse pudeur et « paillardise » (rare chez le beau sexe) elle fait dilater les sujets inépuisables que l'art généralement prend au sérieux. Et si dans l'œuvre l'amour n'est forcément en fuite il n'est pas le souci majeur. Manière peut-être d'éviter que le coït devienne chaos et qu'une fusion mystique apparaisse là où on ne l'attend pas.

En regardant de tels dessins et gravures on n'est pas loin de penser que la plus belle relation sexuelle est celle qu'on ne peut pas avoir car seul les cadavres jouissent d'une raideur que même Rocco Siffredi ne peut espérer. Brigitte Derbigny ne cesse donc d'accorder à l'art les derniers outrages en entretenant une obsession plus à l'humour qu'à l'amour. Elle n'a cesse d'ailleurs de les faire se télescoper à travers ce qui trop souvent sert au mâle de pensée (Les femmes restent sur ce point plus circonspectes : l'ineffable fait partie de leur planète).

Face aux Kandinskieurs et à ceux pour qui la ligne et le noir et blanc délimitent des champs, la créatrice invente des espaces qui atteignent une puissance de dégénérescence nécessaire. Existe là une distorsion capitale tant l'œuvre s'arrache à une forme d'émotion référentielle, appelle à l'idée mais en même temps la fait piquer du nez. D'autres organisations prennent dans ses stratégies ludiques le relais. Se créent non seulement des séries de variations mais surtout la structure d'un nouvel imaginaire qui échappe aux catégories reconnues et « assises ». Entre les codes cérébraux et le manque à gagner de la sensation, la forme gicle de manière apparemment irrationnelle pour prendre jusqu'à notre inconscient au dépourvu.

Un tel art permettra d'aimer toujours la vie contre la mort que l'on se donne et qui nous est donnée. Pour une telle créatrice l'artiste héros fait place à l'histrionne…qui peut vaincre le pire en rappelant que la vie n'est pas qu'un leurre et que la mort n'est pas un Shakespeare. Nous pouvons entrer dans le non stratifié. Au visible se mêle un visible, à la beauté le monstre. Des mutations ont lieu.

Brigitte Derbigny sait qu'il existe deux types d'individus : ceux qui n'ont aucun mal à réveiller en eux l'animal et ceux qui le mangent. Il y a ceux qui vivent dedans et ceux qui le découpent. Derbigny n'est pas une bouchère donc il doit plutôt fait partie des premiers. Drôle comme personne elle prouve qu'on n'est jamais loin de la bête en soi. Elle la mitonne sur d'étranges étals de papier et sur les tables de dissection de sa presse. L'animal sort soudain du corps humain sous multiples avatars. « Je vous le prépare ? » semble dire l'artiste. Et sans attendre de réponse elle la prépare. De ce travail naît ce que ces mets amorphes osent…

Bref elle nous propose des figures de sable ou de roc. Entre force, gravité, ironie, dérision. Contre le snobisme des formes obsolètes qui ovulent en vignettes spécieuses l'artiste préfère le ridicule. Ce dernier ne tue pas. Il fait mieux : il libère l'esprit de tout ce qui l'encombre et met en lumière le royaume de nos ombres. L'art reste l'avant-scène où parfois à mesure que la scène se vide tout arrive. Se dévide la masse d'énigmes qui nous clouent à ce que nous n'avons jamais osé devenir. Dans cette confrontation plus spectrale que spectaculaire, le corps sort de ses abris, l'identité se déploie. Brigitte Derbigny rappelle que comme des bêtes nous poursuivons une proie imaginaire afin de savoir ce qu'il est en est du monde, des autres et de nous-mêmes. Par l'effet de bande l'art n'aura jamais autant été un acte étrangement et paradoxalement humain.

C'est pourquoi il faut avec l'artiste cultiver notre jardin pistilentiel. Même si l'hiver y est rude et si l'heure du gel sonne chaque matin. L'ère du renonculacée est sans cesse annoncée puis retardée mais chaque rosier y a son fumier. Chaque être son pal, son palier, son espalier, ses auréoles, ses aréoles et toutes ses alvéoles. Brigitte Derbigny sait que toute vie se nourrit d'épines. Elles matent la perce-neige d'un matin pour la griffer entre les jambes d'un parc-en-ciel. Elles triquent la colchique, la Monique, la Véronique et toutes les saintes en pic nique, violent ses voilettes, ses violettes, mais prennent soin de ses allumettes et ses amulettes. Ce ne sont que lys froissés, calices décalcifiés, jonquilles jugulées, giroflées déflorées, tubéreuses entubées, mimosas momifiés. Les hautes grilles en fer forgé n'empêchent pas cet enfer de déborder sur le monde. Le jardin hier encore était berceau et pouponnière Il n'est plus qu'un cimetière, petit cinéraire pour roses trémières. Les fleurs sont allongées dans des cerfeuils. On entend sonner le glaïeul. L'hallali du lilas a résonné. Font chorus quelques cris sans thème. Seules ancrées dans la nuit deux angéliques mélangent leur protubérance. Cela ne semble une aberrance que pour les abbés rances

Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.