Artistes de référence

Bruno Descout

Mirondella galerie d’art en ligne

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Exposition permanente

Expositions thématiques

candidature : info@arts-up.info


Contrats du monde de l'art
de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc.

A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.

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DUALITES DE BRUNO DESCOUT : L'OMBRE DU DOUTE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

bruno descout"Une journée sans lunettes"
(Passage d'Encres).

Si dans les photographies de Bruno Descout le lieu de la prise est la réalité, la manière de la restituer la modifie complètement. L'artiste change en effet de point de vue et de référence. Le réel en sort fêlé, ébréché et son élucidation demeure encore plus énigmatique : simplifié et complexifié au moment où pour reprendre une phrase de Henry James "la tache apparaît dans le tapis" au sein d'un exercice de transmutation. Elle ne laisse que des morceaux d'indices mais surgit la jubilation de formes fortes.

Le monde de Bruno Descout est donc aussi infus que diffus. Chaque photographie (retraitée) devient une fragmentation dont les éclats restent polarisés les uns aux autres. Dans le noir, le blanc et le gris surgit un dialogue dans ce qui tient "autant à l'idée de l'eau que du terril" selon Joseph Guglielmi qui ponctue les œuvres de l'artiste pour "Une journée sans lunettes".

On ne peut plus vraiment parler d'ombre ou de lumière mais de disjonctions incluses. Elles deviennent une sélection d'éléments significatifs : approche du trivial et du sublime, du factuel et de l'immémorial. Le temps y bifurque et s’y prolonge dans l'étrange ligne syntaxique  présente en disjonctions et  chaînons parfois manquants. Ceux-ci en effet ne se succèdent pas forcément de manière rectiligne mais en courbures et déviations. Demeure pourtant une « ligne » générale et  dynamique dont le secret est gardé. Ce n'est plus une grammaire formelle ou superficielle qui en règle les équilibres mais un mouvement vital et mystérieux. Il échappe à la cérébralité afin de faire surgir entre l'émerveillement et la blessure quelque chose de l'entre-deux à l'épreuve du temps.

Tout est neutralisé afin que les indices du réel se noient. Mais ils émergent à nouveau sous formes de pans. Certains éléments se rapetissent, d'autres s'agrandissent. Avec parfois un effet d'aura qui les nimbe. Sous la surface du réel apparaissent d'autres couches que l'artiste compresse. L'image devient le plus beau renoncement au réel et son assomption. Subsiste une suite de courants et le jet d'une bruine. une lumière dense imbibe en trame forte, durement.  Plus loin dans une pente quelque chose se casse. Plus loin encore sur une sorte de crête un sommet apparaît. Parfois on reconnaît une silhouette. Une surimpression suffit. Pas besoin de détails. A ce point le monde n'est plus mesurable. Il faut comme Bruno Descout en accepter l'énigme dans l'ombre du doute.

Tout compte fait, seul l’air est palpable. Et il faut se contenter de cette atmosphère que le« photographiste » propose et ne pas fouiller au fond des armoires. Bruno Descout  sait que les vies finissent avant même que les dressoirs se vident et qu'on jette dans un grand sac poubelle le peu qui reste. C'est pourquoi il déblaie pour nous éviter à devoir le faire. Il ne garde que l'essentiel. A nous d'en faire bon usage afin que tout fonctionne à nouveau. Respirer, sentir, palper, goûter. Aimer….Cela peut arriver : il suffit de lancer les guibolles en l'air dans la gelée de tels « photo-graphies » dans leur  théâtre d'ombre et de lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.