Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Damien Deroubaix

World downfall
de Damien Deroubaix

Dessins, peintures, collages, sculptures, installations, gravures, etc.… constituent la multiplicité des techniques employées par l’artiste. L’aquarelle en est le plus usitée, avec un mélange de textes et d’images. Les sources sont à la fois musicales, politiques et visuelles. L’ensemble offre une peinture « grunge ». Un texte de Nuit Banai en appelle à El Lissitky pour évoquer le travail de l’artiste. Un autre, de Max Henry, explique le travail artistique sous l’angle de l’après 11 septembre 2001 et de l’avènement d’une société de surveillance post-industrielle. Le graphisme est brut de décoffrage. Sur fond noir, des pleines pages « exposent » les oeuvres de Damien Deroubaix.

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L’APOCALYPSE SELON DEROUBAIX

par Jean-Paul Gavard-Perret

 


Damien Deroubaix, « Upokalyptische Reiter », URDLA, Lyon, 10 octobre- 11 décembre 2009.

Quand les squelettes de Deroubaix flottent et se mettent à brailler de tous orifices même si ceux là ont disparu le monde en prend pour son grade. Les cavaliers de l’apocalypse du «Le plus allemand des peintres français» s'inspire de Dürer à l'occasion d'une exposition à l’URDLA de Lyon aporès avoir été présentée à Nuremberg. Du grand graveur du XVe siècle l’artiste contemporain représente à travers ses cavaliers les affres du temps.  Là un squelette ailé, ici un autre agenouillé, avec femme à la poitrine démultipliée (inspirée d'une déesse de la fécondité). Fidèle à sa manière Damien Deroubaix compose ses tableaux, qu'il s'agisse de peinture, de dessin ou de gravure, comme des collages. La tête vient d'un clip, le corps d'une statue antique, les ailes de Dürer, le pont est américain, l'arbre allemand, des bulles précisent le tout pour ici, comme souvent chez lui,  ouvrir une atmosphère de fin du monde. Virus, mort, guerre, les éléments qui composent les œuvres sont des métaphores apocalyptiques du désastre et de la «dévoration» laissent pointer une décadence morbide qui n'échappe à personne.

Damien Deroubaix continue à associer les références à l’histoire de l’art (Duer, Dada, Bacon) à l'esthétique gore, trash très BD made in USA et l'idéologie politique de certains groupes musicaux gothiques « grindcore » . Expressionniste cette œuvre construite sur des  figures monstrueuses et d'emprunts graphiques et textuels aux cultures gothiques de Scandinavie, de France ou d’Italie.   Parfois il utilise l’aquarelle   pour ce qu'elle sa malléabilité. L’artiste la laisse couler pour un effet « sale » et glauque bref à l’inverse de son utilisation habituelle. Souvent dans ses accrochages il associe des objets aux peintures (lampes en forme de viande à kebab, sculptures en formes de requin, miradors...) pour renforcer la violence de ses images. Toutes sont construites pour s’attaquer à celle de notre société. Se manifeste jusque par la technique même de l’aquarelle ou du collage  la dissolution du sens au sein de  la boulimie d’images médiatiques. Les reprenant, il détruit leur statut  d’icônes par divers types de collisions contre la collusion qu’habituellement elles crées. Ce travail de résistance reste un combat permanent  contre la production des images et leur consommation. L’ironie fonctionne a plein dans le jeu créé par Damien Deroubaix. Squelettes, pin-up, requins, signe des soldes, portraits divers  forment des dissonances graphiques. Elles luttent contre l’idéologie du temps et   sa r éalité triomphante.  Comme un critique l’a souligné « l’œuvre de Damien Deroubaix est comme un concert de rock, non seulement tous les éléments à l’œuvre ont eu une tonalité aigüe de résistance ». Habitées  aussi de slogans acides ces œuvres inscrivent l’homme dans une dimension critique. A ce titre l’artiste peut se définir comme un activiste où le sérieux tragique se conjuguent à une ironie sans concession. Les figures animales qui peuplent ou hantent son univers ne cessent de rappeler la pauvre idolâtrie dans laquelle nous sommes tombés ou en laquelle on nous a inséré à la fois de gré et de force.

Face à cette idolâtrie frelatée le rire fait aussi parti du jeu.  D’un côté la sagesse, de l'autre la folie. Entre les deux l’ ivresse du regardeur. Il atteint là une sorte de tréfonds dans ce que l’oeuvre possède de plus corrosif. L’être en son « âminalité » devient une menace renaissante. Il se transforme en ses diverses figurations en un hybride, une peste pour les yeux, une chimère d’un autre ordre. Deroubaix crée un sprint de l’œil dans ce manège à broyer les apparences. Il cultive les rictus anatomiques, fait effondrer l’articulé des exploits iconographique  et transforme la performance de l’art par désossement. L’homme n’est qu’obstacle d’homme dans son squelette. S’élève un protocole de ruines neuves, de caricatures aussi dérisoires et sublimes dans un déficit d’inventaire.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.